BARTHÉLEMY DE PISE, Conformités, liv.k,e vi
Jacqueline! Va, ouvre-lui les portes du couvent ; car l'interdiction portée contre les femmes ne s'applique point à Frère Jacqueline (1). »
Chose merveilleuse, ajoute le fidèle narrateur auquel nous devons tous ces détails! la pieuse dame apportait avec elle tout ce que désirait le Bienheureux, tout ce qu'il avait marqué dans sa lettre : un mets spécifié dans sa missive, puis ce qui était nécessaire pour ses funérailles, un drap gris cendré, un linceul, un coussin et des cierges; le tout, conformément à ses recommandations (2).
La visite de Giacoma causa de douces émotions au serviteur de Dieu. Il se sentit réconforté, et tous deux versèrent des larmes de bonheur, en pensant aux consolations réciproques que leur avait ménagées la Providence. Giacoma, ayant remarqué un peu de mieux dans l’état du malade, lui fit part de son dessein de renvoyer toute sa suite et de rester seule avec ses deux fils (Jean et Gratien) et quelques écuyers. « Non, lui dit le Saint; gardez tout votre monde près de vous. Samedi soir, je retournerai à Dieu, et vous pourrez alors reprendre le chemin de Rome avec tout votre entourage (3). Giacoma fut ainsi prévenue de l'imminence de la catastrophe redoutée, et fut
1. TH. DE CELANO, Traité des miracles (apud Analecta Bellandiana, t. XVIII, p. 128). — Bernard de Besse et Barthélemy de Pise ont reproduit le même récit, en l’abrégeant.