‹ Saint François d'Assise (1182-1226) [microform]Chapitre 34 sur 170 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

sagesse humaine. Les disciples ne le poursuivaient pas avec moins d'ardeur que le maître. Aussi François comprit-il dès la première heure qu'ils étaient capables de tous les sacrifices, et résolut-il d'employer leur zèle au profit des âmes. L'heure n'était-elle pas venue, pour ces nouveaux chevaliers du Christ, d'entrer en lice et de combattre à leur tour les bons combats du Seigneur? Il envoya donc, dès les premiers jours de mai, Bernard et Pierre en Emilie, pendant qu'il se dirigeait lui-même avec Gilles vers la Marche d' Ancône (1). Cette première course apostolique servit à mettre en lumière tout l'héroïsme de leur vertu. Manquant de tout, bafoués par la populace, couverts de boue, ils s'estimaient heureux de souffrir pour le nom de Jésus-Christ. Toutefois ce ne fut qu'un essai; et au bout d'une dizaine de jours, ils rentrèrent dans leur solitude, pour se préparer dans le silence et la prière à de nouveaux combats.

Il n'était pas à craindre que les vocations manquassent; le parfum qui s'échappait de Notre-Dame des Anges était trop pur et trop suave pour n'y pas attirer une foule d'âmes éprises, comme François, d'amour de Dieu et d'esprit de sacrifice. Avant la fin du mois, trois nouveaux disciples s'étaient rangés sous sa conduite : c'étaient Sabbatino, Morico le Petit et Jean de Capella, tous les trois d'Assise (2).

Vers la fin du printemps (1209), le saint fondateur descendit avec sa petite troupe dans la vallée de Rieti. Il s'arrêta sur une roche isolée, en vue de Poggio-Buscone. Une grotte d'ermite qu'il y aperçut et qui était alors inhabitée;, lui parut favorable à la méditation des vérités éternelles ; il en fit le lieu de son repos, et c'est là qu'il se retirait chaque soir avec ses Frères, après avoir été prêcher et demander l'aumône à Poggio-Buscone oudans les environs. Or, un

(1) Très socii, c. ix.

(2) BoNiiv., c. m. ■ ■ ■ ■ ■'■ ' ■• ■■ ■;:■. •^-■ -

62 SAINT JFRANÇOIS D'ASSISE.

jour qu'il était en oraison sur cette roche, repassant dans Tamertume de son âme les années de dissipation de sa jeunesse, il eut un ravissement où l'Esprit-Saint lui révéla deux choses également consolantes : l'entière et pleine rémission de tous les péchés de sa vie, et la prodigieuse extension de son Ordre. Le soir, quand les pieux missionnaires furent de retour, il leur dit d'un ton inspiré : « Prenez courage, réjouissez-vous dans le Seigneur, Que votre petit nombre ne vous attriste point j que ma siiiiplicité et la vôtre ne vous alarment pas ; car Dieu m'a révélé qu'il dilaterait nos tentes jusqu'aux confins de la terre. Je voudrais taire ce que j'ai vu, mais la charité m'oblige à vous en faire part. J'ai vu une grande multitude venant à nous pour revêtir les mêmes livrées et mener la même vie. J'ai vu tous les chemins remplis d'hommes qui marchaient de ce côté et se hâtaient fort. Les Français accourent, les Espagnols se précipitent, les Anglais et les Allemands suivent de près ; toutes les nations s'ébranlent, et voilà que le bruit des pas de ceux qui vont et viennent pour exécuter les ordres de la sainte Obéissance, retentit encore à mes oreilles (1). » Ainsi chantait le prophète Isaïe, lorsqu'il annonçait, sept siècles à l'avance, l'établissement et la miraculeuse propagation de l'Église. L'analogie est frappante, et tous les historiens de l'Ordre l'ont signalée.

Pendant les quelques jours que François passa dans cet ermitage de Poggio-Buscone, une foule de visiteurs y accoururent, attirés par le parfum de sainteté qui s'en exhalait. L'un d'eux, touché de la grâce, demanda à s'enrôler dans la nouvelle milice. C'était Philippe, surnommé le Long à cause de sa taille. Le saint fondateur en fit le septième de ses compagnons.

Après, cette conquête, il lc;S ramena à "Notre-Dame des

(1) Tu. DE Gelano, Vita prima, p. 1, c. x, . ' ,. . . .,j

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