‹ Saint François de SalesChapitre 5 sur 49 · I. Hamon, 1. I, chap. v · texte numérisé non relu

I. Hamon, 1. I, chap. v

derait : Que faites-vous à l'instant présent? « Je me prépare à célébrer la messe. » Là est tout le secret de sa vie intime, de sa sérénité recueillie parmi la variété et l'accablement des affaires, de sa perfection harmonieuse, de son progrès continu jusqu'à la dernière heure.

Quant aux œuvres sacerdotales, il les embrassa toutes avec une passion et une persévérance incroyables, se dépensant sans compter à la visite des pauvres, au soulagement des malades, surtout aux confessions, soit qu'il s'agît des mendiants les plus déguenillés et les plus répugnants ou des scrupuleux les plus interminables. Les prédications seules auraient suffi à l'absorber sans une sorte de miracle de la multiplication du temps. Partout on le demandait, nulle part il refusait, aussi peu soucieux de ménager ses forces que de conserver à sa parole, en la faisant plus rare, quelque attrait de curiosité. Il contait lui-même à ce sujet une charmante anecdote qui sert aussi à montrer quelles obligations lui eut alors l'éloquence religieuse et comment il contribua à ses progrès en la rendant plus simple et plus évangélique : a J'avais le meilleur père du monde, mais qui avait passé une grande partie de sa vie à la cour et à la guerre dont il savait mieux les maximes que celles de la théologie. Pendant que j'étais prévôt, je prêchais en toute occasion tant à la cathédrale que dans les paroisses et jusque dans les moindres confréries. Je ne savais ce que c'était que de refuser, tant m'était chère la parole de Notre Seigneur : Donnez à tous ceux qui vous demandent. Mon bon père, entendant sonner le sermon, demandait qui prêchait. On lui disait : Qui serait-ce, sinon votre fils? Un jour il me prit à part, et

me dit : Prévôt, tu prêches trop souvent; j'entends, même en des jours ouvriers, sonner le sermon, et toujours on me dit : c'est le prévôt, le prévôt. De mon temps, il n'en était pas ainsi ; les prédications étaient bien plus rares, mais aussi quelles prédications! Dieu le sait, elles étaient bien étudiées ; on disait des merveilles; on alléguait plus de grec et de latin en un sermon que tu ne fais en dix; tout le monde en était ravi et édifié ; on y courait à grosses troupes ; vous eussiez dit qu'on allait recueillir la manne. Maintenant tu rends cet exercice si commun qu'on n'en fait plus de cas, et on n'a plus autant d'estime de toi 1 . » Mais le jeune prêtre ne tenait nullement à ce qu'on fît grande estime de lui; et, bien qu'excellent humaniste, il ne jugeait pas nécessaire au salut des âmes d'alléguer tant de grec à ses sermons. Il continua donc à se prodiguer, se préparant ainsi, à son insu, au milieu d'une population simple dans sa foi et dans ses mœurs, à exercer bientôt le ministère de la parole devant des auditoires fort différents et dans des conditions véritablement héroïques. Les prédications d'Annecy allaient être le noviciat de la mission du Chablais.

Le Chablais, province de Savoie, est ce massif montagneux qui s'élève sur la rive méridionale, aujourd'hui française, du lac de Genève depuis Hermance à l'ouest jusqu'à Saint-Gingolf à l'est. L'hérésie n'avait

I. Esprit de saint François de Sales, par Camus, évêque de Belley, III* partie, § ix.

point encore pénétré dans cette contrée paisible lorsque, en 1 535, les protestants de Berne l'envahirent et s'emparèrent de sa partie occidentale en même temps que des pays de Vaud et de Gex, également soumis à la domination du duc de Savoie. Le prétexte était de défendre Genève contre les attaques de ce prince. L'occasion fut l'impuissance où le réduisait l'invasion de ses états de Piémont par François I er . Les vrais motifs furent l'ambition politique et le fanatisme sectaire des Bernois, qui voulaient à la fois agrandir leur territoire et propager le protestantisme par la force des armes. Ils interdirent en conséquence l'exercice du culte catholique dans toute leur conquête, expulsèrent les prêtres qui ne voulurent point apostasier, supprimèrent les communautés religieuses, confisquèrent les propriétés ecclésiastiques, démolirent les églises ou les affectèrent à leurs prêches, et mirent partout des ministres à la place des curés.

