‹ Saint François d'Assise. Huitième éditionChapitre 93 sur 260 · Tu. D CÆLANO, Viba secunda, p. IL c. LxXwI · texte numérisé non relu

Tu. D CÆLANO, Viba secunda, p. IL c. LxXwI

conde, intuitive de leur auteur. Il n'y faut point chercher des spéculations transcendantes ni un traité complet sur l’ascétisme. C'est une œuvre plus modeste, un recueil de conseils donnés dans l'intimité de la vie, une série d'enseigrrements que le maître tire sans efforts du riche trésor de son cœur et que les disciples écoutent avecavidité. Doctrine rudimentaire, si l'on veut, mais solide et appropriée aux besoins des commençants. C'est la bonne semence tombant dans un terrain fertile ; elle germera, se développera rapidement dans la chaude atmosphère du moyen âge et se couronnera de fruits, les plus exquis qu'aient jamais produits le mysticisme : l'Imitation, les œuvres spirituelles de saint Bonaventure et, ce qui vaut mieux encore, des âmes fortement trempées, accomplissant à la lettre les conseils de l'Evangile.

Au Patriarche d'Assise, comme à quiconque a charge d’âmes, s’imposait, outre le rôle de conférencier, un autre office plus délicat et plus important, à cause des responsabilités qu'entraîne le choix des vocations: l’office de directeur. Ses biographes n'ont eu garde d'oublier ce point de vue. Îls se sont même attachés à prouver, pièces à l'appui, qu’il n'avait pas seulement les qualités d'un directeur éminent, un esprit pénétrant, une volonté inflexible dans la haine du mal, un cœur débordant d'amour pour Dieu et de tendresse pour ses frères, mais qu'il était un directeur hors de pair, « ayant reçu d'en haut ce don du discernement des esprits qui associe la

créature à la science infinie du Créateur (1) ». Il lisait dans les consciences comme dans un livre ouvert ; il en découvrait les luttes les plus intimes, les plaies les plus cachées, et profitait de ces lumières infuses pour affermir les premiers pas des débutants, dissiper les doutes, combattre les découragements, quelquefois aussi pour démasquer les fausses vertus des hypocrites. C'est ce qu'il fit notamment pour deux religieux dont l’un, réputé saint, ne voulait se confesser que par signes pour ne pas manquer à la règle du silence; l’autre avait lésé la charité fraternelle. Sur leur refus de s’amender, il leur prédit qu'ils sortiraient de l'Ordre et périraient misérablement. Les deux prédictions se réalisèrent ; et François pleura amèrement sur le double malheur qu'il n'avait pu empêcher (2).

Autantil était attentif à séparer l'ivraie du bon grain, autant, après l'année de probation, il s’appliquait à distribuer sagement les emplois selon les aptitudes de chacun. Ceux en quiilremarquait plus de jugement et de maturité d’esprit, il les envoyait fonder de nouveaux monastères sur la requête des évêques ; ceux qui avaient reçu d'en haut le don de la parole, il les consacrait au ministère de la prédication; il laissait les autres s’adonner à la vie contemplative, ou bien au soin des malades. Pour lui, il

1. TH. DE CELANO, Vita secunda, p. Il, passim; et BoNAV., C. XI.

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