‹ Saint François de SalesChapitre 7 sur 49 · I. Lettre à Mme de Chantai (du 10 mars · texte numérisé non relu

I. Lettre à Mme de Chantai (du 10 mars

saines ; il voulait que son frère, l'é vêque de Chalcédoine, depuis peu son coadjuteur, trouvât tout en ordre. Bien qu'il se sentît très profondément atteint, il n'hésita pas à se rendre à l'appel du duc de Savoie qui allait saluer à Avignon Louis XIII vainqueur des huguenots ; il espérait obtenir du jeune roi des mesures utiles au bien de la religion dans la partie française de son diocèse, Co voyage l'acheva ; il y fut ce qu'il avait coutu*uS d'être, l'homme de tous, et il sut s'y faire, au milieu des pompes de la cour, la vie la plus pauvre et la plus mortifiée. Il y avait un mois qu'il était à Lyon, d'où il comptait regagner la Savoie lorsque, le 27 décembre 1622, il fut pris d'une apoplexie soudaine. Il conserva toute sa présence d'esprit et l'usage de la parole, se prêtant sans ombre de murmure aux médications très douloureuses que les médecins essayaient pour retenir la vie. Ne parlant plus que la langue latine des saintes Écritures, il y trouvait des mots délicats et tendres pour tous ceux qui l'entouraient, et pour lui-même des paroles d'une humilité profonde unie à une inaltérable et sereine confiance en la bonté divine. Puis, comme la fin approchait, toute son âme se tint au repos dans le sentiment de cette attente d'amour que le Traité de l'amour de Dieu a si bien décrite. Il dit ces versets d'un psaume : Expectans expectavi Dominum, et intendit mihi. Et exaudivit preces meas, et eduxit me de lacu miseriœ et de luto fœcis; « J'ai attendu le Seigneur, et il a écouté ma prière, et il m'a tiré du lac de misère et de fange. » Quelques instants après, serrant la main d'un des assistants, il ajouta : Àdvesperascit et inclinata est jam dies; t le soir vient et le jour baisse

déjà ». Il prononça le nom de Jésus, puis il rentra dans le silence, et il expira doucement au moment où les personnes présentes invoquaient les saints Innocents. On le voit, il n'y a rien de plus simple que cette mort, rien qui ait moins l'aspect d'une crise. Et c'est ce qui en fait la beauté profonde. Quand la vie a été troublée et déviée, il faut bien que la mort prenne le caractère d'une réaction violente, tout au moins d'un effort douloureusement énergique pour rentrer dans la voie et faire à la onzième heure tout le travail jusquela négligé. Mais, quand la vie a été ce que nous venons d'exposer, la mort que cette vie préparait est d'autant plus belle qu'elle lui ressemble davantage ; elle la continue et l'achève ; et le dernier instant terrestre est dans un double et parfait accord avec la vertu du passé, avec la récompense de l'éternel avenir.

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