Cette situation ne fut pas changée lorsque, vingtneuf ans plus tard (i564), Emmanuel-Philibert obtint des Bernois, moyennant l'abandon de ses droits sur le pays de Vaud, la restitution de Gex et du Chablais ; car ce retour ne fut consenti que sous cette dure clause que le culte catholique continuerait d'être interdit dans ces deux provinces.

En 1589, les Bernois, profitant d'une brouille survenue entre Henri III et le nouveau duc Charles-Emmanuel, envahirent une seconde fois le Chablais et y causèrent tous les maux imaginables. L'attaque fut victorieusement repoussée, et les Bernois durent signer à Nyon un nouveau traité qui rétablissait partout la

liberté des catholiques et bornait à trois villes le libre exercice du culte protestant. Mais, bientôt après, les Bernois, soutenus par ceux de Genève, recommencèrent leurs attaques, dirigées cette fois contre le pays de Gex; ils dégageaient ainsi le duc des conditions d'un traité qu'ils déchiraient les premiers.

Les hostilités durèrent jusqu'en i5o,3. La conversion de Henri IV ayant alors retiré aux agresseurs leur meilleur point d'appui, ils demandèrent et obtinrent une trêve qui, réservant la question de Gex, laissait le duc de Savoie en paisible et pleine possession du Chablais.

Dès le lendemain de cette transaction, le duc comprit que son premier devoir de prince chrétien, comme aussi L'évident intérêt de sa sécurité politique, était de favoriser le retour des habitants de ce pays à cette foi catholique que la plus injustifiable violence avait éteinte chez leurs pères un demi-siècle auparavant. Il demanda donc sur-le-champ des missionnaires à l'évêque, qui s'empressa d'envoyer à Thonon, capitale du Chablais, un pieux prêtre revêtu du titre et des pouvoirs de curé. Cette première mission aboutit à un échec complet; les bourgeois hérétiques, entendant à leur façon la liberté promise aux catholiques par le traité de Nyon, s'insurgèrent, appelèrent des soldats de Berne et de Genève, détruisirent le château fort qui dominait la ville, et finalement forcèrent leur nouveau curé à se retirer sans avoir rien fait.

L'évêque, qui était un saint, ne songea pas un instant à abandonner la partie et à désespérer de ces chères brebis rebelles. Il réfléchit beaucoup, pria encore plus, et se décida à convoquer un conseil de

guerre, je veux dire une assemblée de ses chanoines et de ses principaux prêtres. Il leur exposa la situation dans toute sa gravité et tout son péril, et termina son discours par ces nobles paroles qui tout à la fois animaient les courages et demandaient un conseil : a II est vrai qu'il faut se dévouer à de grands travaux, affronter des périls faits pour effrayer les courages les plus intrépides. Mais si, tous les jours, l'appât d'un gain temporel fait braver aux marchands les tempêtes et les écueils de l'Océan, si ni la vue des dangers ni la crainte des travaux ne les arrête, les ministres de Jésus-Christ, qu'animent des vues bien plus hautes, je veux dire les grands intérêts de la gloire de Dieu et du salut des âmes, pourraient-ils, par une insigne lâcheté, reculer devant les risques et les obstacles? Non; j'estime trop mon clergé pour douter un seul instant que je n'y trouve des hommes courageux, prêts à se dévouer pour la conversion des hérétiques. Le courage, je le sais, ne suffit pas; il faut un ensemble de qualités rares pour réussir dans une œuvre si importante et si difficile ; et c'est cette considération qui m'a porté à vous rassembler ici pour m'éclairer par vos conseils et vous demander quels sont ceux en qui vous pensez que je pourrai trouver la volonté et les moyens de s'acquitter dignement de cette mission. » L'ordre des préséances appelait le jeune prévôt à parler le premier. Il se leva donc et dit ces simples paroles : « Monseigneur, si vous me jugez capable de cette mission et que vous m'ordonniez de l'entreprendre, je suis prêt à obéir, et je serai heureux de votre choix; in verbo tuo laxabo rete.» Le pieux vieil-

