CHAPITRE XVI
En rannée 1255, le pape Alexandre IV adressa aux Frères Mineui^s une autre bulle qui n'est pas moins précieuse que la précédente. Dans cette lettré, il déclare qu'il prend sous sa protection sjDéciale « l'Alverne, cette montagne visitée par les Séraphins, théâtre d'une immolation mystique, nouveau
Saint François découvrant la plaie du côté. (Fresque du quinzième siècle.)
Calvaire où l'étendard du salut, déployé par la main des anges, a récemment brillé sur l'Occident, comme il rayonna jadis sur les plages orientales 5> . Il recommande instamment aux Frères de n'en jamais abandonner les cimes sacrées et d'entretenir à perpétuité le monastère fondé par leur Bienheureux Père (1).
(1) Wadding, t. III, p. 370.
Cinq ans après, le 20 août 1260, FAlverne était témoin d'une cérémonie imposante et tressaillait d'allégresse. Saint Bonaventure, alors général de l'Ordre, y campait avec plus de mille Frères Mineurs, et une foule de pèlerins couronnait les hauteurs de la montagne. En ce jour-là, les évêques d'Arezzo, de Florence, de Fiesole, de Pérouse, d'Assise, d'Urbino et de Città di Castello consacrèrent, sous le titre de Notre-Dame des Anges, l'église édifiée en 1215 par le comte Orlando, et où reposent aujourd'hui les cendres de cet ami de saint PVançois; pais, faisant processionnellement le tour de la montagne, ils la bénirent sous le nom de « montagne séraphique « .
Benoît XI ordonna que la fête des stigmates de saint François fût célébrée chaque année, le 17 septembre, dans toutes les maisons de l'Ordre ; et Paul V étendit cette fête à tout l'univers catholique. Les Souverains Pontifes ont ainsi confirmé de leur autorité apostolique l'authenticité du miracle. Aussi la montagne séraphique est-elle depuis plus de six siècles le rendez-vous des pèlerins, et le courant de la foi qui entraînait les populations du moyen âge vers ce Calvaire franciscain ne s'est-il jamais ralenti, excepté dans les jours d'épreuve que nous traversons.
« Sur l'Alverne, le cœur se nourrit d'un seul souvenir : les stigmates de saint François. Tout lui parle de ce miracle des miracles de la vie mystique, l'affluence des pèlerins, les merveilles de l'art naïf de Luca délia Robbia, la piété des Religieux, le gémissement doux et triste du vent dans les sapins sombres, les sublimes beautés de cette nature grandiose et tourmentée, aussi bien que le lieu sacré où, prosterné, l'enfant de saint P'rançois d'iVssise lit à travers ses larmes cette prière gravée sur le marbre :
SlGNASTI IIIC SERVUM TUUM FrAKGISCUM SICSIS ReDEMPÏIOîSIS NOSTKylî.