CHAPITRE XVIII
monte riche de mérites au ciel; les chœurs angéliques célèbrent son triomphe. »
Après la messe, le Saint-Père bénit la foule, qui se retira émerveillée.
La canonisation des Saints est toujours ime ovation sans égale, une ovation qui se tient, pour ainsi dire, sous les portiques du temple éternel. Celle du séraphique Père se distingue pourtant, entre toutes, par plusieurs circonstances exceptionnelles que nous ne pouvons passer sous silence. C'était la première fois qu'en dehors de Rome, un Pape accomplissait ce grand acte sur la tombe même du nouveau Saint; de plus, le Saint-Siège portait un jugement définitif, moins de deux ans après la mort de l'élu de Dieu, Enfin, s'il faut en croire certaines traditions (1), Pica, la vieille mère de François, était présente à ces triomphales cérémonies. Vivante ou morte, la mère était couronnée dans le fils.
Trois jours après la cérémonie, Grégoire IX expédia à tous les fidèles de l'univers la bulle de canonisation, datée de Pérouse (19 juillet 1228), bulle qui n'est pas seulement un monument de la plus haute autorité, mais aussi le plus splendide panégyrique du Saint.
Avant de mourir, François avait désigné la Colline d'Enfer pour le lieu de sa sépulture. Quand le Frère Élie se mit en devoir d'exécuter les dernières volontés de son Bienheureux Père, toute la cité se récria contre lui, regardant le choix de cet emplacement comme un outrage pour ellemême et pour la mémoire du plus illustre de ses fils. Il fallut en appeler à la décision du Pape. Grégoire IX approuva les idées et les plans d'Élie; mais, par une inspiration vraiment admirable, il décréta que dorénavant la Colline
(1) Pica survécut-elle à son fils ou le précéda-t-elle dans la tombe ? Les auteurs contemporains n'ont pas touché cette question, et les écrivains postérieurs sont partagés.
d'Eufer se nommerait la Colline dn Paradis. En même temps, il commanda au Frère Élie de bâtir une basilique digne du trésor qu'elle allait contenir, et en bénit lui-même la première pierre au lendemain des solennités de la canonisation. Trois mois après, il la plaçait sous la juridiction immédiate du Saint-Siège, moyennant une redevance annuelle d'une livre de cire, et l'établissait mère et maîtresse de toutes les églises de l'Ordre (1). Sa dévotion à saint François se traduisait encore par d'autres largesses; car, malgré le malaise général causé par la révolte de Frédéric II, il contribuait royalement de ses propres deniers à l'érection du mausolée. A son offrande vinrent se mêler l'or des princes et l'obole du pauvre.
Avec de si hauts encouragements et l'aide de l'architecte le plus renommé de cette époque, Jacques l'Allemand, le Frère Élie était à même de pousser les travaux avec activité. On ne peut se le dissimuler, l'entreprise était gigantesque. La « Colline du Paradis » , adossée aux remparts, à l'extrémité occidentale de la ville, n'était qu'une masse de roches plus ou moins irrégulières. Il fallut arracher du sol une montagne énorme pour poser dans cette crypte le tombeau de saint François. Sur les sommets granitiques de la colline, nivelés avec art, Jacques l'Allemand assit solidement une église qui renferme autant de merveilles que de pierres.
Dès le printemps de l'année 1230, le Ministre général, qui était toujours Jean Parent (2), après a voir rendu compte à Grégoire IX de l'état des travaux et avoir pris ses ordres, écrivit à tous les Frères Mineurs et à tous les princes chrétiens, pour leur annoncer que la translation du corps de saint François, de l'église Saint-Georges dans la nouvelle
. (1) Brei Becoleiites (22 octobre 1228), et bulle Is qui Ecdesiam (22 avril 1230). (2) Bernard de Besse, De laud. B. Fr.