‹ Saint François de Sales, humaniste et écrivain latinChapitre 8 sur 115 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

I/IIUMANISME ET LE LATIN DANS LA CORRESPONDANCE DE LA JEUNESSE DE SAINT FRANÇOIS DE SALES

1. L'ime et l'espril de natal Francis de Padaue et des deux années qu II. La corre<i [tendance avec Anloiui lit. La biographie de Ksint Fran;ci misiioa du Chalilaîs. — IV La ci pondanee ; le caractérp antique de mauvais çoùl. L'emploi disrret et

Sales dans sa correspondance de Paris, imniédiatemeni ses éindes. — utilité de cette rarrespondaDce. — les dans cetle correspondance: la spril dont lémoigoe celte carres* nitié; rcïagcraliDn, l'afféterie, te

Nous voudrions èlre renseignés par saint François de Sales lui-même, sur sa vie comme étudiant au collège de Clermont et à l'universiliî de Padoue. Nous voudrions avoir r|uelqiies~unes au moins des l(>lLres qu'il dut écrire à sa famille, duranl un long exil scolaire de six à sept ans. Ce qui nous reste est peu de chose, assez peut-être pour nous laisser conjecturer et deviner, trop peu pour salisfaire une curiosité bien légitime.

La première lettre que nous ayons de lui, la seule de son séjour à Paris, est datée du 2O novembre i585 ; elle est écrile au baron d'Hermance, seigneur de son pays, ami puissant de sa famille, qui avait visité le jeune François, é\hve externe au collège de Clermont. Ce court billet d'un écolier est peu significatif. Nous pouvons cependant «n

détacher quelques mois qui nous révèlent ce que nous 1 soupçonnions bien en lui, un jeune liomme sludieuxJ iiulant que pieux, dont l'idéal est Je bien étudier pour se-| mellre à même de rendre plus de services, et d'abord de bien servir Dieu : « Et maintenant, dil-il, que je. suys au milieu et meilleur ag^e de mes esludes, si je puys cognoislre seulement par présomption que prenies en bonne part mes lettres, ce me sera comme un aullre corage pourf poursuyvre mon entreprise en l'estude, laquelle j'oseroysj bien promettre (sans me flatlerj réussira au bien que je! désire, Dieu aydanl, qui est de le bien pouvoir servir '.. Ecrivant de si loin, il semble qu'il puisse et doive donner! des nouvelles sur les affaires politiques et militaires, à un I seig-neiir venu récemment à Paris pour notifier à la reine- 1 mère le mariage du duc, son souverain, avec Catherine d'Espag-ne. Non ; il est occupé de son objet propre, il ne s'en laisse pas distraire. La guerre religieuse est déchaînée dans la France et dans Paris ; mais les bruits du dehors , ne troublent pas sa studieuse solitude : « J'auroys bien \ bonne volonté de vous escrire des nouvelles de par deçà ; mais les nostres ne sont que de collèg-es, outre ce qu'elles sont si incertaynes (on a faict le prince de Condé mille foys mort) que pour ce seul respect il me semble que je soys assez excusé d'en escrire *. » Ce n'est pas qu'il soit indifl^'érent à ce qui se passe en France. Dans une lettre écrite de Padoue, cinq ans plus tard, « en italien francisé i ■ou en français italianisé «, comme il dit en amateur c allitérations et des jeux de mots, il parle d'un grave événement qu'il appelle la nouvelle naoarraise ; c'est la victoire d'Henri IV sur la Ligue; il l'appelle un événement « alïligeant pour quiconque ne l'envisage pas au travers des lunettes du propre intérêt. •>> Ces guerres civiles et ces défaites de ce qu'il regarde comme le droit, lui semblent

. Œuvres, t. xi, pp. t 6

des châtiments de Dieu, el il ajoute avec tristesse : « Je ne sais ce que Dieu veut faire de la France, car les péchés y sont très grands '. »

De son séjour à Padoue, il nous reste une lettre écrite en italienj quatre lettres ou billets écrits en fran^^ais, une assez longue lettre écrite en lalin. Nous avons aussi deux lettres latines écrites quelque temps après la fin de ses études. Ces lettres ou billets, restés inédits jusqu'à l'édition de D. Mackey, méritent d'être lus ; ils nous donnent quelque idée de ce qu'était, dans la première fleur de la jeunesse, cet aimable écrivain, et nous permettent d'ajouter quelques traits à ce qu'on a dit et très bien dit de la formalion intellectuelle el religieuse de saint François de Sales *.

Homme d'esprit et d'esprit très aimable, saint François de Sales l'était dès cet époque. A son parrain ^, à qui il avait déjà écrit plusieurs fois sans obtenir de réponse, il dit dans une lettre écrite de Padoue : « Comme je crojs que n'ayes receu aucune de mes lettres, bien que realement je vous en aye envoyé plusieurs a diverses foys, aussy n'en ay je receu aucune des vostres despuys que j'estoys malade, comme si je ne devoys avoyr ces deux consolations ensemble, santé el vos lettres *. » Déjà, il a le sens littéraire très affiné ; il sait composer une phrase arlistement ; il excelle à d'ingénieux rapprocbements de mois. Il plaisante et s'égaye agréablement: « Les lettres que je vous ay envoyées se sont peut estre perdues, pour autant que nous payons le port avant qu'elles partent, el partant besogne paiee, mal faicte ^. )i

Il écrit en français, il écrit en italien, il écrit aussi en

Page 1