‹ Saint François d'Assise (1182-1226) [microform]Chapitre 101 sur 170 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

les oiseaux, suspendez vos chants jusqu'à ce que nous ayons payé à Dieu le tribut de nos louanges, » Ils se turent à l'instant même, et ne reprirent leur bruyant ramage que lorsque le Saint leuren eut accordé la permission (1).

Le bruit de ce prodige attira l'attention des Vénitiens, dont la foi se réveilla et qui surent apprécier le trésor qu'ils possédaient; et ce fut pour perpétuer le souvenir de ce miracle, qu'un patricien, nommé Jacques Micliieli, s'empressa de bâtir dans cette île, pour le saint Patriarche et ses Frères, le couvent de Saint-François du Désert (2).

S'il faut en croire Jourdain de Giano(3), François, averti par un de ses Frères que Mathieu de Narni, Grégoire de Naples et plusieurs anciens religieux cherchaient, sinon à détruire l'Ordre, du moins à le modifier par de fâcheuses innovations, fut vivement peiné de cet abus de pouvoir. Cependant, quelle que fût l'étendue du mal, il attendit, sans doute pour y porter un remède plus efficace, le prochain Chapitre général, qui devait se tenir à la Portioncule, en la fête de saint Michel. Dans l'intervalle, il résolut d'aller visiter le couvent de Bologne, fondé huit ans auparavant par son premier disciple, Bernard de Quintavalle. Sur sa route, il évangélisa la plupart des villes de la Lombardie, Padoue, Bergame,Brescia,Mantoue, Crémone, où, selon sa coutume, il rétablit la paix, et qu'il ne quitta qu'après avoir accepté les résidences offertes pour ses Frères.

A Crémone, il rencontra saint Dominique; ce fut pour les deux Patriarches une des plus douces consolations que la Providence leur eût ménagées sur la terre. Ils purent conférer ensemble sur la bonté de Dieu, sur l'état florissant de leurs Ordres, sur le mouvement qui entraînait les peuples

(1) BoNAV., c. VIII ; Gonzaga; Dandolo, Histoire de Venise.

(2) Pietro Ziani, doge de Venise, approuva cette donation.

(3) Chronique, p. 4, n. il.

vers le Dieu du Calvaire. Un miracle termina ce suave entretien. Les religieux du monastère (c'était un couvent de Frères Mineurs) étaient venus les prier de bénir un puits dont l'eau était trouble et insalubre. Les deux amis se regardèrent, chacun invitant l'autre à répondre. Alors Dominique dit aux Frères : « Allez nous puiser de l'eau. » Ils allèrent en chercher dans un vase et l'apportèrent; et Dominique dit à François : « Père, bénissez cette eau au nom du Seigneur. — Non, répondit François, bénissez-la vous-même; car vous êtes le plus grand. » Cette pieuse contestation dura quelque temps entre les deux saints; à la fin, Dominique, vaincu par l'humilité de François, fit le signe de la croix sur le vase, et ordonna qu'on versât l'eau dans le puits, dont la source fiit purifiée pour toujours (1).

De Crémone, saint François se dirigea vers Bologne la Savante. Il avait conçu une haute idée de la vertu des Bolonais, depuis que Bernard lui avait écrit : « Mon Père, tout est bien disposé à Bologne. Mais envoyez d'autres religieux à ma place; car je n'espère plus y faire aucun bien; j'ai même tout lieu de craindre d'y perdre mon âme, tant on m'y comble d'honneurs ! 55 Mais il était loin de s'attendre à la réception triomphale dont il allait être l'objet. Au premier bruit de son arrivée, toute la cité se porta audevant de lui. Étudiants et professeurs, riches et pauvres, tous voulaient voir le Saint, l'entendre, recevoir sa bénédiction. Ils lui firent un cortège d'amour, comme les rois et les empereurs de la terre n'en connurent jamais; il ne parvint qu'à grand'peine jusqu'à l'immense place du Petit-Palais. Là, il prêcha d'une manière si sublime, qu'on croyait entendre un séraphin plutôt qu'un homme. Au reste, voici,

(1) Waddjnc, t. i. p. 334.

J'iaiifia: DEVfÏÏLE M';:;^'^.

MAITRE-AUTEL EN MAIIBUE DE h EGLISE DE S AI NT-FIl A NO I S , A BOLOGNE

(Partie supérieure).

d'après la déposition d'un témoin oculaire, la fidèle peinture de l'impression que produisirent sa personne et son allocution : « Moi, Thomas, citoyen de Spalatro et archidiacre de l'église cathédrale de la même ville, étant étudiant à Bologne, l'an 1220, en la fête de l'Assomption de la Mère de Dieu, j'ai entendu saint François prêcher sur la place publique, devant le Petit-Palais, où toute la ville était assemblée. Il partagea ainsi son discours : les anges, les hommes, les démons. Il parla de ces êtres intelUgents avec tant d'exactitude et d'éloquence, que les gens de lettres qui T écoutaient admirèrent mi si beau langage dans la bouche d'un homme simple. Il ne suivit point la marche ordinaire des prédicateurs ; mais, parlant à la façon des orateurs populaires, il ramena tout à ce seul point, l'extinction des inimitiés et de l'esprit de vengeance, le rétablissement de la paix et de la concorde entre concitoyens. Son habit était vil et grossier, sa personne chétive, son visage défait; mais Dieu donnait une telle efficacité à ses paroles, qu'un grandnombrede gentilshommes, extrêmement animés les uns contre les autres, et dont la fureur avait déjà répandu beaucoup de sang, se réconcilièrent publiquement. L'atfection et la vénération pour le Saint étaient si universelles et allaient si loin, que la foule courait à lui et qu'on s'estimait heureux de pouvoir seulement toucher le bord de sa robe (1). ^

L'archidiacre de Spalatro raconte ensuite les merveilles opérées par notre Saint. Les Bolonais revinrent aux pratiques de la foi chrétienne ; plusieurs revêtirent les livrées de la pénitence, entre autres Nicolas Pepoli, donateur du couvent de cette ville, Bonizio et deux jeunes étudiants, Pellegrino Falleroni et Rizzier de Muccia. François fit plusieurs miracles ; il rendit la vue à un enfant, en faisant sur lui un

(1) Wadding, t. I, p. 337.

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