Tres socii, C. x
trait de ressemblance de plus avec Celui qui n'avait pas où reposer sa tête.
Cette mission fut, comme la précédente, de courte durée. François, guidé par le divin Maitre, revint le premier à sa chère habitation de la Portioncule, où il reçut quatre nouveaux postulants, tous d'Assise ou des environs, ainsi que leurs devanciers : Jean de Saint-Constant, Barbaro, Bernard de Viridante et un quatrième, probablement le prêtre Sylvestre, dont l'admission dut être retardée pour des considérations de ministère pastoral.
Cependant, le bienheureux Père, désireux de revoir sa petite famille, s’adressa au ciel pour obtenir cette faveur. Celui qui entend le moindre cri du passereau solitaire prit plaisir à exaucer la prière de son fidèle serviteur; et peu de jours après, à leur grand étonnement, les sept missionnaires arrivèrent tous ensemble à la Portioncule. Considérant leur nombre et leur ferveur, et jugeant que le moment était venu de les constituer régulièrement en famille religieuse, François les assembla et leur dit : « Bien-aimés frères, vous voyez comment notre Société naissante croît et se multiplie sous les bénédictions de Dieu. Il est temps de choisir une forme de vie, et il est opportun de la soumettre au jugement du Saint-Siège : car je suis persuadé qu’en matière de foi et d'Ordre religieux, on ne peut rien faire de stable sans son agrément et son approbation. Allons donc trouver notre Mère la sainte Église romaine, et rendons compte au
Souverain Pontife de ce que le Seigneur a déjà fait par notre entremise, afin que nous poursuivions selon sa volonté et sousses ordres l'œuvre que nous avons commencée (1). »
Voilà bien le saint Patriarche d'Assise avec sa filiale dévotion au Siège de Pierre, en même temps qu'avec cette pureté de foi qui voit dans la Papauté le foyer des lumières, l'infaillible interprète de l'Évangile, la sauvegarde de tous les intérêts et l'espérance de l'avenir! Aucune loi ecclésiastique n'’obligeait alors les Ordres religieux à demander cette approbation de Rome, qui ne fut imposée que six ans plus tard, au quatrième concile de Latran; mais le saint fondateur savait que les autres colonnes de l'Église peuvent s'écrouler, et qu'à Pierre seul il a été dit: «Tues Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre elle. » Par cette démarche, il soudait son œuvre à la pierre angulaire du christianisme et assurait à ses fils le bénéfice de l'infaillibilité pontificale et de l’immortelle durée de l'Eglise.
Ses compagnons, épousant ses vues et ses espérances, applaudirent à sa proposition. Le Saint écrivit aussitôt une Règle composée de quelques sentences de l Évangile et prescrivant, outre les trois vœux ordinaires de pauvreté, d’obéissance et de chasteté, une renonciation totale à toute possession, même en commun.