‹ Saint François de Sales, humaniste et écrivain latinChapitre 27 sur 115 · Id.. p. m · texte numérisé non relu

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32 JEUNESSE HUHA!4ISTe DE SAINT FRANÇOIS DE SALB8

El voilà certes une cilation faite à propos ; on chercberaifl peiit-ôlre en vain, dans toule la littéralure ancienne, un mol piusjusle et mieux en silualiun. Ou bien, c'est avec le secours d'Horace qu'il dit spiriluelleuienl qu'il s'est engagé dans celle affaire du Chablais un peu à la légère el sans en prévoir l'issue: « dulce » bellum « inexperlis '. » N'est-ce pas en effel une guerre où il s'est jeté avec la belle înexpé-J rience de la jeunesse "?

Virgile est cité plusieurs fois par François de Sales, et îH semble bien que ce soit son poète favori. D'un sonnet dêf Favre, très louchant à son avis, sur les larmes d'Alexaud le Grand, ïl dit avec rexagération familière a son amitié, mais avec à-propos et avec un sens délicat de la poésie antique : « pulchrius nusquam carmen canlalum Fuisse reor quam quo Alexandri Magni iachrimas lam belle luculentcr urges ut nullus

.... Talia fando Temperet a lachrimis ^ ? n

Durant une période difficile de la mission du Cliablaisjj triste, presque découragé, c'est avec un souvenir de Virgïlq qu'il se console :

....Dabit Deus his quoquu Boem.

et liaec olim memiaisse juvabit. ^

Il arrive un malin sous les murs de Genève et il apprend que son ami Favre vient d'en sortir « au petit jour ) redouble de vitesse pour l'atleindre, mais en vain : « Commd pour enflammer le désJr que j'avais de jouir de votre préjl sence, vous sembltez imiter celle qui fuyait « vers tes^ saules», mais qui avait auparavant la coquetterie de s fuira voir» (mihi ejus ingenium imitalus videbaris quaoî fugiebat « ad salices » sed se cupiebat a anle videri.* ») EIëM

!. Id.

voilà encore une manière charmante de se souvenir des Bucoliques de Virgile.

Toutes ces citations, de Virg-ile et des autres, sont courtes, rapides, d'autant plus saisissantes. Elles sont presque toujours faites à propos, sans pédantisme, parfois avec beaucoup de délicatesse et de finesse d'esprit. Ici vraiment, il n'y a qu'à louer. Les réminiscences classiques, relèvent l'agrément de ces lettres ; elles sont un charme.

Tel fut le commerce épislolaire de François de Sales avec Antoine Favre, après ses études, avant sa prêtrise et durant les quatre premières années de son ministère sacerdotal. L'idée que nous avaient suggérée ses premières lettres, de Paris, de Padoue, d'Annecy, s'est confirmée et complétée. Ce gentilhomme qui avait étudié à fond la théologie el le droit à Paris et à Padoue, ce jeune saint qui tremblait, se croyant indigne, au moment de recevoir la prêtrise, cet apôtre du Ghablais, aussi brave que doux, d'un zèle auquel on ne peut faire qu'un seul reproche, qui s'adresse bien plus à son temps qu'à sa personne, celui d'avoir eu trop de confiance dans le bras séculier, même lourd et rude pour ceux que la parole ne convertissait pas, était aussi uo leLtré nourri de l'anliquilé, épris de l'antiquité, comme « la plupart des jeunes gens des dernières générations du XVI° siècle qui recueillaient les fruîls de la Renaissance ' », curieux des souvenirs antiques, de ta forme antique, aimant la langue latine, païenne et classique, pour elle-même, les belles phrases latines pour elles-mêmes, tâchant de rivaliser avec Cicéron pour la longueur et l'harmonie des périodes, subtilisant et raffinant par manière de jeu comme aux époques de décadence. Uo

. RÉBKLLIAU, art. cité, p. 356.

homme du XVI® siècle finissant, un humaniste maniéré et bel esprit, voilà un aspect du caractère et du talent de saint François de Sales que met bien en lumière cette correspondance latine entre lui et Antoine Favre. Cet humanisme et cette recherche, on les rencontrera dans tous ses ouvrages. Il n'était peut-être pas inutile de les montrer, à l'origine et presque dans son éducation même, étroitement unis, sans leur nuire par cette liaison, à toutes les grandes qualités et à toutes les grandes vertus qui devaient faire de lui un saint, un directeur de conscience incomparable, un écrivain, un orateur sacré très original et tout à fait à part dans l'histoire de la littérature française.

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