lard attendait cette réponse, et sur-le-champ il accepta François non seulement comme membre, mais comme chef de la mission : a A votre défaut », ajouta-t-il, «je me serais cru obligé, malgré mon peu de force et de santé, de prendre moi-même ce fardeau; je vous remercie de m'en décharger 1 . »

Quel que fût son respect filial, François n'avait plus ici, comme pour son entrée dans le sacerdoce, à demander l'agrément de son père, pas plus qu'un officier pour accepter une mission de son général. Mais le bon M. de Boisy, qui n'eût pas hésité à marcher au canon et à y faire marcher tous les siens pour le service du prince et au nom de l'honneur militaire, comprenait moins vivement l'honneur et l'héroïsme de l'apostolat. Dès que la nouvelle des résolutions prises chez l'évêque lui parvint à son château de Sales, il courut à Annecy de toute la vitesse de son cheval, résolu à tout faire pour empêcher cette folie. Il se rendit d'abord chez son fils, espérant emporter la chose de haute lutte. Il n'eut aucune peine à toucher et à déchirer ce cœur tendre et filial, mais ne put ébranler cette volonté résolue à se dévouer tout entière. Alors il l'entraîna chez l'évêque, et, se jetant aux pieds du saint vieillard dont il se savait aimé, il lui représenta qu'en renonçant à garder auprès de lui son cher aîné pour soutenir sa vieillesse et perpétuer les traditions de sa race, il n'avait pas dû croire qu'en reconnaissance de ce sacrifice, on le conduirait si vite au martyre. « Je ne puis consentir, » ajouta-t-il, « que

, i. Fit de saint François de Sales , par Ch.-Aug. de Sale*.

vous Tenvoyiez à la boucherie comme une victime, pour être déchiré par les loups. » L'évêque, fort ému, garda le silence, tandis que François lui rappelait, avec une fermeté respectueuse, le caractère sacré de rengagement qui l'avait donné sans réserve à l'Église. M. de Boisy insistant avec une nouvelle force, l'évêque parut sur le point de fléchir. « Tenez ferme, monseigneur, » s'écria alors le jeune apôtre, a Quoi! vous voulez donc me rendre indigne du royaume de Dieu ! J'ai mis la main à la charrue, voulez-vous que je regarde en arrière par des considérations humaines ? » Rappelé à son austère devoir, l'évêque prit alors la parole et combattit l'obstination paternelle par toutes les raisons qui pouvaient toucher un cœur chrétien, lui rappelant, pour finir, que Dieu, après avoir agréé la soumission d'Abraham, lui avait épargné le sacrifice de son cher Isaac. « Je ne prétends pas, » répondit M. de Boisy, « résister à la volonté, de Dieu; mais aussi ne veux-jepas être homicide de mon (ils, et je ne suis pas digne qu'un ange vienne arrêter le coup qui pourra sacrifier cet Isaac ; voilà pourquoi je refuse de consentir à l'immolation et m'y oppose en ce qui jne regarde. Que Dieu, du reste, fasse selon son bon plaisir. »

François crut sein père à demi vaincu ; et, prosterné à ses pieds, il le supplia de ne pas lui refuser sa bénédiction. « Mon fils, » lui répondit le vieillard, «j'ai souvent reçu votre bénédiction à la sainte messe, au confessionnal et à.vos sermons ; Dieu me préserve de vous donner jamais de malédiction ni corporelle, ni spirituelle I mais soyez certain que vous n'aurez jamais de moi ni bénédiction, ni consentement pour votre entre-

prise. » Il tint parole malgré les représentations d'un de ses meilleurs amis qui, député par lui pour tenter une nouvelle charge contre les résolutions de son fils, revint gagné à la cause qu'il était allé combattre. Et François eut pour coupe de départ cette coupe d'amertume de se mettre en route sans être béni par son père.

