‹ Saint François d'Assise. Huitième éditionChapitre 100 sur 260 · Acta S. S., Vie anonyme, c · texte numérisé non relu

Acta S. S., Vie anonyme, c

Claire et ses compagnes se prosternèrent devant le tabernacle, la tête couverte de cendres, et sollicitèrent la délivrance de leur patrie. La prière de ces vierges fut exaucée : le lendemain matin (22 juin 1234), les assiégeants, surpris par une sortie des habitants, furent saisis d'une terreur subite et s'enfuirent en désordre, et Vital d'A versa lui-même périt misérablement, peu de temps après. Pour la seconde fois, la cité séraphique était sauvée. Ajoutons, à sa louange, qu'elle ne se méprit point sur la cause d’une délivrance si inespérée ; elle ne l’attribua point à la sagesse de ses chefs ni à la vaillance de ses soldats, mais aux mérites et à l’intercession de la fille de Favorino (1).

C'est en mémoire du premier prodige que les artistes chrétiens représentent sainte Claire portant le Saint Sacrement. Le prodige du 22 juin a donné lieu à une fête annuelle, analogue à celle de Jeanne d'Arc à Orléans.

Sans doute cette efficacité de la prière et cette vertu rédemptrice de la mortification volontaire ne sont point exclusivement le partage des contemplatifs. Elles découlent de deux principes universels : la réversibilité des mérites de l'innocent en faveur du coupable, et le grand sacrifice du Calvaire, dont elles sont la continuation et le complément. Elles découlent aussi des promesses divines qui s'appliquent à tous les genres de vie. Mais il n’en est pas moins vrai qu'elles

1. Acta S.S., loc. cit. — V. Loccatelli, Vie de sainte Claire.

demeurent le privilège des âmes pures, selon cette parole de l’apôtre saint Jâcques : « La prière persévérante du juste est très puissante sur le cœur de Dieu. » Lors donc que, pour mieux s'acquitter de cet office de médiatrices, les filles de sainte Claire s’enferment dans une retraite plus profonde, ne faut-il pas les en bénir? N’y aurait-il pas à craindre qu'au contact d'un monde corrompu et corrupteur, quelque souillure n’effleurât leurs ailes et ne rendit inutile le prix de leurs jeûnes et de leurs veilles? Et qui ne sent que la solitude de leurs cloîtres les aide à se maintenir dans une virginité sans tache, où la société trouve son profit ? Le peuple, souvent plus éclairé que les prétendus sages du siècle, le peuple a saisi d’instinct ce côté pratique de la question. Quand viennent les fléaux et les calamités publiques, il sait à qui s’adresser : il frappe à la porte des épouses du Christ; il les conjure d'élever leurs mains pures vers le ciel et de désarmer la colère divine par leurs supplications, et il espère! De cette confiance populaire et des faits sur lesquels elle repose, ressortent manifestement l'utilité des Ordres contemplatifs et l'injustice de leurs agresseurs. Une étude plus approfondie de l’histoire des nations chrétiennes nous amènerait de même à conclure que la vie religieuse sous toutes ses formes n'est qu’un moyen de mieux servir le prochain en aimant Dieu davantage. Aussi voudrions-nous pouvoir écrire en lettres d'or Sur la porte des monastères ce mot de saint Jé-

rôme : « Ce sont les saintes qui portent le monde », et au-dessous : « Ce sont les cloîtres qui enfantent le plus de saints. »

Après ce rapide coup d'œil sur les origines, les progrès et l'utilité du second Ordre de la Pénitence, revenons à sainte Claire, et ne la quittons pas sans dire un mot de ses mérites et de ses vertus, qui sont après tout, ainsi qu'elle le proclame elle-même, l’œuvre du saint Patriarche.

Elle hérita de la tendre dévotion de saint François pour le Dieu de l'Eucharistie, et de sa pieuse coutume de passer de longues heures au pied des tabernacles. Etait-elle malade (ce qui lui arrivait fréquemment)? Assise sur son lit de douleur, elle filait du lin d'une très grande finesse et faisait des corporaux pour les églises pauvres, témoignant ainsi sa profonde vénération pour l’auguste sacrement de nos autels.

D'un autre côté, elle était si humble, qu'elle ne consentit qu'au bout de trois ans à prendre le titre d’abbesse ; — si charitable, qu’elle se faisait la servante des servantes de Dieu; — si modeste, qu’on ne la vit qu’une seule fois dans sa vie lever les paupières (encore était-ce pour demander au Pape sa bénédiction), et qu’alors seulement on put connaître la couleur de ses yeux, bleus comme le ciel; — si mortifiée que ses jeûnes étaient presque continuels et d’une extrême rigueur. On sent qu'elle s'appliquait à suivre d'aussi près que possible les traces du vénéré fondateur et qu'il était pour elle ce

qu'elle était elle-même pour ses filles, un modèle de perfection religieuse.Chezl’unetchez l’autre, même règle, même passion pour la vertu de pauvreté, mêmes élans vers Dieu.

De son côté, François contemplait avec admiration le courage de la fille des Scefi et de ses compagnes, et il cultivait leurs âmes avec la vigilance du jardinier à qui l’on a confié des plantes délicates. Il leur accorda volontiers le secours de ses lumières et leur assura les bons offiies de ses disciples. Cependant, par motif de prudence et pour mettre sa conduite et celle de ses frères à l'abri de tout soupçon, « ses visites à Saint-Damien, dit Thomas de Célano, étaient rares, toujours utiles, toujours fondées sur la nécessité (1) »; et nous pourrions ajouter ce mot explicatif : « Et surtout sur des motifs de charité, tels que rédaction de la Règle, principes de direction spirituelle et prédication. » Attitude réservée, mais qui n’excluait ni la tendresse du père ni l'attachement sincère de l’ami (2).

La vierge Claire et une pieuse veuve avec laquelle nous lierons bientôt connaissance, Giacoma de Settésoli, sont les deux seules femmes avec lesquelles il ait eu des relations suivies, «les deux seulesqu'il ait connues de visage (3) ».

1. Visitatio illarum perutilis, coacta tamen et rara. - (Vita secunda, p. III, c. cxxx1v.)

2. « Non credatis, charissimi, quod eas perfècte non diligam. » (TH. DE CELANO, Vita secunda, p. III, c. Cxxx11.)

Page 1