‹ Saint François de Sales, humaniste et écrivain latinChapitre 113 sur 115 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

il a rédig'é, comme au moyen âg-e, en latin, la plus grande partie de ses sermons ou plans de sermons. L'étude de ces sermons latins nous a permis de refaire avec précision l'historique de sa prédication authentique, de disling"uer soigneusement sa prédication authentique de sa prédication recueillie. Elle nous a permis de juger, mieux et plus complètement qu'on n'avait pu faire jusqu'ici, de son art, un peu désordonné comme il convient au g'enre de l'homélie qu'il adopta, mais où la vie, le pittoresque, la poésie surabondent, et aussi hélas ! la subtilité et le raffinement, où le pédantisnie a moins de part que dans l'art des sermonnaires de l'époque, et où les souvenirs anciens et classiques sont employés avec une discrétion relative et beaucoup de sens littéraire. L'idée que l'on se faisait de saint François de Sales prédicateur n'est pas changée par l'étude do ces sermons latins ; elle est corrigée sur quelques points, mais surtout précisée et assurée. Saint François de Sales est bien à part, en dehors de la tradition créée, avant lui, par du Perron, et qui sera, après lui, la tradition classique. Mais, avec tous ses défauts, cet art a sa valeur propre, que celui de Bossuet et de Bourdaloue, plus correct et plus savant, laisse entière. Grâce à lui, nous comprenons mieux Féneion et La Bruyère, quand ils regrettent que le sermon se soit trop perfectionné au cours du XVll* siècle. Il nous donne l'idée d'un sermon qui est vraiment une causerie avec l'auditoire, à laquelle tous les tons sont permis, à laquelle aucun sujet n'est interdit.

Nous avons recherché enfin quelles traces cette habitude de la lang-ue latine et cet humanisme ont laissées dans les écrits français de saint François de Sales. Nous avons vu que celte part est très grande. Saint François de Sales est un écrivain aimable et original entre tous. L'huma-

CONCLDSION

nisme esl une

pari di

le son origii

alité, de son amabilité f il fait partie inlégrante de son érudition et de son art. Cela ne va pas sans quelques défauts que nous avons appréciés ; mais il en résulte aussi beaucoup d'intérêt et de cbarine. Sainte-Beuve l'appelle « le Montaigne », « l'Anayot » « de la spiritualité ' » ; nous savons mieux maintenant pourquoi ; et nous savons, pour des raisons bien précises, qu'il y a, dans ces titres, plus d'éloge que de blâme. Nous savons que toute celte culture classique, tout cet humanisme, cette habitude, cette longue pratique du latin, s'ils ont eu pour résultai quelques défauts littéraires, ont profilé en somme à l'écrivain français. Le souci de plaire, le souci de l'agrément littéraire, la connaissance exacte des ressources de la langue franf;aise, viennent en grande partie de là.

1, Port-lîoyal, t

Page 1