Avant de raccompagner dans ce voyage si généreusement entrepris, si douloureusement commencé, je voudrais ajouter quelque chose sur M. de Boisy pour ne pas le quitter sur des paroles où la faiblesse humaine, l'obstination, peut-être aussi la mauvaise humeur, nous gâtent un peu sa tendresse paternelle. Franchissons donc un intervalle de sept années, et voyons comment il sut mourir.

Il avait soixante-dix-neuf ans ; et François, devenu coadjuteurde Genève, prêchait le carême dans la ville d'Annecy. Une maladie dangereuse s'étant déclarée, François accourut, reçut la confession générale de son père et lui donna plusieurs fois la sainte communion. Bien revenu alors du gros chagrin qu'il avait éprouvé à voir son aîné prendre le chemin du sanctuaire, le vieillard remerciait Dieu de toute son âme de lui avoir donné un tel appui et un tel consolateur pour le dernier passage. Cependant le devoir rappelait à son poste le soldat de la parole ; les médecins assuraient que la maladie durerait jusqu'à Pâques ; le père et le fils eurent le courage de se séparer. Mais le mal alla plus vite qu'on ne l'avait prévu, trop vite pour qu'on pût rappeler le coadjuteur. M. de Boisy reçut les derniers sacrements avec beaucoup de piété. Puis ce vieux chevalier, qui avait laissé une partie de son cœur dans les camps,

tressaillit soudain comme au bruit de la bataille, et voyant les personnes de sa famille en pleurs autour de son lit, il appela l'un de ses fils, Gallois de Sales, et lui dit : « O toi, l'héritier de mon courage, fais retirer toutes ces femmes; lève-moi, et donne-moi mes armes; il n'est pas digne d'un soldat qui a bravé la mort sur le champ de bataille de mourir dans un lit au milieu de femmes éplorées. » Ce fut un dernier éclair de fierté humaine. Un moment après, l'orgueil militaire s'effaçait devant l'humilité chrétienne. Ses dernières heures se passèrent à s'unir à Dieu en présence du crucifix qu'il baisait avec amour. Sentant sa fin approcher, il fit appeler ses enfants pour les exhorter et les bénir; ses suprêmes paroles furent pour léguer à leur vénération et à leur amour la noble et sainte compagne qui allait lui survivre, puis pour leur commander d'honorer comme un père et de suivre comme un guide sacré le cher fils absent qu'il avait jadis un peu trop disputé à Dieu. Il réparait de la sorte son refus de le bénir sept ans auparavant au moment du départ. Et c'est ainsi que, pour les âmes droites et chrétiennes, tout finit par bien finir.

Le i4 septembre 1594, fête de l'Exaltation de la Sainte Croix, François partit avec son cousin le chanoine Louis de Sales, à pied, sans serviteurs, presque sans argent. Ils s'arrêtèrent le soir au château des Allinges que le baron d'Hermance occupait pour le duc avec une garnison de soldats catholiques. C'était là, pour ne

ptint chercher un danger inutile, qu'ils devaient avoir leur gîte pendant la durée de la mission. Le lendemain ils entrèrent dans la ville de Thonon, située une lieue et demie plus loin; et, étant descendus chez le procureur fiscal qui était un homme sûr, ils y passèrent en revue le troupeau catholique, en tout quinze personnes fort tremblantes qui, cependant, encouragées par leurs exhortations, promirent de former le premier noyau de leur auditoire.

Ils commencèrent immédiatement à prêcher à Thonon et dans les campagnes. Mais leur parole tombait dans le vide ; ils ne purent attirer aucun protestant à leurs instructions, tant les ministres faisaient bonne garde et si noires étaient les couleurs sous lesquelles ils eurent soin de peindre les deux missionnaires. En outre, les bruits les plus menaçants pour leur sécurité personnelle commencèrent bientôt à circuler avec une intensité croissante. Ils n'en continuèrent pas moins leur œuvre stérile que la course quotidienne des Alliages rendait plus laborieuse encore.

