PROLOGUE
NOTRE PÈRE QUI ÊTES AUX CIEUX
U N matin d'avril 1207, le seize, nous dit un
vieil historien, une assistance déjà nombreuse attendait, dans une salle de la demeure épiscopale, l'heure où le Seigneur Évêque d'Assise tiendrait son audience. Cette salle, grande, voûtée, pauvrement éclairée, servait au prélat de chapelle pour les fonctions peu solennelles et de prétoire pour les causes relevant de sa juridiction. Un autel adossé au chevet, le trône de l'évêque, une rangée de stalles courant le long des murs, quelques bancs alignés dans le fond, lui formaient un ameublement conforme à son aspect et à sa destination.
2 VIE DE SAINT FRANÇOIS Re
Bien que l'audience ne dût s’ouvrir qu'à neuf heures, dès la demie de huit heures tous les sièges étaient occupés ; de temps à autre la porte donnant sur le dehors s’ouvrait discrètement, et quelque nouveau venu, après un rapide regard circulaire allait grossir au fond de la salle un groupe de connaissances.
On causait, on discutait à demi-voix, mais avec une ‘animation qui trahissait l'intérêt porté par tous à l’objet en litige. Parfois les yeux se tournaient vers trois hommes assis en face du trône épiscopal, et les observaient à la dérobée, L'un d’eux surtout, son attitude, les réponses rares et brèves qu’il accordait aux discours de ses Compagnons semblaient l'objectif de toutes les attentions.
C'était un homme de belle prestance, et de riche condition. Son visage autoritaire se durcissait sous l'intérieure poussée d’une colère profonde et contenue. Ses yeux chargés d’éclairs se fixaient obstinément sur la muraille au delà de laquelle ils prolongeaient leur vision. Ses mâchoires serrées s’ouvraient à peine pour laisser Passer de sèches paroles ;
NOTRE PÈRE QUI ÊTES AUX CIEUX