‹ Saint François d'Assise. Huitième éditionChapitre 129 sur 260 · TH. DE CELANO, Vita seeunda, p. L, ©. vi · texte numérisé non relu

TH. DE CELANO, Vita seeunda, p. L, ©. vi

est la tête de l’humanité régénérée, la France en est le cœur, et qu’une œuvre d’apostolat ne peut prendre tout son essor avant d’avoir respiré l'air de la France. Beau témoignage rendu aux destinées providentielles de la fille aînée de l'Eglise et à son esprit de prosélytisme.

Avant de quitter la Portioncule, le saint Patriarche bénit ses enfants, leur donna le baiser d'adieu, et les messagers de la paix évangélique se dispersèrent dans toutes les directions. La douleur de la séparation était adoucie par la certitude d’aller là où l’obéissance les envoyait, et par l’espérance de donner la vérité aux âmes affamées de lumière et d'amour. Lui-même partit avec Frère Masséo pour la mission de France. Du coteau d'Assise, il porta un regard plein d'espérance vers ce beau « royaume des lis », dont le seul nom faisait battre son cœur des plus douces émotions, et qu'il lui tardait d’arracher aux fureurs de l’anarchie. Qui dira les magnifiques projets qu'il nourrit alors dans son esprit? Projets qui naissent comme d’euxmêmes dans toute âme ardente, dans toute.

âme d’apôtre. Il ignorait qu’un autre que lui devait les réaliser.

A yant appris que le cardinal Hugolin se trouvait à Florence en qualité de légat, François, fidèle à sa coutume de saluer les évêques et les. princes de l'Eglise, alla présenter ses hommages. à l'éminent prélat. Ce fut une heureuse inspiration. Ils ne se connaissaient encore que de répu-

tation, dit Thomas de Célano ; mais, dès la première entrevue, il s'établit entre eux un courant d'admiration sympathique et de réciproque vénération qui tourna au profit d’un institut encore mal affermi (1). Le cardinal dissuada François d’un si long voyage, en lui faisant comprendre que son œuvre était un arbre au jet vigoureux, mais trop tendre encore pour ne pas réclamer la présence et les soins de celui qui l’avait planté. L'homme de Dieu, toujours humble et docile, lors même qu'il lui fallait sacrifier ses désirs les plus chers, se soumit à l’autorité d’un protecteur si bienveillant, d’un ami si éclairé, et il envoya à sa place, non sans envier leur bonheur, le Frère Pacifique avec Ange et Albert de Pise dans le nord de la France, et Christophe de Romagne avec le Frère Pierre dans le midi.

Fidèle aux instructions du séraphique Père, Christophe s'établit d'abord à Mirepoix, au pied des Pyrénées. Il créa ensuite divers foyers de vie franciscaine dans le Languedoc et la Guyenne, fut le grand auxiliaire de saint Dominique dans ses efforts contre l’hérésie albigeoise, et mourut au couvent de Cahors, le 31 octobre 1272, après avoir opposé aux calomnies des sectaires la plus irréfutable des réponses, l'exemple d’une vie sainte et mortifiée (2).

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