‹ Saint François d'Assise (1182-1226)Chapitre 96 sur 189 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

3° « Tous les samedis, on célébrera dans tous nos couvents une messe solennelle en l'honneur de la Bienheureuse Vierge Maric Immaculée. » Par cette prescription, due à l'initiative du séraphique Patriarche, et renouvelée par saint Bonaventure au Chapitre général de Pise (1263), l'Ordre des Frères Mineurs prenait la Vierge Immaculée pour sa protectrice et sa patronne, et se déclarait, six siècles à l'avance, le héraut du grand dogme de l'Immaculée Conception. C’est là sa gloire dans l'Église et peut-être, dans la pensée de Dieu, le principal motif de sa création.

Le fait est enregistré dans les annales de l'Ordre, mais qui nous en dira la cause? Qu'un homme peu versé dans les saintes lettres et qui se pique de n'avoir d'autre science que celle de la croix; que l'humble diacre d’Assise, en un mot, jette tout d'un coup comme une gerbe de lumière sur une des vérités les plus longtemps voilées de la religion catholique; qu'il la montre aux peuples en la faisant passer dans les traditions privées et dans le culte public de toute unc famille religieuse ; qu'il donne ensuite la raison du mystère, en posant devant ses fils ce principe inébranlable : « Ne craignez point d'attribuer à Marie tout ce qui ne répugne pas à sa dignité de Mère de Dieu », est-ce là un prodige humainement explicable? Et ne faut-il pas admettre, avec un savant de Sienne, de l'Ordre des Frères Prêcheurs, que la théologie de ce saint homme, portée sur les ailes de la pureté et de la contemplation, s élevait comme le vol de l'aigle, et qu'il l'avait puisée tout entière daus les communications surnaturelles de l'Esprit- Saint? Dès lors, instruit par ce Docteur des docteurs, assuré de la place que tient Marie dans le plan divin, François pouvait-il mieux faire que de légucr cette vérité à ses enfants, comme le plus précieux trésor de leur héritage ? Son espoir ne fut point trompé. Ses disciples défendirent et propa-

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gèrent la doctrine de l'Immaculée Conception avec une fidélité qui ne s'est jamais démentie; ils se l'approprièrent à tel point qu'on l’appelait la « thèse franciscaine ».

De son côté, la Reine du Ciel semblait prendre plaisir à se susciter dans l'Ordre une légion de docteurs et d’apôtres qui fussent capables d'assurer le triomphe de sa cause, et l'on vit, sous son inspiration, les Guillaume Ware, les Duns Scot, les François de Mayronis, les Bernardin de Sienne, les Léonard de Port-Maurice, les Thomas de Charmes et les d'Argentan descendre tour à tour dans la lice et se faire honneur d'être les chevaliers de Marie. Lutte six fois séculaire, dont notre siècle a vu le glorieux dénouement. C'était le 8 décembre 1854. En ce jour d'éternelle mémoire, un pape du Tiers Ordre séraphique, l'immortel Pie IX, posait au front de Marie le plus beau diamant de sa couronne, en proclamant à la face de l'univers qu'elle a été, « par l'application anticipée des mérites de son Fils, préservée de la souillure originelle et conçue sans péché (1) ». Signalons ici un détail relatif à l'Ordre séraphique. Au moment de la promulgation du dogme dans la basilique de Saint-Pierre, et par une faveur insigne, le Pape permettait aux généraux des Frères Mineurs de lui présenter une rose et un lis d'argent; puis il faisait déposer aux pieds de saint François, sur une plaque de marbre commémorative, le texte même de la définition, comme pour indiquer la part que l'Ordre y avait prise. C'était la plus belle récompense dont il pût honorer le zèle de la famille franciscaine à publier les grandeurs et les privilèges de Marie, en même temps que la conséquence logique des prescriptions du Chapitre des Nattes, auxquelles il est temps de revenir.

Ces célèbres ordounances concernaient la vie intime de

(1) Bulle Incffabilis.

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