‹ Saint François d'Assise. Huitième éditionChapitre 132 sur 260 · L3 LD · texte numérisé non relu

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lui offrir le sang de la Victime sans tache, ainsi que les prières des hommes, et descendant ensuite vers la terre chargés de grâces et de bénédictions ; enfin, tout le ciel attentif aux prières des pauvres de Jésus-Christ : quelle scène, encore une fois, et comme elle repose doucement le regard, au milieu de tant d’autres qui l'attnistent et le fatiguent ia-bas (1}!

Après la messe, le cardinal auvrit sobennellement le Chapitre et le présida. Le soir, il voulut, comme un général d'armée, passer en revue les nombreuses phalanges des soldats du Christ, qui lageaient dans la plaine sous des cabanes de feuillage et de nattes (de là te nom de Chapitre des Nattes). Il les trouva rassemblés par groupes de soixante ou de cent, racontant les joies et les souffrances de leur apostolat, se redisant les uns aux autres les œuvres de leur bienheureux Père ou les prodiges qu'ils avaient opérés sous ses auspices, et se répétant ce mot des dÿsciples de Notre-Seigneur au retour de leur première mission : « Les démons mêmes nous obéissarent en som nom. »

À cette vue, le vénérable vietllard s’éecria dans son admiration, comme autrefois le patriarche Jacob : « Frères Mineurs, en vérité, c'est iet le camp de Diew. » C'était, en effet, l'armée d'élite du grand Roi, armée pacifique et conquérante, sans armes et toute-puissante, admirable de discipline et d’héroïsme, à laquelle on pouvait

‘ t. Tres soctt, c. x1v; et BowaAv., c. Ev.

appliquer ce mot des Saintes Écritures : « Que tes pavillons sont beaux, à Jacob ! Que tes tentes sont belles, & Israël ! » François, levant vers le ciel un regard plein de reconnaissanee, et remerciant le Seigneur d’avoir multiplié ses fils comme les grains de sable de la mer, laissa tomber de son cœur et de ses lèvres, quelques paroles brûlantes, qui ravivèrent dans l'âme de ses disciples l'amour de Dieu et de leur voeation, le zèle des âmes et le dévouement à l'Eglise romaine. On croit que ce fut dans cette circonstance qu'il prononça les paroles suivantes :

« Mes Frères, dit-il en terminant, nous avons promis de grandes choses ; on nous en a promis de plus grandes encore. Gardons les unes, soupirons après les autres ; le plaisir est court, la peine est éternelle ; les souffrances sont légères, la gloire est infinie. Beaucoup d'appelés, peu d'élus : chacun recevra selon ses mérites (1}. »

Des esprits timides auraient pu se demander : « Où prendre des vivres pour nourrir tant de personnes ? » Le saint Patriarche et ses enfants n'éprouvèrent point de ces défiances ni de ces mquiétudes. Ils étaient là, dénués de tout, mais remplis de confiance, attendant du Créateur, comme les oiseaux du ciel, leur nourriture de chaque jour. La Providence ne leur manqua point. On vit accourir d'Assise, de Pérouse, de Foligno, et jusque de Spolète, des hommes de toutes conditions, clercs et laïques, chevaliers

1. Œuvres de saint François d'Assise, p. III, c. xXXIt. — Cf. TH. DE CELANO, Vita secunda, p. III, c. xxx1.

et gens du peuple, qui, non contents d'apporter aux pauvres de Jésus-Christ toutes les provisions nécessaires, poussèrent Ja charité jusqu'à vouloir les servir de leurs propres mains. Ces secours durèrent autant que le Chapitre (1).

Une foule de personnes étaient venues par pure curiosité, attirées par la nouveauté du spectacle ; Dieu en profita pour toucher leurs cœurs. Parmi tant de visiteurs, les uns étaient surtout frappés de la vie austère des Frères Mineurs ; ils se disaient : « Voilà qui nous montre bien que le chemin du ciel est étroit, et qu'il est difficile aux riches d'entrer dans le royaume de Dieu ! Nous nous flattons de faire notre salut, sans rien retrancher de nos aises ni des délices du siècle, tandis que cès bons Frères se privent de tout et tremblent encore. Nous voudrions mourir comme eux, mais nous ne voulons pas vivre comme eux; et cependant, on meurt comme on a vécu.» Les autres observaient plutôt la céleste expression de leur physionomie, le gracieux sourire de leurs lèvres, leur empressement à se rendre de mutuels services, la paix divine qui se reflétait dans la douce lumière de leurs regards. « Ce sont des anges, pensaient-ils ; ils ne touchent la terre que par les extrémités des pieds, et déjà leurs pensées et leurs affections sont dans la céleste patrie. Qui nous empêche de partager leur bonheur ? » Et bon nombre d’entre eux (ils étaient

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