L'hiver vint, très dur. Les loups circulaient en troupes dans les campagnes couvertes de neige. Une nuit, François n'échappa à leurs dent? qu'en grimpant à un arbre. Le jour venu, il descendit à .*emi mort de froid; et c'eût été là le terme de son apostolat sans la charité de quelques paysans calvinistes qui l'emportèrent chez eux et le ranimèrent. Il les paya en jetant dans ces bonnes âmes les premières semences de leur conversion future.

Les loups et le froid n'étaient pas le plus grave péril. Le 8 janvier i5gS 7 un protestant, qui avait juré de

le tuer, se mit trois fois à l'affût pour le tirer au passage. Les trois fois, le fusil rata. Ilaposta ensuite d'autres assassins au travers desquels l'apôtre passa comme invisible. Cet homme se convertit plus tard et raconta lui-même son crime sous la foi du serment dans le procès de béatification de l'évêque de Genève.

Le temps marchait, et rien ne bougeait. Humainement, l'affaire était désespérée, et M. de Boisy avait raison dans la lettre suppliante et impérative que voici : « Je ne puis que louer votre zèle, monsieur mon fils, mais je ne vois pas qu'il puisse aboutir à quelque chose de bon. Vous en avez déjà fait plus qu'il n'était besoin. Les personnes les plus sensées et les plus sages disent hautement que votre persévérance se termine à une sotte obstination, que c'est tenter Dieu de faire une plus longue épreuve de vos forces, et qu'enfin il faut contraindre ces peuples à recevoir la foi par la seule bouche du canon. C'est pourquoi je vous conjure de faire cesser au plus tôt mes inquiétudes et mes alarmes, et de vous rendre à votre famille qui vous désire ardemment, mais surtout à votre mère qui meurt de douleur de ne point vous voir, et de crainte de vous perdre tout à fait. Mais si mes prières ne servaient de rien, en qualité de père je vous ordonne de revenir ici incessamment. » François, sans entrer en argumentations inutiles, se contenta de renvoyer respectueusement son père à l'évêque qui lui avait donné sa mission et pouvait seul la lui retirer. Et dans le même temps il disait à un ami avec qui il s'ouvrait davantage : a Mon cher frère, je ne suis encore qu ? au commencement de mon travail ; et je veux continuer et

espérer en Dieu contre toutes les espérances humaines f . » Comment s'y prendre cependant? Ne pouvant se faire écouter, il résolut de se faire lire. A la hâte, au jour le jour, dans les rares moments de liberté qu'un autre eût consacrés au repos, il composa de courts écrits sur les principaux points débattus entre protestants et catholiques. A mesure qu'il avait achevé une de ces feuilles qui, plus tard, réunies et revisées, devinrent le puissant et pressant livre des Controverses 1 ', il en faisait faire a la main de nombreuses copies et les faisait glisser sous les portes, distribuer dans les rues, afficher sur les murs. Et, en attendant l'effet de cette prédication muette, il convertissait non à la foi, mais à la vertu, la garnison catholique des Allinges. Ce fut son premier succès de transformer en vrais guerriers chrétiens ces hommes de mœurs dissolues et violentes. Sept mois se passèrent ainsi sans qu'il parvînt à se faire entendre de plus de trois ou quatre protestants, et encore à de longs intervalles. Visiblement on le tenait en quarantaine perpétuelle ; et, comme pour lui mieux montrer qu'il perdait son temps, les principaux bourgeois de Thonon se lièrent par l'engagement mutuel de ne jamais assister à ses prédications. Mais lui, tenant ferme, disait avec un mélange de belle humeur, d'humilité et de tranquille courage : « Les fruits un peu tardifs se conservent mieux que les printaniers. Bien serait-il dommage qu'un autre qui pourrait faire plus de fruit ailleurs employât ici sa peine pour néant.

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