‹ Saint François de Sales et ses amitiésChapitre 1 sur 68 · Saint François de Sales et ses amitiés · texte numérisé non relu

Saint François de Sales et ses amitiés

ES êlres chez qui la douceur se marie à Vinquiétude, que le scrupule poursuit et que les passions négligent, sont facilement effrayés par ta vie; il semble que, tout occupés d'une tulle intérieure qu'ils mènent contre des fantômes détestés et qu'en eux-mêmes ils suscitent, ils n'aient d'autre désir que de se retirer d'elle et de se renoncer. Ils doutent, mais ce n'est point de leur idéal, c'est d'eux-mêmes; la crainte les saisit de manquer de forces pour te servir, et cependant rien ne leur paraît assez grand de ce qu'ils devront surmonter pour s'en rendre dignes. Cœurs tendres et féminins, que blessent les heures, ils fuient le monde et se réservent, jaloux, non pas de triompher de soi, mais seulement d'éviter ce qui de la perfection tes éloigne. Plus d'une fois, pour échapper à leur angoisse, il leur faudrait te secours d'une volonté étrangère qu'ils n' implorent point, et qu'ils refusent quand elle s'offre. Ils sont seuls, et ils sont malheureux; car la joie d'approcher le but qu'ils se proposèrent est gâtée par le sentiment qu'ils ont de la distance qui les en sépare, par la terreur que leur causent les obstacles qu'eux-mêmes ils se créent.

Je ne dis pas que Maurice Henry-Coiiannier fut exactement ainsi. Il n'était point de ceux qui se livrent ou se racontent, et je ne sais personne qui puisse se vanter d'avoir reçu son entière confidence. Mais c'est ainsi pourtant qu'il m'apparaît à travers mes souvenirs. Je revois son pâte et fin visage, éclairé par un regard lumineux et

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