‹ Saint François d'Assise. Huitième éditionChapitre 170 sur 260 · BONAV., c. 1x · texte numérisé non relu

BONAV., c. 1x

récitation de l'office canonial, il ressemblait à ces chérubins qui se tiennent devant le trône de l'Eternel. En voyage il suspendait sa marche. Un jour qu'il revenait de Rome par un temps de bourrasques, il descendit de cheval, s'arrêta, ouvrit son bréviaire et, debout, le récita sous la pluie. Attitude et manière d'agir qu'il expliquait ainsi à ses disciples : « Vous vous arrêtez pour donner au corps la nourriture qu'il réclame, une nourriture qui deviendra la pâture des vers ; je ne vous en blâme pas. Mais n'est-il pas d’une bien plus haute convenance d’accorder à l'âme un peu de calme et de repos, pour qu'elle prenne sa réfection immatérielle, qui est Dieu lui-même (1) ? » Réponse pleine de sens et dictée par un grand esprit de foil

Il en est de même de la réplique qu'il adressait à ses compatriotes dans une autre circonstance. On s’étonnait qu'avec un habit aussi pauvre que le sien, il pût supporter les rigueurs de l'hiver. « Ah! s'écria-t-il, si nous sentions au dedans de nous le feu du divin amour, nous n'aurions pas de peine à supporter le froid du dehors (2). >» Dans une de ses extases, il entendit Notre-Seigneur lui dire : « François, ton amour va jusqu'à l'excès, jusqu’à la folie ! Tu attends de moi l'impossible, et jamais personne ne m'a demandé les mêmes faveurs que toi. — O Seigneur, mon doux amour! répliqua Fran- Çois, est-ce à vous de me reprocher cet excès, à

1. TH. DE CELANO, Vita secunda, p. 1II, c. XXXIX. 2. BonaAv., c. v.

vous qui, pour l'amour de moi, vous êtes anéanti, avez pris une chair semblable à la nôtre et nous avez aimés jusqu'à la folie de la Croix ? » |

Ce qu'il cherchait dans ses rêves, ce qu'il poursuivait à son réveil, c'était l’Étre par excellence, celui-là seul qui peut contenter notre cœur et dont il ne se sentait séparé que par la frêle muraille de son corps. Il avait là-dessus des vues profondes, des expressions charmantes. Remontant à l’origine première des choses, et considérant toutes les créatures, même celles qui ne sont pas douées de raison, comme sorties du sein paternel, il les appelait avec une tendresse ineffable « ses frères et ses sœurs ». Les impies ne voient Dieu nulle part; saint François le voyait partout. Toute la nature était pour lui comme un clavecin harmonieux dont. toutes les notes exaltaient ses perfections. Il y mêlait sa voix. Héritier de l’esprit des prophètes, il invitait tous les êtres de la création, « les fleuves et les mers, les montagnes et les vallées, les prairies et les troupeaux de bêtes, les hommes et les anges, à louer leur Créateur ; et il demeurait au centre de ce concert, comme un musicien inspiré, résumant dans son âme toutes les sublimes harmonies, pour les faire remonter en adorations brûlantes vers Celui qui est la source de toute harmonie et de toute beauté (1) ».

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