On disait de lui : lucet et ardeU
jeite un coup d'œil curieux et pénétrant sur toutes les harmonies de l'univers. Tous trois préparent l'esprit le plus vigoureux, le génie le plus novateur du moyen âge, celui qui régna sur les deux plus grandes écoles du monde à cette époque, celle de Paris et celle d'Oxford, et que l'on appelait, comme Aristote lui-même (éloge sans égal à cette époque) le prince des philosophes. Nous voulons parler de Duns Scot. Et ce n'est pas sans raison que cet homme, mort à trente-quatre ans et qui n'a guère laissé que des ébauches obscures de doctrine, a exercé sur l'Europe savante un long empire. Dans ces ébauches, il y avait le germe des principes féconds et puissants qui la remuèrent durant le xiv et le xv« siècle, à l'heure où se préparait la renaissance.
Ainsi, politique, poésie, philosophie, les franciscains ont tout abordé, et en abordant tout ils ont tout renouvelé. Nous les trouvons à l'origine de tout ce que nous aimons, de tout ce que nous vénérons, de tout ce que nous défendons aujourd'hui, de tout ce qui constitue notre civilisation.
Certes, c'est une bien grande œuvre que de créer une association qui, non-seulement dure pendant des siècles, mais qui les rempHt, les féconde et leur fait enfanter l'avenir. Telle fut l'œuvre de François d'Assise. Tel est son litre à la recon- ,
naissance que les peuples lui ont vouée. Aux yeux de Dieu, pour qui les secrètes merveilles des âmes sont visibles, il peut en avoir d'autres, à la fois plus intimes et plus glorieux. Celui-là suffit aux yeux de Thumanité qui ne peut étudier que les actes extérieurs et leurs conséquences sociales. Avouons-le, nous avons beau parcourir les annales des législateurs, des princes, des conquérants, nous en trouvons bien peu qui aient joué un si grand rôle, et laissé tant d'eux-mêmes dans le monde. Mais nous sommes encore si près des mœurs et des idées féodales, qu'à peine affirmonsnous, comme une vague et stérile généralité, la prééminence des représentants de la puissance morale sur les représentants de la force physique. Notre intelligence proteste, mais le cœur et l'imagination inclinent encore en nous à ne voir, à n'admirer partout que ceux qui ont porté ou le sceptre ou le glaive. L'histoire enregistre les noms les plus obscurs de ceux qui ont réalisé une idée ou l'ont défendue par les armes ; elle laisse volontiers dans l'ombre ceux qui les ont mises au jour ou les ont revêtues de la toute-puissance de l'adhésion pubUque. Un jour viendra, quand l'esprit nouveau nous aura plus profondément pénétrés, où chaque chose sera mise à sa place. Alors ce ne sera peut-être plus un paradoxe que de mettre saint Benoit à côté de Charlemagne, et
i24 SAINT FRANÇOIS ET LES FRANCISCAINS.
de placer saint François d'Assise enti^e Dante et saint Louis, les immortels disciples de son licrs ordre.