‹ Saint François d'Assise (1182-1226) [microform]Chapitre 91 sur 170 · MISSIONS D'ORIENT ET DU MAROC · texte numérisé non relu

MISSIONS D'ORIENT ET DU MAROC

Ce serait une erreur de croire que les saints demeurent étrangers aux événements politiques de leur siècle. Ils les suivent d'un œil attentif; mais ils ont leur manière à eux de les envisager. Au fond des débats de l'humanité , ils discernent une cause qui domine tout, qui les passionne et à laquelle ils s'identifient : c'est la cause de l'Eglise. On comprend dès lors avec quel intérêt l'héroïque chevalier du Christ suivait les progrès et les vicissitudes de cette grande question d'Orient que le Concile de Clermont avait ouverte, et où la vie de l'Eglise, non moins que la liberté des peuples, était si fortement engagée.

Depuis la prise de Jérusalem par Godefroy de Bouillon, l'Europe était un camp toujours armé; et depuis plus d'un siècle, l'histoire militaire de la chrétienté n'était guère autre chose que le récit, de l'interminable bataille livrée par les soldats du Christ aux farouches disciples de Mahomet. Au lieu de s'arrêter. à la surface des événements, le serviteur de Dieu allait au fond des choses. Derrière les combats chevaleresques où brillait le courage des preux de l'Occident, il découvrait une lutte plus haute, la lutte de la Croix contre le Croissant, du vrai Dieu contre le faux prophète, de la

civilisation chrétienne contre la barbarie musulmane ; et sa foi, d'accord avec son patriotisme, lui inspirait des vœux ardents pour le succès d'une entreprise colossale qui suffirait à elle seule à faire l'honneur des Papes et la gloire du moyen âge, même à n'en juger que par les résultats. Ne réussit-elle pas, en effet, à sauver l'Europe et à refouler dans les sables du désert les sectateurs de l'islamisme, avec leurs doctrines abrutissantes, résumé de toutes les erreurs et de toutes les corruptions, fatalisme, triomphe de la chair, avilissement de la femme, esclavage et tyrannie?

Quatre fois déjà l'Occident s'était levé en masse pour voler à la conquête des Saints Lieux; mais, malgré la bravoure et les efforts héroïques des successeurs de Godefroy de Bouillon, la ville sainte n'avait été soumise que par intervalles à leur sceptre; et à l'heure où nous en sommes, elle venait de retomber sous le joug odieux des Abbassides. A cette nouvelle, qui fut regardée comme uiie calamité publique, l'Europe tressaillit de douleur. Bientôt elle reprit les armes à la voix du pape Honorius III, et plus de quatre cent mille hommes se réunirent sous la bannière d'André II, roi de Hongrie, et de Jean de Brienne, frère de Gauthier de Brienne et roi nominal de Jérusalem. Mais cette fois, au lieu d'attaquer directement la Palestine, les Croisés, voulant frapper au cœur l'empire musulman, fondirent sur l'Egypte, et mirent le siège devant Damiette. Ils ne faisaient, du reste, qu'exécuter le plan stratégique d'Innocent III. Le plan était hardi, mais difficile; aussi tous les peuples avaient-ils les regards fixés sur l'Orient, attendant avec anxiété l'issue de cette lointaine expédition.

A ce moment, une lueur d'espérance traversa l'esprit du Patriarche d'Assise, qui rêvait toujours, comme nous l'avons vu, la conversion des Musulmans. Les circonstances lui parurent favorables. Ou il replanterait la croix, pensait-il,

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