CHAPITRE IV
Anges, pour les y former à la vie intérieure. Quels progrès ne devaient-ils pas faire à l'école d'un tel maître ! Après l'esprit de prière et de sacrifice, il fit passer dans leur âme une étincelle du zèle apostolique qui était le noble tourment de la sienne, et les exhorta à prêcher aux peuples par l'autorité de l'exemple plus encore que par l'éloquence de la parole; puis, debout au milieu d'eux, comme un général au moment d'engager l'action, il leur traça la ligne de conduite qu'ils devaient tenir en qualité de champions de la vérité. « Allez, et que rien ne vous intimide. Dans peu de temps, les nobles et les savants se joindront à vous, pour prêcher devant les peuples et les rois (1). — Honorez les prélats, les vieillards et les pauvres. N'ayez garde de juger les riches qui vivent dans le luxe et la mollesse ; car Dieu est leur souverain aussi bien que le nôtre, et il peut les appeler et les justifier. Nous devons les honorer comme nos frères et nos maîtres : comme nos frères, puisqu'ils tiennent la vie du même Créateur; comme nos maîtres, puisqu'ils fournissent à nos besoins temporels. Comportez-vous de telle sorte au dehors, que rien qu'à vous entendre ou à vous voir, on soit porté à glorifier le Père céleste. Ayez la paix sur les lèvres, ayez-la plus encore au fond du cœur. Ne provoquez personne à la colère ni au scandale ; mais souvenez-vous que votre vocation est de convier les esprits à la concorde et de ramener au bercail les brebis égarées. Il en est qui vous paraissent aujourd'hui les ennemis de l'Évangile et qui demain en feront la règle de leur vie (2). »
Aussitôt, par une illumination soudaine, il donne le signal du départ. Tous s'inclinent sous sa parole, lui baisent les pieds, comme au représentant de Dieu, et attendent ses ordres. François leur partage l'univers en forme de croix,
(1) Très socii, c. x.
(2) Ibid., c. XIV. ■•' /^
les envoie deux à deux dans trois directions différentes, se réservant la quatrième pour lui et son compagnon, et dit à chacun en particulier : « Mets ta confiance dans le Seigneur, et lui-même prendra soin de toi (1). »
Suivons un instant par la pensée les pas de ces anges de paix et de bénédiction. A tous ceux qu'ils rencontraient, ils adressaient cette salutation que leur Bienheureux Père leur avait enseignée : « Que le Seigneur vous donne sa paix! « Dès qu'ils apercevaient une église, leur premier soin était d'aller s'y prosterner et d'y réciter cette belle prière, qu'ils tenaient également de saint François : « Nous vous adorons, ô Seigneur Jésus-Christ, ici et dans toutes vos églises qui sont par toute la terre, et nous vous bénissons d'avoir racheté le monde par votre sainte croix. » Leur demandait-on quel était leur pays, leur profession, ils répondaient humblement : « Nous sommes des pénitents venus d'Assise (2) « ; car ils n'osaient pas encore se donner le nom de Religieux. Leur prédication était simple et sans recherche : ils se contentaient de rappeler brièvement quel est le chemin du ciel. Ils acceptaient avec reconnaissance le pain qu'on leur offrait, mais jamais d'or ni d'argent, priaient pour leurs persécuteurs, et, quand ils se trouvaient sans abri, se félicitaient d'avoir ce trait de ressemblance de plus avec Celui qui n'avait pas où reposer sa tête.
Cette mission fut, comme la précédente, de courte durée. François, guidé par le divin Maître, revint le premier à sa chère habitation de la Portioncule, où il reçut quatre nouveaux postulants, tous d'Assise : Jean de Saint-Constant, Barbare, Bernard de Viridante et un quatrième, probablement le prêtre Silvestre, dont l'admission dut être retardée pour des considérations de ministère pastoral.
(1) Ps. LIV.
(2) Très sociiy c. x.