TH. DE CELANO, Vita prima, c. XVIII
de leurs succès, comme il arrive aux esprits étroits ou orgueilleux, il les en félicitait chaudement, et il ne craignait pas de leur dire, en les embrassant avec effusion de cœur : « Mes Frères, les bonnes nouvelles que vous m'annoncez me causent une joie semblable à celle qu’on éprouve quand on respire la bonne odeur qui s'échappe des prairies ou de la vigne en fleur. »
Sa prévenante charité n’exceptait personne; il aimait les fervents et les tièdes, et voulait que les Supérieurs de l'Ordre se montrassent pleins de bienveillance pour les uns et de condescendance pour les autres, même pour les coupables, tant qu'une lueur de repentir pouvait briller dans leur âme. Enfin, la magnanimité de son caractère atteint ses dernières limites dans l'épître qu'iladressaiten 1227 à Pierre de Catane, alors Vicaire général, pour lui remettre en mémoire un sentiment ignoré du paganisme, le pardon des injures. Cette lettre est, plus que toute autre, l'écho du grand cœur, le reflet du grand style de saint François; nous l’offrons à nos lecteurs comme la perle de l'écrin séraphique.
« Que le Seigneur soit ta défense, et qu'il te conserve dans son saint amour. Je te recommande d'apporter une telle patience dans le gouvernement de tes Frères, que si l’un d'eux pousse l'audace jusqu'à te frapper, tu reçoives ces mauvais traitements comme une grâce.
Aime ceux qui te traiteront de la sorte, et propose-toi, en les aimant, de les rendre meilleurs;
mais n'’espère pas les convertir, si Dieu n’y joint sa grâce. Voici à quel signe je reconnaîtrai que tu aimes Dieu et que tu as de l'affection pour moi son serviteur et le tien : c’est qu'aucun de nos Frères, si coupable qu'il soit, ne sorte d’auprès de toi sans avoir ressenti les effets de ta bonté. Et s’il ne demande pas le pardon de sa faute, préviens-le et offre-lui sa grâce; et se présentât-il mille fois devant tes yeux, témoignelui toujours plus d'affection qu'à moi-même, pour le ramener dans la bonne voie. Et que les autres Frères ne lui jettent point sa faute au visage, et qu'ils ne la publient point sur les toits; mais qu'ils la tiennent secrète, et qu'ils couvrent leur frère du manteau de la charité. Car ce n'est pas à ceux qui sont en santé qu'il faut un médecin, mais à ceux qui sont malades. Fais ce que je t'ai mandé. Adieu (1). »
Après avoir lu ces pages, on se demande si une mère elle-même peut avoir pour ses enfants plus d'amour, plus de délicatesse. C'est ainsi que le doux François d'Assise mettait le premier en pratique ce conseil qu’il a consigné dans le chapitre sixième de sa Règle : « Si une mère nourrit et aime son fils selon la chair, avec combien plus d'affection chaque religieux ne doit-il pas aimer et nourrir son frère selon l'esprit ! »
Et parce que le propre de la sainteté est de haïr pleinement le mal, aussi bien que d’aimer parfaitement le bien, il prononçait contre les