CHAPITRE XI PREMIERS CHAPITRES GÉNÉRAUX
De 1212 à 1216, le- saint fondateur dut être fidèle à la résolution qu'il avait prise de tenir chaque année deux sessions capitulaires. Mais ces premières réunions générales n'ont laissé aucune trace dans l’histoire. Les Trois compagnons nous disent seulement qu'elles avaient lieu à la Pentecôte et à la Saint-Michel, et toujours au pied de Notre-Dame des Anges (1).
Le premier Chapitre général qui ait fixé l'attention des biographes est celui de l’année 1217, et avec raison ; car le Saint y prit deux mesures nécessitées par les circonstances et décisives pour l'avenir de l'Ordre. Dans le pénmsule itatique, du nord au midi, les fondations s'étaient multipliées comme par enchantement. Pas de cité un peu importante qui n’eùt un couvent de Mineurs; pas de forêt qui n'eüt son ermitage, autre forme de couvent plus modeste. Pour relier ces différentes maisons entre elles sans briser le faisceau de l'unité, le saint Patriarche divisa l'Italie en six provinces, non compris FOmbrie, et mit à la tête de chaque district un
supérieur où Provincial ayant pleine juridiction et ne relevant que du Général. C’est à ce titre qu'il envoya le Frère Elie en Toscane, Benoïît d’Arezzo dans les Marches, Jean de Strachia en Lombardie, Augustin dans la Terre de Labour, Daniel dans la Calabre, et nous ne savons quel autre religieux dans la Pouille. Il s’occupa ensuite des ouvriers évangéliques qui devaient franchir les limites de l'Italie, et désigna Bernard de Quintavaile pour l'Espagne, Jean de Penna avec soixante Frères pour l'Allemagne, Jean Bonelli avec Monald de Florence pour la Provence, et Bonencontre, prêtre romain, pour le Berry. Il s'était réservé pour lui-même, Paris, le nord de la Franceet les Pays-Bas, et il n'avait pas caché à ses Frères les motifs de son choix. 11 aimait la France, parce que c'était le pays où le culte eucharistique était le plus florissant (1); il l’aimait encore parce qu'il savait par révélation qu'elle lui donnerait bientôt de nombreux disciples et qu’il y serait lui-même un jour l'objet d’une ardente dévotion; il en aimait aussi la langue claire et sonore, et il en faisait usage lorsqu'il était comme emporté par les ardeurs de l'Esprit-Saint (2) Comme saint Benoit, comme saint Dominique, comme tous les fondateurs d'Ordres religieux, il sentait que si Rome
1. « Diligebat propterea Franciam ut amicam corporis Domini, atque in ea mori propter sacrorum reverentiam cupiebat. » (TH. px CELANO, Vita secunda, p. III, c. CXXIX.) — Voir la Chronique des vingt-quatre géné-
raux : « Anno 1217, etc. »