‹ Saint François d'Assise (1182-1226) [microform]Chapitre 57 sur 170 · SAINTE CLAIRE ET LES PAUVRES DAMES · texte numérisé non relu

SAINTE CLAIRE ET LES PAUVRES DAMES

« Il semble, depuis sainte Hélène et Constantin, que rien de grand ne puisse paraître dans TÉglise, sans quune femme y ait part (1). » Cette réflexion d'Ozanam s'applique avec une parfaite justesse à la grande épopée franciscaine. A l'homme de sa droite, au réformateur ombrien déjà si puissant par lui-même, la Providence associe une coadjutrice digne de lui, l'illustre vierge Glaire, qui sera la mère des Pauvres Dames, comme il est le patriarche des Frères Mineurs. Et le lieu choisi d'en haut pour être le berceau de ce second institut, c'est encore la Portioncule : tant il est manifeste, dès le principe, que les deux fondations sont nées du même acte créateur et qu'elles sont sœurs dans la pensée de Dieu comme dans l'histoire !

Claire naquit à Assise. Ses parents, Favorino et Ortolana, avaient uni les blasons des deux plus antiques maisons de cette ville, les Scefi et les Fiumi, et comptaient parmi leurs alliés les Bienheureux Silvestre et Rufin. Favorino possédait sur la pente méridionale du mont Soubase le château de Sasso-Rosso. Ortolana, femme d'une piété éminente, avait

(1) OzANAM, le Purgatoire de Dante, p. 568.

CHAPITIIE VII. 107

entrepris par dévotion les pèlerinages de Terre Sainte, du mont Gargano et de Saint-Pierre de Rome. A son retour, Dieu la visita dans sa miséricorde, et Ortolana, comme la mère de Samuel, obtint, par la vertu du jeûne et de la prière, une enfant qui devait immortaliser le nom des Scefi. Un jour qu'elle était agenouillée devant son crucifix et qu'elle conjurait le Seigneur de bénir le fruit de ses entrailles, elle entendit une voix qui lui disait : « Ne crains rien, Ortolana, tu mettras heureusement au monde une lumière qui éclairera tout l'univers. « L'enfant prédestinée naquit quelques jours après. Elle reçut l'eau régénératrice sur les mêmes fonts sacrés où François avait été baptisé douze ans auparavant, et sa mère voulut qu'on lui donnât le beau nom de Claire (1), symbole et présage de sa grandeur future. En ce jour-là, le ciel et la terre se réjouirent. C'était le 16 juillet 1194.

La fille des Scefi fut toujours un ange d'innocence et de piété. Dès l'adolescence elle se livrait à diverses pratiques de mortification, et portait un ciliée sous ses riclies vêtements. Intelligence bien douée, cœur aux viriles énergies, elle réunissait dans sa personne ces charmes extérieurs dont le monde est toujours affolé : une taille élancée, un port majestueux, le teint frais et vermeil, les traits fins et délicats, encadrés par une jolie chevelure blonde. Ses parents, ravis de voir en elle de si grands avantages, ne songeaient qu'à l'établir dans le monde; mais la jeune fille avait des désirs plus élevés, et, à dix-huit ans, elle méditait d'offrir au Roi des rois la fleur brillante de sa virginité. Dieu vint à son secours en l'adressant au Bienheureux Patriarche. Pendant le Carême de l'an 1212, le Saint prêchait à Assise dans l'église Saint-Georges. C'était sa première prédication solen-

(1) Clara, lumineuse, illustre. Acta SS., 12 août, Vie anonyme de sainte Glaire.

nelle; et quoiqu'il soit écrit que nul n'est prophète en son pays, François tenait ses propres compatriotes sous le charme d'une parole neuve, énergique et pleine d'onction, Claire, désireuse de connaître un apôtre dont on racontait tant de merveilles, obtint un jour d'aller avec sa mère et sa sœur Agnès assister à l'une de ses instructions. Elle le voit, l'entend, l'admire, et dès ce moment le choisit pour le directeur de sa vie. Elle s'ouvre de son dessein à une veuve

0USÈQTJJ5S SOLENNELLES DE SAINTE CLAIRE. (D'aprcS GiotlinO.)

digne de toute sa confiance, Bona Guelfucci, sa tante, et se rend avec elle dans le plus grand secret à Notre-Dame des Anges. François, sachant par révélation qu'il a devant lui un trésor dont le monde n'est pas digne, dévoile à Claire le prix de la virginité, les beautés ravissantes du céleste Epoux et les joies inénarrables d'une union que le temps ne détruit pas(l).

Vers la fin du Carême, elle revint trouver le saint Patriarche. Elle était impatiente de se donner toute à Dieu, et

(1) WADDn-G, t. I, p. 124.

Page 1