‹ Saint François d'Assise. Huitième éditionChapitre 155 sur 260 · HuiILLARD-BREOLLES, Hist. diplom. Frider. II, t. V · texte numérisé non relu

HuiILLARD-BREOLLES, Hist. diplom. Frider. II, t. V

sous la bannière pontificale, et résistèrent aux sacrilèges empiétements du despote avec un courage persévérant qui leur mérita d'être appelés par Grégoire IX les Machabées de la nouvelle alliance. Non content de leur décerner cetitre, le même Pontife les exempta du service militaire et les couvrit de sa protection (1). Ses successeurs l’'imitérent, et l’entente entre les chefs et les soldats amena ce résultat final, qui paraissait impossible, le renversement du colosse impérial.

Fureur des guerres civiles apaisée, populations unies dans la résistance à l'oppression des consciences, projets insensés de l'empereur d'Allemagne réduits à néant, qui avait préparé ces triomphes, sinon le Patriarche d'Assise?

C'est lui qui avait donné le coup de mort à la féodalité et à la tyrannie impériales, en édictant cette loi qui plaçait les Tertiaires sous la juridiction du Saint-Siège : «< Les Frères ne porteront pas d'armes offensives, si ce n'est pour la défense de l'Église romaine, de la foi catholique et de leur pays. » Et les Frères, c'était la bourgeoisie, c'était le peuple, c'étaient toutes les forces vives de la nation, ainsi que l'atteste le rapport adressé à Pierre des Vignes. Aussi un publiciste de nos jours, Frédéric Morin, a-t-il raison de déclarer, dans son étude sur

1. M. l’abbé Le Monnier est le premier qui ait misen lumière ce point d'histoire, l’'exemption du service militaire pour les Tertiaires d'Italie. — Voir son Histoire de saint François d'Assise, ch. xIli.

saint François et les Franciscains, « que l’Europe moderne ne sait pas tout ce qu’elle doit à saint François ». Toutes les nations de l'Europe; l'Italie en première ligne. Elle lui doit tout, la conservation de sa foi, son indépendance nationale, une législation plus équitable et, par un progrès logique, l'émancipation de la bourgeoisie et du peuple. Mais le même auteur se trompe, lorsqu'il prétend que le tiers-état est sorti du Tiers-Ordre; car le tiers-état, entendu au sens moderne, est la négation du principe d'autorité qui sert de base à toutes les entreprises du réformateur ombrien.

Après six siècles d'existence, l'institution franciscaine est toujours vivante. Son rôle politique et religieux est-il fini, comme le pensent quelques-uns, ou faut-il croire avec d'autres que la similitude entre le moyen âge et notre époque lui crée une place marquée dans la lutte gigantesque où se débattent les destinées de l'Eglise et de la patrie? Un regard jeté sur l'état de la société moderne nous aidera à résoudre la question. Aux mille formes de l’hérésie antique a succédé une erreur plus mons-! trueuse encore, où revient le dualisme de Manès, l'hypocrisie de Raymond VI, les violences de Luther, les haines de Calvin, et qui poursuit dans l’ombre et le mystère, par les séductions, ‘la calomnie et le poignard, une œuvre satanique, la destruction du christianisme. Cette erreur, qui se nomme la Révolution, est le règne absolu du mal, comme l'Église est le

règne absolu du bien. Elle s’est incarnée dans la franc-maçonnerie. Léon XIII, dans l'Encyclique Humanum genus, a dénoncé, démasqué, anathématisé la secte; mais la réprouver ne suffit pas, il faut la vaincre. Or, à cette ligue infernale qui menace la société, à ce chancre qui dévore les deux mondes, qu'opposer sinon l'association chrétienne, c'est-à-dire l'union

des énergies viriles et des dévouements spon-

tanés se serrant autour de la Croix pour la défense du droit outragé et de la vérité méconnue? Et quelle association est plus apte à ce dessein que le Tiers-Ordre, où le prince et le magistrat coudoient le négociant et l’ouvrier ? Et s’il a déjà sauvé le moyen âge des folies du manichéisme, pourquoi ne préserverait-il pas le xix° siècle des horreurs de la démagogie? Ces vues sur le passé, ces espérances pour l'avenir, ont guidé Léon XIII dans les conseils qu'il adresse à tous les évêques de l’univers et où il recommande particulièrement la propagation du Tiers-Ordre.

« Vénérables Frères, leur écrit-il, déployez tout votre zèle pour propager et affermir une institution qui a pour but, dans l'esprit du fondateur, d'attirer les hommes à limitation du Christ, à l'amour de l'Eglise, à la pratique des vertus chrétiennes. Elle pourra vous être d’un grand secours pour faire disparaître la lèpre des sectes maçonniques. Que le Tiers-Ordre fasse donc chaque jour de nouveaux progrès.

Parmi les nombreux avantages qu'on est en

droit d'attendre d'une si sainte association, il en est un qui prime tous les autres : c’est qu’elle est une école de liberté, d'égalité, de fraternité, . trois mots dont la franc-maçonnerie abuse étrangement, mais en réalité trois grandeurs apportées au monde par le divin Rédempteur et précieusement gardées par saint François.

Nous voulons parler de cette liberté des enfants de Dieu qui refuse de porter le joug odieux de Satan et des passions; — de cette fraternité dont la source se perd en Dieu, notre commun Créateur et Père! — de cette égalité qui, fondée sur les droits de la justice et de la charité, loin de rêver l'abolition des distinctions sociales, fait de la variété même des conditions et des devoirs un concert harmonieux, tout au profit des intérêts et de la dignité des peuples (1). » L'institution séraphique sera-t-elle pour la franc-maçonnerie le grain de sable où viennent expirer toutes les fureurs de l'Océan? Avec le Chef de la catholicité, nous l’osons croire; car, en toutes choses, le dernier mot est à Dieu, qu'aucune puissance ne peut détrôner et qui fait servir les crimes de ses ennemis, aussi bien que la fidélité de ses serviteurs, à l'accroissement de sa gloire et à l'exaltation de son Eglise.

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