‹ Saint François de Sales, humaniste et écrivain latinChapitre 70 sur 115 · T. vue, p · texte numérisé non relu

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PLASS LATINS ET SERMONS REtîUEILLIS

Sermon recueilli (p. 47J.

□ous cODsideroDs les choses seulement pour les sçavoir, pour les bien enlendre et pour en pouvoir bien parler, sans avoir autre fin que de remplir nostre mémoire ; et en cela nous ressemblons aux hannetons qui se vont posant sur Its roses, non pour autre fin que pour se saouler et remplir le ventre. Or, de ces deux actes de nostre entendement nous n'en dirons pas davantaji^e, parce qu'ils ne font pas a noslre propos. — Venons à la méditation. Pour sçavoir que c'est que la médita* tion, il faut entendre les paroles du roy Ezechias, lorsque la sentence de mort luy fut prononcée, laquelle Fut depuis révoquée par sa pénitence : a Je crierai/, dit-il, comme le poussin de î'arondelle, et mediteray comme la colombe au plan fort de ma douleur ». Il vouloit dire : Lorsque le petit de l'arondelle est tout seul et que sa mère est allée quérir l'herbe chelidoinc pour

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crie, il piole... Ainsj' moy, ayant perdu ma mère qui est la grâce...

Mais il adjouste ; Et mediteray comme ta colombe. 11 faut sçavoir que tous les oiseaux ont accoutumé d'ouvrir le bec lorsqu'ils chantent ou gazouillent, hormis la colombe, laquelle fait son petit chant ou gémissement retenant sa respiration au dedans d'elle, et par le gi-oulemenl et retour qu'elle fait de son haleine, sans la laisser sortir, en réussit

; KT SEKMONS RECUEILLIS

Sermon recueilli (p. 47|.

son chant. De mesmc, la méditation se Fait lorsque nous arrestons noslrc enlenilement sur un mj'stei'e duquel nous prelendoos , lirer des honnes affections. . . La , quatriesme action de nostrc entendement est la contempliilion , laquelle a'est autre chose que se complaire au bien de celuj que nous avons conneu en ta méditation et que nous avons Rjmé i par le moyen de cette connais-

Ces sortes d'images familières, prises de la nature, au moyen desquelles saliil François de Sales Iraduisail si volontiers des idées abstraites, étaient à la portée des rédactrices de ces sermons. Elles semblent avoir bien compris et reproduit exaclement celles-ci, jusque dans le dernier détail. On le voit assez, elles se complaisent dans . ces sortes de comparaisons et elles les traitent comme de petits tableaux indépendants. Nous avons pu remarquer aussi comme saint François de Sales abandonne facilement le plan qu'il avait prépai'é. Il avait prévu une comparaison de la méditation avec les abeilles ; mais au cours de l'improvisation, il se rappelle un mot d'Ezéchias, et il compare l'àme qui médite au poussin de l'arondeîle qui J piole, et à la colombe qui fait son petit chant oa gémissement. Pourquoi n'a-l-il donné que quelques lig-nes à la J contemplation, qui est la plus haute forme de l'oraison? 1 Elle aussi, elle surtout, dirons-nous, méritait d'être expliquée par une image. Pourquoi l'orateur se borne-t-il à la. J définir en quelques mots abstraits, tout à Fait dénuéiij d'ag-rément liltéraire? Comme il avait omis et remplacé^ par une autre la comparaison prévue: meditatio apibusy\ a-t-il été embarrassé pour la comparaison ; coniemplatio\ régi apiim qui en était la suite ? Ou bien y a-l-il eu, de la f part de la rédactrice, oubli et omission '!

PLANS LATINS ET SERMONS RECUEILLIS

Si nous voulions résumer d'un mot l'impression générale donnée par ce parallèle enlre le texte original et le sermon recueilli, nous dirions que le sermon recueilli nous paraît être un résumé pâle et faible, où le plan primitif, d'ailleurs incomplet, comme saint François de Saies nous en avertit lui-même (ita reliqui sermonem imperfcclum) ', ne se reconnaît qu'à grand'peine, où des détails seulement cl surtout des comparaisons font reconnaître un peu la gracieuse manière et l'aimable originalité de l'écrivain.

De celle étude minutieuse, nous pouvons conclure en toute sûreté, et le résultat semble appréciable, qu'on ne peut juger de saint François de Sales orateur d'après les sermons recueillis. L'abbé Lezat se trompe quand il dît des Entreliens spirituels, c'est-à-dire en partie des sermons recueillis, qu'ils « n'ont point été, il est vrai, écrits de la main de Franç^ols de Sales », mais que « le soin particulier avec lequel ils furent recueillis et publiés par les religieuses permet de les considérer comme une reproduction fidèle des paroles du pieux évoque *. » Dom Mackey lui-même exagère, quand il dit des deux rédactrices des Entretiens et des Sermons, les sœurs Claude-Agnès Joly de La Boche et Marie-Marguerite Michel: « Douées l'une et l'autre d'une mémoire exceptionnellement heureuse, elles reproduisirent avec une fidélité remarquable les enseignements de leur bienlieureux Père ^. n Nous pouvons et nous devons même adhérer à ce jugement de M. Rébelliau * ; a Si heureuse que fût la mémoire de la mère Agnès de La Koclie..., il est toujours difficile d'admettre qu'elle pût

B. De la prédicafiaii sous Henri IV, p. 132.

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