‹ Saint François d'Assise. Huitième éditionChapitre 231 sur 260 · Ibid.,loc. cit · texte numérisé non relu

Ibid.,loc. cit

admise, en attendant, à contempler le crucifié de l’Alverne, à lui prodiguer ses soins, à baiser les plaies saignantes de ses pieds et à les arroser de ses larmes : glorieuse exception et consolation immense que lui avait values son inépuisable charité pour les serviteurs du Christ.

Les derniers moments du Patriarche séraphique nous offrent d’autres scènes non moins mémorables; il semble même qu'à mesure qu’on avance, elles s’imprègnent d’un cachet plus intime et plus émouvant. Ses disciples l'entourent de leurs soins les plus affectueux, sans pouvoir ni S’abandonner à leur affliction de peur de l’attrister, ni contenir dans leur sein la douleur qui les oppresse. Pour lui, il reste toujours calme, toujours maître de lui-même. Son visage rayonne d’une douce allégresse, et « son cœur chante », selon la remarque de son premier historien (1) : c’est l'invité qui se prépare aux noces de l’Agneau! Les apprêts sont tels qu'on les attend de l’amant de la pauvreté. Dépouillé de sa tunique, étendu sur la terre nue, les yeux au ciel, où s’envolent tous ses désirs, et la main sur la plaie de son cœur pour en dérober la vue, il dit à ses compagnons:

« J'ai fait mon devoir; faites le vôtre. » Et les Frères, devinant son intention d’être fidèle jusqu’au bout à sa dame la Pauvreté, lui présentèrent un froc et une corde d'emprunt, qu'il

1. « Mortem cantando suscepit. » (Vita secunda, p. I, C. CXXXIX.)

accepta avec de grands sentiments de reconnaissance (1).

Chose admirable ! le corps était à toute extrémité; mais l'esprit rayonnait en sa plénitude, et, dans cette lampe qui allait s'éteindre, la lumière de l'intelligence, ferme et pure, projetait encore tout son éclat. À cette heure suprême, François tirait de son cœur les accents les plus enflammés sur l’amour de Dieu, avec les plus sages conseils sur l’observation de la Règle. Mieux encore : il dictait son testament, œuvre magistrale où il peint lui-même à grands traits les diverses phases de sa vie, suave effluve d'amour qu'il laisse tomber de ses lèvres défaillantes pour l’éternelle consolation de ses disciples. Le Frère Ange de Rüiéti écrivait; les autres religieux écoutaient avec un filial attendrissement (2).

Le testament demandait une conclusion, la bénédiction du testateur. « Venez, mes fils bienaimés, dit-il à ceux qui l'entouraient; venez, que je vous bénisse avant de mourir. » Et il étendit la main sur leur tête, en déclarant expressément qu'il bénissait dans leur personne tous ses disciples présents et à venir. Puis, en témoignage de son affection et comme symbole d'union fraternelle, il rompit et leur distribua

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