‹ Saint François d'Assise (1182-1226) [microform]Chapitre 104 sur 170 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

délivrée de la gueule d'une bête si cruelle. Le loup vécut encore deux années à Gubbio, allant familièrement déporte en porte, entrant dans les maisons, sans faire ni recevoir aucun mal. Chacun s'empressait de lui fournir ce qui était nécessaire à sa subsistance ; et quand il traversait la cité, jamais les chiens n'aboyaient après lui. Enfin^ deux ans après sa conversion, frère loup mourut de vieillesse, et les habitants le regrettèrent vivement ; car, rien qu'à voir cet animal traverser les rues avec la douceur d'un agneau, ils se rappelaient avec bonheur le miracle et la sainteté du célèbre thaumaturge de l'Ombrie (1).

Enfin, après une absence de plus d'une année, François rentra au couvent de Notre-Dame des Anges. C'était très probablement dans la première quinzaine du mois de septembre 1220. Sa présence était devenue nécessaire, pour les motifs que nous avons indiqués plus haut, et son retour était ardemment désiré de ses douze premiers compagnons.

Quelques jours avant la Saint-Michel, le Bienheureux Patriarche d'Assise eut une vision qui le frappa vivement. Il vit une statue colossale, à la tête d'or, aux bras d'argent, auxjambres d'airain, aux pieds d'argile, et il comprit que ces divers métaux signifiaient les différents âges de la famille franciscaine et les relâchements de l'avenir (2). Ce fut sous le coup de ces impressions et dans le but de conserver à l'Ordre sa beauté primitive, qu'il ouvrit à Notre-Dame des Anges, le 29 septembre 1220, le troisième Chapitre général. Il y prit deux mesures réclamées par les circonstances. Il commença par réprimander sévèrement Grégoire de Naples et Mathieu de Narni, et abolit leurs innovations. Il alla plus loin encore, s'il faut en croire Wadding, pour Jean de Stracchia, qui, malgré sa défense formelle, avait eu

(1) FlOUETTI, cil. XXI.

(2) Tu. DE Celako, Vita secunda, p. 3, c. xxvii.

20â SAINT FRANÇOIS D'ASSISE.

l'audace de rouvrir à Bologne le cours de théologie. Il ne se contenta pas de le dépouiller de sa charge de Provincial ; connaissant par une lumière surnaturelle l'endurcissement du coupable, il le maudit publiquement. En vain les Religieux, atterrés, le supplièrent-ils de retirer cet anathème. « Je ne le puis, répliqua-t-il ; je ne puis bénir celui que le Seigneur a maudit ! » Chose navrante à redire ! le malheureux persévéra dans sa coupable résistance, et il expira peu de temps après, en jetant le cri des désespérés : « Je suis damné ! Je suis maudit pour l'éternité (1) ! »

François, d'un naturel si doux et si aimable, se montra, dans ces pénibles conjonctures, d'une fermeté inébranlable. N'était-ce pas son droit et son devoir d'extirper les abus et de retrancher du cep de vigne les branches nuisibles? Du reste, après s'être acquitté de l'office de supérieur, il tira de son cœur ému les paroles les plus affectueuses. Au blâme mérité par le zèle intempérant de quelques-uns, il mêla les plus sages conseils sur la prédication. Puis, à la dernière session capitulaire, croyant clore par là les actes de son administration, il dit aux vocaux réunis : « Désormais, je suis mort pour vous. Voici votre supérieur, Pierre Cattani; c'est à lui que nous obéirons tous, vous et moi. » Et se prosternant aux pieds de Pierre Cattani, il lui promit respect et obéissance en toutes choses, comme au Ministre général de l'Ordre. Puis, toujours à genoux, les yeux levés vers le ciel et baignés de larmes, il fit cette prière avec un inexprimable accent d'amour : « Seigneur Jésus, je vous recommande cette famille qui vous appartient et que vous m'avez confiée jusqu'à ce jour. Vous savez que mes infirmités me mettent hors d'état de la gouverner; je la laisse donc entre les mains des Ministres généraux. S'il arrive que, par

(1) Wadding. t I. p. 339, n. XVI.

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