‹ Saint François d'Assise (1182-1226) [microform]Chapitre 138 sur 170 · CHAPITRE XVi · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVi

François le législateur des pauvres évaiigéliques et raviver dans l'esprit d'une génération croyante, mais perdue d'orgueil et de volupté, le souvenir de la grande scène du Calvaire ! Tous voulaient, en effet, contempler cette image vivante du divin Crucifié; tous auraient voulu baiser les clous de ses mains, si son extrême humilité ne s'y fût opposée. Pour y parvenir, il fallait toute une stratégie de ruses innocentes, capables de tromper sa vigilance. Voici un exemple de ces pieuses industries.

- Un Religieux de Brescia, venu à Sienne pour conférer avec le vénéré fondateur, avait un vif désir de voir, avant de s'en retourner, les rubis célestes qui ornaient, sa chair; mais il ne savait comment s'y prendre. Il consulta le Frère Pacifique. « Voici ce qu'il faudra faire, lui dit le roi des vers. Au moment où nous prendrons congé du Père, je solliciterai sa bénédiction et la permission de lui baiser les mains. Il les avancera, et tu en profiteras pour jeter un regard sur ces miraculeuses empreintes. » Le Brescianite suivit le conseil de son introducteur, et il goûta, en effet, le bonheur qu'il avait convoité. Mais le saint Patriarche eut un vague soupçon du péché de curiosité commis à son endroit. Il rappela aussitôt le P'rère Pacifique et lui dit : « Que Dieu te pardonne, mon Frère ! car tu me fais beaucoup de peine en ce moment ! — Quelle peine, vénéré Père? » répliqua Pacifique en se prosternant à ses genoux. François ne répondit pas, et les deux visiteurs se retirèrent, s'applaudissant du succès de leur petit complot (1).

L'humilité du Saint comprimait l'élan des disciples aussi bien que la légitime curiosité des fidèles; mais, après sa mort, il n'en fut plus de même : de sorte que ce privilège des stigmates, qui est le couronnement des faveurs sans

(1) Tu. DE Celano, Vita secunda, p. 3, c. i.xxvi.

nombre accumulées sur la tête du réformateur ombrien, demeure en même temps un des faits les plus avérés. On ne saurait le révoquer en doute sans nier toute certitude historique. Il a pour narrateurs des hommes d'une véracité inattaquable, Thomas de Gelano, Thomas Eccleston et saint Bonaventure, et pour garants une nuée de témoins qui se lèveraient, au besoin, pour répéter ce qu'un des compagnons du Saint, le F'rère Boniface, affirmait solennellement au Chapitre général de Gênes, en présence de Jean de Parme et des Pères capitulaires : « Ces stigmates, je les ai vus de mes yeux; je les ai touchés de mes mains (1). »

IjC fait une fois admis, il faut bien admettre aussi le miracle. Accuser le Frère Élie de supercherie, comme le fait Renan (2), c'est recourir à une imputation calomnieuse pour repousser le surnaturel. Ne voir dans ce phénomène, avec Alfred Maury (3), que le fruit d'une imagination exaltée par la méditation des mystères de la croix, c'est contredire ouvertement l'expérience et le sens commun ; car, quelle que soit la puissance de l'imagination, elle ne peut jamais traduire en caractères visibles sur la chair les impressions de l'âme, ni retenir à son grêles flots de la vie après une lésion au cœur qui, de sa nature, entraîne la mort. Supercherie, imagination, hallucination, toutes ces explications tentées par la science aux abois sont donc fausses ou insuffisantes ; et dès lors, la conclusion s'impose : le dernier mot de ce phénomène est dans l'intervention d'une puissance supérieure (4). Quel est le caractère de cette puissance ? Il appartenait à Rome, et à elle seule,

(1) Th. Eccleston, coll. xiii.

(2) Nouvelles Études d'histoire religieuse, François d'Assise, etc.

(3) La Magie et l'Astrologie, 4° éd., p. 343-422.

(4) Consulter la Mystique divine, par M. RdiET, t. II, p. 484-505.

Le Frère Léon panse les plaies des stigmates. (D'après Yan Sclnippen.)

d'évoquer cette cause et de prononcer sans crainte d'erreur. C'est ce qu'elle a fait dans plusieurs diplômes et après un examen qui défie la critique. Écoutons d'abord Grégoire IX, dont le témoignage a une double valeur, comme Souverain Pontife et comme intime ami du Saint.

« Grégoire, évêque, serviteur des serviteurs de Dieu, à tous les chrétiens qui verront ces Lettres, salut et bénédiction apostolique.

« Nous croyons inutile de vous exposer dans ces Lettres les grands mérites qui ont conduit à la céleste patrie le glorieux confesseur saintFrançois, puisqu'il n'y apresquepasdefidèles qui n'en soientinformés. Mais nous avons jugé qu'il convenait de vous instruire tous, plus particulièrement, de la merveilleuse et singulière faveur dont il a été honoré par Notre- Seigneur Jésus-Christ, qui est la gloire et la splendeur des Saints. Par un effet de la puissance créatrice de Dieu, 'û. a reçu pendant sa vie les stigmates aux mains, aux pieds et au côté; et l'on a pu en constater encore l'existence après sa mort. La connaissance certaine que nous et nos frères les cardinaux en avons eue, aussi bien que de ses autres miracles, dûment certifiés par des témoins très dignes de foi, a été le principal motif qui nous a porté à l'inscrire au catalogue des Saints, de l'avis de nos frères les cardinaux et de tous les prélats qui étaient alors réunis autour de nous. Comme donc nous souhaitons vivement que cela soit cru de tous les fidèles, nous vous prions, vous conjurons, et au besoin vous enjoignons de fermer l'oreille à tout ce qu'on pourrait dire de contraire, et d'avoir pour ce saint confesseur une vénération et une dévotion qui vous le rendent propice auprès de Dieu, afin que, grâce à ses mérites et à son intercession, le Seigneur vous accorde de prospérer en ce monde et d'être éternellement heureux en l'autre. Donné à Viterbe, le deuxième jour d'avril, l'an onzième de notre pontificat, w

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