‹ Saint François d'Assise (1182-1226) [microform]Chapitre 98 sur 170 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

la sainte théologie, de manière toutefois à ne pas laisser s'éteindre en toi et dans les autres l'esprit de sainte oraison, selon la Règle que nous professons. Adieu (1). »

En vertu de cet ordre, Antoine enseigna la théologie à Bologne, à Montpellier, à Toulouse, à Padoue, Sa science n'avait d'égale que son humilité, et François, qui connaissait l'une et l'autre, lui écrivait, avec un respect mêlé d'affection : « A Antoine, mon évêque (2). » Le jeune Portugais inaugurait vers le même temps cet apostolat qui allait devenir si fécond et donner tant de prestige à son Ordre.

Thaumaturge, il excitait l'enthousiasme des foules. Apôtre, il parcourait la Toscane, le Berry, la Provence, le Languedoc, et confondait les Manichéens ou les faisait rentrer dans le giron de l'Église, toujours sur la brèche, toujours embrasé d'un zèle que le ciel lui-même sanctionnait, au rapport de Thomas de Gelano, par un prodige significatif.

Au Chapitre provincial d'Arles, tenu au mois de septembre 1226, d'après Azzoguidi, le jeune Portugais prêchait avec une ardeur toute séraphique sur le titre de la croix : Jésus de Nazareth, roi des Juifs. Au milieu de son discours, le saint Patriarche apparut, comme pour donner plus de poids à la doctrine de son disciple, et il bénit avec effusion le prédicateur et les assistants. En ce moment, tous se sentirent remplis de consolation et renouvelés dans l'esprit de leur vocation, qui se résume tout entière dans l'amour de Jésus crucifié. François avoua lui-même à ses confidents la réalité de cette apparition, symbole, disait-il, de l'étroite union qui l'attachait à ses Frères (3).

Saint Antoine de Padoue est, après saint François d'As-

(1) Chronique des vingt-quatre généraux, fol. 29.

(2) Tu. DE Gelano, Yita secunda, p. 3, c. cxix.

(3) Vita prima, p. 1, c. xvm.

sise, une des plus grandes figures du treizième siècle. Comme saint, il n'occupe que le second rang dans les annales de l'Église; mais comme théologien, comme thaumaturge, comme apôtre surtout, il est au premier. Il faut lire les chroniques du temps pour se rendre compte de l'enthousiasme qu'il provoqua, tant en France qu'en Italie. Et

Coinuicnt, au CliajDitrc d'Arles, saint François apparut à ses Frères et les bénit.

(D'après Angelico da Ficsole.)

cependant, quand on parcourt le recueil de ses sermons, on les trouve pâles et froids. C'est là le sort de l'orateur. Cet homme qui a passionné toute une génération descend avec elle dans le même silence ; sa voix et la voix des multitudes qui l'applaudissaient vont s'évanouissant dans le temps, comme le son s'évanouit dans l'espace. Mais ce qui reste, c'est l'impression produite dans les âmes, c'est l'abondante

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