‹ Saint François d'Assise. Huitième éditionChapitre 237 sur 260 · BONAV., c. XV · texte numérisé non relu

BONAV., c. XV

trompettes guerrières ouvraient la marche, selon l'usage du temps; puis venaient les fidèles portant des rameaux d'olivier, et, après eux, les Frères, tenant des torches ardentes à la main. Deux magistrats et deux Frères Mineurs portaient le corps sur leurs épaules. Le clergé fermait le cortège, et s'avançait au chant des psaumes et des hymnes de l'Église. Au lieu de prendre le chemin le plus direct, on choisit le sentier détourné qui mène au monastère de Saint-Damien. On déposa le corps dans La chapelle des Pauvres-Dames, afin qu’elles eussent la consolation de contempler une dernière fois le visage transfiguré de leur fondateur. On ouvrit la grille à travers laquelle on leur donnait la sainte communion; et Claire, malade, portée dans les bras de ses filles, put vénérer, toucher et baiser, non sans verser beaucoup de larmes, les cinq plaies du stigmatisé de l'Alverne. Elle essaya d’arracher un des clous miraculeux pour le conserver comme relique ; mais voyant qu'elle n'y pouvait réussir, elle se contenta de tremper un linge dans le sang qui coulait de la blessure, et de prendrela mesure exacte de la taille du Saint pour faire peindre son portrait dans le chœur des religieuses.

« Lorsque le convoi se remit en marche, les servantes du Christ éclatèrent en gémissements; jamais orpheline pleurant sur la tombe de sa mère ne fit entendre des plaintes plus déchirantes. — « O l'amère séparation !

« s'’écriaient-elles en sanglotant.… O notre

« Père! Notre Père, que ferons-nous ? Qu'al- « lons-nous devenir? Tout notre bonheur « s'envole avec vous! » Ainsi leur cœur état partagé entre la tristesse et la joie, la tristesse d’avoir perdu celui qu'elles aimaient, et la joie de le savoir déjà couronné dans les cieux.

Cependant, on emporta la précieuse dépouille, et la porte du monastère se referma pour ne plus s'ouvrir jamais à de pareïlles douleurs (1). »

Le cortège traversa les rues d'Assise, tendues de draperies et de guirlandes de verdure, jusqu'à l'église Samt-Georges, où la dépouille mortelle fut déposée dans une châsse en cyprès. « C'est là que notre Saint avait été initié à l'étude des lettres chrétiennes, c'est là qu'il avait pour la première fois prêché la pénitence et l'amour de Dieu : là devait être aussi son premier lieu de repos (2). »

Le Frère Élie, dont les pouvoirs de Vicaire général furent prorogés jusqu'au Chapitre général d'Assise (1227), s'empressa d'envoyer à tous les supérieurs la nouvelle de la mort du saint fondateur. Sa lettre, écrite sous le coup de la première émotion, est un modèle d'oraison funèbre; et nous nous faisons un devoir d’en reproduire les passages les plus importants.

« Au Frère Grégoire, Provincial de France, Frère Élie, pécheur. Salut.

« Avant de commencer à parler, je pleure, et ce n’est pas sans motif. La douleur envahit

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