‹ Saint François d'Assise (1182-1226) [microform]Chapitre 92 sur 170 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

sur ces plagies autrefois catholiques, ou du moins il les féconderait de son sang : double alternative qui l'attirait. 11 partit donc d'Ancône, au mois de juin 1219, avec Illuminé de Rieti et quelques autres Frères, cingla vers l'Egypte,

Saint François célèbre la Nocil à Grcccio. (D'après Giotto.)

mouilla à Saint-Jean d'Acre, où il laissa quelques-uns de ses disciples pour soutenir le courage et la foi des catholiques, durement opprimés par les Sarrasins, et débarqua en vue de Damiette. Il marcha droit au camp des Croisés, où

régnaient alors la discorde et la confusion. Les chevaliers et les fantassins, réunis depuis plus d'un an sous les murs de cette place sans pouvoir s'en emparer, s'accusaient réciproquement de trahison et de lâcheté; les têtes s'échauffèrent de part et d'autre, comme dans une émeute populaire, et les deux partis, pour donner la mesure de leur valeur, demandèrent à grands cris la hataille. Jean de Brienne céda à leurs folles instances, et l'assaut fut décidé pour le lendemain (29 août 1219).

Averti d'en haut qu'en punition de leur orgueil et de leurs divisions intestines, ils allaient essuyer une défaite sanglante, le serviteur de Dieu chercha le moyen de prévenir un tel malheur : « Mon Frère, dit-il à son compagnon, le Seigneur m'a fait connaître que si l'on en vient aux mains, les chrétiens seront battus. Si je le dis tout haut, je passerai pour un fou; si je ne le dis pas, ce secret me pèsera comme un remords. Qu'en penses-tu? — Mon Père, répondit le Frère Illuminé, ne vous arrêtez point au jugement des hommes; ce n'est pas d'aujourd'hui qu'on vous regarde comme un insensé. Déchargez votre conscience, et craignez plus Dieu que les hommes. » Fortifié par ce conseil, le héraut du Christ pénètre sous la tente du général ; il conjure les chefs de l'armée de résister aux funestes inspirations de la jalousie, et leur annonce de grands revers s'ils persistent dans le dessein de livrer le combat. Prières, menaces, tout est inutile. La passion aveugle et trouble les esprits ; on prend pour des rêveries les prédictions de notre Saint, et le combat s'engage par une chaleur torride. On sait le reste. « En cette journée fatale, dit saint Bonaventure, les chrétiens perdirent six mille hommes tués ou faits prisonniers. A la lueur de ce désastre, ils comprirent qu'ils avaient eu tort de mép'riser la sagesse du Pénitent d'Assise; car l'œil du juste découvre quelque-

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