‹ Saint François d'Assise. Huitième éditionChapitre 131 sur 260 · TH. DE CELANO, Vita seeunda, p. XIE, ©. LXÆxvII · texte numérisé non relu

TH. DE CELANO, Vita seeunda, p. XIE, ©. LXÆxvII

mais leur esprit d'abnégation n'en fut pas moins pour lui un sujet de grande édification.

Au rapport du Fr. Léon, qui accompagnait son bienheureux Père, il fut aussi question, dans cette entrevue, de fondre les deux Ordres en un seul; mais le séraphique Patriarche s’y opposa. « La volonté de Dieu, dit-il, c'est qu'ils demeurent séparés, afin que chacun puisse embrasser à son gré l'une ou l’autre des deux règles. » Dominique le pria alors de lui donner au moins, comme symbole de la charité fraternelle qui les unissait, eux et leurs familles spirituelles, la pauvre corde qui lui ceignait les reins. « Je la porterai toujours, lui dit-il, sous ma robe blanche. » François refusa longtemps par humilité, mais les instances du pieux solliciteur finirent par l'emporter. Les adieux furent pleins d'une fraternelle tendresse ; ils se recommandèrent aux prières l’un de l’autre. En sortant, le Patriarche des Frères Précheurs dit à ses compagnons : « En vérité, la sainteté de François est si éminente, que tous les religieux devraient s'attacher à ses pas (1). » Telle fut l'origine d’une dévotion qui se répandit promptement par toute l'Église, et que Sixte-Quint, de l'Ordre des Frères Mineurs, érigea trois siècles plus tard en archiconfrérie, sous le nom d'Archiconfrérie du Cordon de Saint-François (2).

Après avoir réglé les affaires de l'Ordre, de

1. TH. DE CELANO, Vita secunda, p. III, c. LXXxvII. 2. Bulle du 19 novembre 1585.

concert avec le cardinal, le Saint prit congé de ses deux amis et revint à Notre-Dame des Anges.

Enfin, l'époque du Chapitre général arriva :

c'était le 26 mai 1219, journée à jamais mémorable, et qui a laissé une trace lumineuse dans les annales de l’Ordre. En ce jour-là, tout invitait les Frères à l’allégresse. L'Église célébrait les solennités de la Pentecôte et avait pris ses ornements de fête ; la nature, elle aussi, avait revêtu sa plus riche parüre du printemps : l'air était frais et pur, le soleil se levait radieux et plein de majesté sur le sommet des Apennins, et versait des torrents de lumière dans la vallée de Spolète. Le voyageur qui fût descendu d'Assise à cette heure matinale eût pu contempler un spectacle peut-être unique au monde : des centaines de cabanes s’élevant dans la plaine et cinq mille religieux réunis autour du modeste sanctuaire de la Portioncule (1). A les voir recueillis comme des anges, le front incliné comme sous un souffle divin, il eût naturellement supposé qu'il se passait quelque chose d'étrange dans cette chapelle, et il ne se fût point trompé. Quelle scène, en effet ! Le cardinal Hugolin, debout sur les marches de l’autel, officiant pontificalement ; François assistant au saint sacrifice avec cinq mille de ses Frères ; les anges montant vers le trône du Père éternel pour

1. Tu. EccLEsToN (coll. VII, éd. cit., p. 232) donne le chiffre de cing mille, en s'appuyant sur la déposition du Frère Martin de Barton, qui avait assisté au Chapitre.

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