SAINTETÉ QÜIL CROYAIT NÉCESSAIRE AU PRÉDICATEUR
Mais ce qui, au jugement de saint François de Sales, est plus nécessaire que tout le reste, pour réussir dans la prédication et produire du fruit dans les âmes, c'est la vie exemplaire, le zèle de la perfection chrétienne et la pratique de la sainteté.
« Une observation que je dois faire, dit-il au commencement de sa lettre sur la prédication, c'est que le prédicateur doit se mettre à l'abri de tout reproche, en évitant non-seulement les péchés mortels, mais jusqu’aux moindres fautes, et même certaines actions qui ne rendent nullement coupable. Saint Bernard disait : Nugx sæcularium sunt blasphemiæ clericorum. Un homme du monde peut jouer, aller à la chasse, assister aux soirées : on ne songera pas à l’en blâmer, et même, s'il n'a en vue que de se récréer, il ne fera aucune faute. Mais dans un prédicateur, sauf certaines circonstances excessivement rares, de tels divertissements sont des scandales, et de grands scandale^ « Voyez donc, disent les gens du monde, que de << temps ils ont à perdre ! que de jouissances ils se « donnent ! » Après cela, allez prêcher la mortification : on se moquera du prédicateur. Je n'entends pas dire qu'on ne puisse jamais se récréer à quelque jeu honnête, par exemple une ou deux fois le mois; mais il faut que ce soit avec grande discrétion. La chasse est défendue absolument. J'en dis autant des dépenses superflues, en repas, en habits, eh livres. Pour les séculiers, ce sont des baga-
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telles, pour nous ce seraient de grands péchés. Comment reprendre le luxe du inonde, si le nôtre frappe ses regards 1 * ? »
Quand on rapportait au saint évêque que quelque prédicateur faisait extrêmement bien , il demandait : a En quelle vertu excelle-t-il? en mortification, en douceur, en courage, en dévotion?» Quand on lui répondait qu’on entendait quil prêchait bien : t Cela, répliquait-il, c’est dire et non pas faire . L’un est bien plus facile que l'autre. Combien y en a-t-il qui disent et ne font pas, et qui démolissent par leurs mauvais exemples ce qu'ils édifient par leurs discours * ? »
11 n’en fut pas ainsi de lui; sa préoccupation constante fut de mettre sa conduite d’accord avec ses discours, et de pratiquer le premier ce qu’il recommandait à ses auditeurs.
Quelques jours avant sa mort, comme il devait prêcher au collège des Jésuites à Lyon, et qu’il avait les jambes en mauvais état, un ecclésiastique lui conseillait de s’y faire conduire en carrosse, a Vraiment, répondit-il, vous dites bien 1 II ferait beau me voir monter en carrosse pour aller annoncer la pénitence de saint Jean et la pauvreté évangélique ! »
Aussi avait-on une entière confiance en ses paroles, et accourait-on en fotlle pour l’écouter. « Celui-là, disait-on, joint la sainteté à la doctrine ; il entend fort bien tout ce qu’il dit, et le pratique encore mieux*! » « Si tous les ecclésiastiques lui ressemblaient, disaient des calvinistes, lious serions bientôt catholiques 4 . »
L’humble prélat ne pouvait comprendre qu’on se près*
1 LeU. à l’archfev. de Bourges. * Esprit, p. III, ch. t. — *ChaiL
Au g. — 4 Vie, par dom Jean de Saint-François; thr V.
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$àl ainsi à ses ornions. « N’èters-vous pas étofcné, disait-il A un de ses amis, de voir tous ces bohs Parisiens venir m’écouter, moi qui ai la langue si épaisse^ les conceptions si basses, le langage si villgaire? Penfcez-vouà, lui ré-» pondit Oé pieux ami, cjue Ce soient les belles paroles qu'ils cherchent en vous? Il leur suffit de Vous voir en chaire/ Votre cœur parle par vos yeux, par votre bouche ; ils ne vous verraient faire qu'une courte prière, ils seraient contents. Vos paroles communes, embrasées du feu de la charité, pénètrent les cœurs et les attendrissent. 11 y a dans vos discours je ne sais quoi d’extraordinaire : tout porte coup. Un autre en dirait trois fois davantage, qu'on n y ferait pas attention. Vous avez une certaine rhétorique d'Annecy, ou plutôt du paradis, qui produit des JTets admirables. »
En effet, on sentait souvent dans ses paroles une influence surnaturelle de l’esprit de Dieu qui agissait à la fois sur le prédicateur et sur l’auditoire.
Le jour de l’Assomption, prêchant dans une paroisse que divisaient depuis longtemps de profondes inimitiés, il fit fondre en larmes tous les assistants par ces simples paroles qui terminèrent son discours : « Ah ! mon cher peuple, que faisons-nous? Marie meurt d’amour, et nous vivons de haine ! Aussi elle monte au ciel, et nous allons aux enfers 1 ! »
Une autre fois, écrivant à sainte Chantal, à qui il communiquait tout ce qui pouvait animer sa ferveur, il lui dit: « J’ai fait ce matin Un sermon tout de flamme, Car je l’ai bien connu. Il faut vous le dire à vous *. »
Cette vertu* surnaturelle qui tenait à la personne du prédicateur n'a pu nous être transmise atec ses discours.
1 Àmrtîe de la Ytèit , p. 103 ; — • 4 LëU. dLv. •