‹ Saint François de SalesChapitre 22 sur 49 · I. Traité de V amour de Dieu, 1. V, chap. i, ni · texte numérisé non relu

I. Traité de V amour de Dieu, 1. V, chap. i, ni

en luy-mesme, nous desirons de l'aggrandir en nous, c'est-à-dire d'aggrandir de plus en plus la complaisance que nous prenons en la bonté divine. Et pour faire cet aggrandissement l'âme se prive soigneusement de tout autre playsir pour s'exercer plus fort à se playre en Dieu. Et si, estant dans cette sainte affection, elle rencontre les créatures, pour excellentes qu'elles soient elle ne s'arreste point avec icelles sinon autant qu'il faut pour estre aydée et secourue en son désir 1 . »

De là encore le besoin de rendre honneur à Dieu par une louange qui voudrait être, comme il l'est lui-même, infinie et éternelle, le désir qu'il soit universellement a béni, exalté, loué, honnoré et adoré de plus en plus » par nous-mêmes d'abord, puis par tout ce qui a une voix et un cœur pour s'unir aux nôtres et suppléer à leur insuffisance.

Ici, dans les cinq derniers chapitres de ce livre, le saint auteur, vraiment soulevé au-dessus de lui-même, repasse l'une après l'autre les strophes de l'hymne sublime que toute la création chante à son auteur. Commençant par les choses visibles, qui toutes, à leur façon, enarrant gloriam Dci, il monte à l'homme, interprète et pontife de la nature, puis de l'homme sur la terre aux anges et aux saints dans le ciel, puis des concerts de la cour céleste à cette voix « de la tressainte Vierge qui, relevée au dessus de tout, rend plus de louange à Dieu que le reste des créatures. » Puis il passe plus avant et « invite le Sauveur lui-même de louer et glorifier son Père éternel de toutes les bene-

x. Traité de l'amour de Dieu, 1. V, chap. ri, tu.

dictions que son amour filial peut lui fournir; et lhors F esprit arrive en un lieu de silence, car nous ne sçavons plus faire autre chose qu'admirer *. » Et en effet, proportion gardée du divin à l'humain, nous ne savons plus faire autre chose en lisant ces pages enflammées et splendides.

L'effet de l'amour sur la volonté de l'homme est de la rendre de plus en plus conforme à la volonté de de Dieu.

Conformité absolue à sa volonté manifestée par la loi divine, soit naturelle, soit révélée. Cela est élémentaire et va bien sans dire. Mais ce qui est bon à dire, c'est que, dans l'âme qui aime, cette obéissance est un acte d'amour. A la peine qu'elle se donne pour obéir elle en ajoute une autre, la peine qu'il faut se donner pour aimer le commandement par amour de Celui qui l'impose. Et ce qui est remarquable, c'est que cette seconde peine, loin d'appesantir le fardeau de la première, le rend plus léger. « Plusieurs observent les commandemens comme on avale les médecines, plus crainte de mourir damnés que pour le playsir de vivre au gré du Sauveur. Ains, comme il y a des personnes qui, pour aggréable que soit un médicament, ont du contrecœur à le prendre, seulement parce qu'il porte le nom de médicament, aussi y a-t-il des âmes qui ont en horreur les actions commandées seulemenVparce qu'elles sont commandées. Au contraire le cœur amoureux ayme les commandemens, et plus ilz sont de chose difficile, plus il les trouve doux et aggréables,

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