‹ Saint François d'Assise. Huitième éditionChapitre 168 sur 260 · Les Poëtes franciscains, p · texte numérisé non relu

Les Poëtes franciscains, p

sespérés, sur le sillon qu'ils creusent ? Toujours les hautes pensées de la foi. Ils regardent leur crucifix, et retournent à leur tâche, alertes et vaillants, parce que pour eux, comme pour le fondateur, le poids de la souffrance disparaît sous les joies de l'amour.

Quelquefois aussi la Providence intervient directement, et l’on est obligé de convenir qu'elle s’est montrée particulièrement prodigue à l'endroit du Patriarche d'Assise et de ses enfants. Parmi les insignes faveurs de ce genre que nous pourrions citer, nous en choisissons deux de préférence, parce que saint François lui-même en est le bénéficiaire et qu'elles font resplendir dans un même cadre, en regard de l'inépuisable bonté de Dieu, le confiant et filial abandon du héros de la pauvreté.

La première nous le représente aux débuts de son apostolat, prêéchant aux populations du Picenum, après son infructueuse tentative de mission chez les Sarrasins (1212), et s’arrêtant, exténué de fatigue, dans un ermitage nommé Sant’'Urbano. « Une fièvre lente le consumait ; il avait le palais brûlant. Se sentant défaillir, il pria son compagnon de lui donner un peu de vin; mais il n’y en avait pas dans ce désert. Alors il eut une de ces audaces que suggère aux saints le désir, qui chez eux domine tout, de s'employer utilement au salut des âmes. Il envoya son compagnon puiser de l'eau à la source voisine; l'onde limpide se changea, sous sa bénédiction, en un vin généreux, et lui, réconforté

par ce miraculeux breuvage, reprit sans délai le cours de ses prédications (1). »

Quelques années après, probablement à son retour d'Espagne, il cheminait avec un de ses Frères (le Frère Léon, d’après Wadding), dans la direction de Trévise. Ils furent surpris en route par les ténèbres de la nuit, au milieu des marécages qui bordent les rives du P6. « Leur vie était en danger, remarque le Docteur séraphique. Le disciple effrayé se rapprocha instinctivement du maître et lui dit : < Père, priez « Dieu de nous délivrer de ce péril. — Dieu est « bon et puissant, répliqua François avec un « inexprimable accent de confiance ; il ne lui « sera pas difficile, s’il le veut, de nous tirer de « ce mauvais pas. » À peine avait-il fini de parler, qu'ils se sentirent enveloppés d'une vive lumière qui leur permit d'éviter les précipices. Ils marchèrent longtemps encore, en bénissant tout haut celui qui se déclare le protecteur des petits et des humbles, et parvinrent sains et saufs, toujours guidés par la même lueur mira- <uleuse, à la maison hospitalière vers laquelle ils tendaient (2). »

Les annales séraphiques sont émaillées de traits analogues, plus nombreux à l'origine, toujours gracieux comme un sourire du ciel.

Ainsi le Verbe incarné prenait à cœur le succès

1. BonNav., c. v. — Cf. TH. DE CELANO, Vita prima, p. I, €. XXI; pour la chronologie, les Acta S.S., 4 oct., p. 623.

2. BonNav., c. v. — C'est à saint Bonaventure que nous devons la connaissance de ce prodige.

d'une institution née d'un décret de sa miséricorde ; les secours se multipliaient, proportionnés aux difficultés de la Règle ; les conseils de l'Évangile refleurissaient en face d’un monde étonné, et le Patriarche d'Assise, aidé de ses Frères, parvenait, à force de persévérance, « à relever les ruines de la maison de Dieu ».

L'œuvre est grandiose; admirons donc aussi l’homme providentiel qui en fut l'artisan et y dépensa toutes ses forces.

Déjà, en effet, à peine âgé de quarante-deux ans, il touche au terme de sa carrière apostolique, si courte aux yeux des hommes, si remplie devant Dieu, si féconde en résultats pour la société. Bientôt nous raconterons les merveilles étonnantes qui la couronnent; mais auparavant, donnons-nous la consolation de contempler une dernière fois les traits de ce visage irradié par l'amour.

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