I. Sainte Chantai, Déposition^ art. xxxix
, donne une impulsion si continue vers le plus parfait, où il inspire un si filial abandon à la volonté de Dieu, est une âme où règne la paix, la paix par l'harmonie, la paix par le détachement et la confiance. Il y a, dit Y Imitation, des hommes qui ne sont en paix ni avec eux-mêmes, ni avec le prochain; il y en a qui sont en paix avec eux-mêmes et avec autrui ; et il y en a qui, établis dans cette paix, travaillent de plus à la rétablir entre leurs frères. L'homme qui appartient à cette troisième et bienfaisante catégorie, Y Imitation l'appelle « le bon homme pacifique », bonus homo paci ficus. Notre saint a été par excellence le bon homme pacifique de son temps. Parmi les travaux sans nombre de sa vie, à côté des fonctions de prédicateur, de confesseur, de directeur, d'évêque, de fondateur d'ordre, je m'aperçois que je n'ai pas mentionné celle de juge de paix. Il siégeait en permanence, et comme s'il n'eût eu nulle autre chose à faire, sur ce tribunal où l'avait installé la confiance universelle, et où des hérétiques même venaient le prendre pour arbitre. Ecoutons encore sainte Chantai. « On disait communément qu'il avait reçu le don de donner la paix aux âmes qui conféraient avec lui. Je me souviens de deux hommes qui se disputaient une fois avec violence dans le parloir de la Visitation d'Annecy. Ce saint Prélat les regardait avec une douceur très grande, tantôt l'un, tantôt l'autre, leur disant des paroles si admirables qu'enfin sa débonnaireté les toucha si fort qu'ils s'accoisèrent, et les renvoya en paix. Il conseillait celte sainte paix à toutes les âmes qu'il gouvernait, et sans cesse il a travaillé pour la donner à tous ceux qu'il a pu. Quasi or-
dinaîrement il était occupé à faire des appointements entre ceux qui voulaient plaider, quoiqu'il ne s'y plût pas; car il haïssait à mort les procès et toute sorte de conteste. Il a eu du travail et sans fin en cet exercice qui lui occupait une grande partie de son temps; car toujours on le prenait pour surarbitre soit en appointement de querelles entre gens de qualité, soit pour d'autres différends entre toute sorte de personnes. Les procès qu'il a assoupis et les différends qu'il a accordés sont en nombre presque infini, vu que c'était une occupation presque ordinaire 1 . »
La, dans cette paix intérieure et contagieuse, est le principe de la sérénité charmante qui marque de son empreinte toutes ses actions et tous ses livres, le principe même de cette gaieté douce, franche et grave, et de cette joie intime qui, parmi les accablements et les tribulations, semble n'avoir jamais interrompu son cantique, semblable, — la comparaison est de lui, — à un rossignol chantant au milieu d'un buisson d'épines.
Voilà ce que j'ai appelé le dedans. Le dehors a été l'objet principal du précédent chapitre. Il ne reste plus qu'à montrer dans le premier le principe du second et à faire ainsi ressortir l'unité de cette vie.
Il y a là un enseignement très nécessaire à beaucoup d'hommes de ce temps-ci, qui croient agrandir la part des vertus sociales en les isolant de la vertu religieuse