‹ Saint François d'Assise. Huitième éditionChapitre 99 sur 260 · I. Acta S. S., Vie anonyme de sainte Claire, c · texte numérisé non relu

I. Acta S. S., Vie anonyme de sainte Claire, c

Au xv° siècle, l'institut des Clarisses fut réformé, ou plutôt ramené à sa ferveur primitive, par une Française, sainte Colette de Corbie.

Aujourd'hui ses monastères s'élèvent dans toutes les contrées soumises à l'Évangile, et partout ils offrent un asile aux âmes avides de sacrifices et d’immolation, en même temps qu'un grand exemple de foi que notre génération matérialiste ne comprend plus. La librepensée, cette peste des temps modernes, envahit tout,et elle nous demande avec arrogance « quelle est l'utilité de cette fondation mystique, ce que font ces religieuses derrière leurs grilles, et pourquoi elles s'ensevelissent ainsi

toutes vivantes entre quatre murailles, comme

dans un tombeau ». |

Que font ces religieuses derrière leurs grilles ? La réponse est facile. Elles y font l'office de Marie-Madeleine aux pieds de Jésus. L'Évangile ne dit-il pas qu’elles ont choisi la meilleure part, et que le rôle de Marie l'emporte sur celui de Marthe? Tout chrétien, s’il voulait se donner la peine de réfléchir, découvrirait sans peine en Dieu même la raison des Ordres contemplatifs. Le Créateur n'a-t-il pas, en effet, le droit de se réserver, à la manière des riches de la terre, un jardin dont il soit le seul maître, et d’y poser des êtres d'élite qui le dédommagent des oublis, des outrages de la foule? Si vous l’interrogez sur ses œuvres, demandez-lui plutôt pourquoi il a caché dans les invisibles profondeurs du firmament des étoiles plus brillantes que le

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soleil; pourquoi il a placé les plus belles fleurs au désert, où elles versent leurs parfums et épanouissent leurs brillantes corolles loin des regards humains; pourquoi les séraphins restent immobiles auprès de son trône, pendant qu'il députe vers ses créatures les anges et les archanges, messagers d’une hiérarchie inférieure. Comme les étoiles, comme les fleurs, comme les séraphins, les vierges contempla tives louent Dieu et la nuit et le jour. N'est-ce point assez ? Et qui êtes-vous donc, enfants des hommes, chétive poussière, pour oser mettre vos intérêts et votre gloire en parallèle avec la gloire et les intérêts du Tout-Puissant ?

Mais gardons-nous de croire que ces religieuses soient inutiles à la société. Par leur vie pénitente et plus angélique qu'humaine, elles lui rendent un service dont le flot montant de nos crimes fait sentir chaque jour davantage le prix et la nécessité : le service de la prière et de l’expiation. Elles rachètent les prévarications des peuples, arrêtent les nations modernes sur la route de l’apostasie, apaisent la colère de Dieu et arrachent à sa miséricorde de nouveaux bienfaits. Ce n'est point là une assertion hasardée, et les annales hagiographiques nous en fournissent à chaque page une éclatante démonstration. Ouvrons seulement l’histoire de sainte Claire, et citons en deux traits qui nous tiendront lieu du reste.

Le premier nous reporte aux environs de l’année 1230. Frédéric IF, Fingrat pupille d’Inno-

cent III, violant ses serments les plus sacrés et ne prenant conseil que de son ambition, venait de lever l’étendard de la révolte contre le Saint- Siège. Pour grossir l’armée de ses archers allemands, il avait fait venir de Sicile une bande de Sarrasins, une vingtaine de mille, auxquels il avait abandonné la forteresse de Nocéra, d’où, commed'uneaire inaccessible, ces bandits s’élançaient sur les campagnes environnantes pour les dévaster. Il désigna l’'Ombrie à leur fureur, et aussitôt ils se ruèrent sur la vallée de Spolète, pillant tout sur leur passage, incendiant les vignobles, massacrant les habitants, commettant en un mot toutes les atrocités qu’on peut attendre de barbares fanatisés par la haine du nom chrétien.

C'est en fourrageant de la sorte qu’une bande d'entre eux arrivèrent sous les murs de Saint- Damien. La vue du monastère excita leurs convoitises. Au milieu de la nuit, ils escaladèrent les murailles, en poussant d’affreux hurlements. Aux cris des envahisseurs, les Pauvres Dames se réfugièrent, épouvantées, tout en pleurs, auprès du lit de leur Mère, alors malade. Claire ne se troubla pas. En face du péril, elle recourt à Celuiquiest saforce,comme ses ancêtres allaient à leur épée; et sa force, c'est le Dieu des armées. Elle se fait apporter le ciboire qui renfermait la sainte Hostie, et, la face prosternée contre terre, adresse au Dieu de l’Eucharistie cette touchante supplication : « Quoi donc, Selgneur Jésus! Livrerez-vous aux outrages de

ces païens vos fidèles servantes que j'ai nourries du lait de votreamour? Oh! je vous en conjure, gardez-les Vous-mêmes; car, pour moi, faible et infirme comme je le suis, que puis-je pour leur défense? Étendez donc votre bras sur nous, et qu'il soit manifeste que vous vous montrez propice aux vœux de tous ceux qui vous invoquent avec confiance. » Elle priait encore, lorsqu'elle entendit comme la voix argentine d'un enfant qui lui disait : «Je vous garderai toujours. — Seigneur, continua Claire, gardez aussi la généreuse cité qui nous nourrit par amour pour vous, » Et la voix céleste répondit : « La ville souffrira; mais je la protégerai, et elle sera épargnée. » Rassurée par cette promesse, Claire se soulève à demi, tourne vers ses compagnes son visage baigné de larmes et teur dit : « Ne craignez rien, mes filles ; il ne vous arrivera aucun mal, et rien ne viendra troubler votre paix. Je vous le promets au nom du Christ très clément. Ayez seulement confiance. » Au même moment, une panique dont on ignore la cause se répand parmi les assaillants, qui entraînent dans leur fuite le gros de l'armée. Assise venait d'échapper au pillage (1).

Quatre ans après, Vital d'A versa, un des lieutenants du même Frédéric IT, venait à son tour mettre le siège devant Assise, menaçant les habitants de les passer au fil de l'épée, s'ils ne se rendaient à discrétion. Dans cette extrémité,

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