‹ Saint François de Xavier (volume 2)Chapitre 103 sur 144 · FRÈRES · texte numérisé non relu

FRÈRES

ES

Tandis que Dieu, dans Île ciel, récompensait les travaux de François, Ignace, sur la terre, en méditait pour lui de nouveaux. Il écrivait de Rome :

La souveraine grâce et l’amour éternel de Jésus-Christ Notre-Seigneur nous soient toujours en aide et favorables.

Très cher Frère en Notre-Seigneur, — Nous avons reçu ici vos lettres du 29 janvier 1552, plus tard que de raison, à cause de la difficulté des chemins entre le Portugal et Rome ; vous n'aurez donc pas reçu la réponse qu’on vous fit, aussi vite que je l’eusse désiré.

(a été pour nous une grande consolation en la divine Majesté, d'apprendre quelle porte Dieu Notre-Seigneur a ouverte, par votre ministère, à la prédication de son Évangile et à la conversion des peuples du Japon et de la Chine, et nous espérons que sa connaissance et sa gloire iront s'étendant chaque

jour davantage sur des terres, aptes à faire, Dieu aidant, croître et se multiplier la semence que lon y jette.

Il m'a aussi paru bon que vous ayez envoyé en Chine Maître Gaspard et autres; et si (rien n’ayant mis obstacle à l’exécution du désir que vous dites en avoir) vous y étiez allé vousmême, Je tiendrai la chose pour bien faite, me persuadant que vous suivez en tout les conseils de la divine Sagesse : et cependant, mon Jugement à moi est qu'il conviendra mieux, pour le service de Dieu, que vous soyez demeuré dans l'Inde, après avoir dressé les autres à faire en Chine ce que vous vous proposiez d'y faire vous-même. Ainsi vous exercerez, sur plusieurs points, une action que, de votre personne, vous n’exerceriez que sur un seul. |

Je vais plus loin, et je dis : En vue de mieux servir Dieu - Notre-Seigneur et de secourir plus efficacement les âmes en ces contrées ; attendu que leur bien dépend, à un si haut degré, du Portugal, je me suis déterminé de vous commander, en vertu de la sainte obéissance, qu'entre tant de chemins vous premiez, à la première occasion d’une bonne traversée, le chemin de Portugal, et ainsi je vous le commande, au nom de Jésus-Christ Notre-Seigneur : ce sera toutefois pour retourner bientôt dans l’Inde. Et afin que vous puissiez les communiquer à ceux qui voudraient, là-bas, vous retenir pour le bien des Indes, je vous dirai les raisons qui me déterminent à vous appeler, en vue de ce bien même :

Et d’abord, vous savez à quel point il importe, pour la conservation et l’accroissement du christianisme dans l’Inde, à la Guinée, au Brésil, que le roi de Portugal puisse, de son royaume étant, y mettre bon ordre. Or, un prince aussi plein de bons désirs et saintes intentions qu'est le Roi de Portugal, informé des choses de l’Inde par un homme qui, comme vous, les connaît si bien par expérience serait, vous le comprenez,

vite déterminé à exécuter, pour le service de Dieu Notre-Sei-

gneur et l'utilité de ces contrées, un grand nombre de Lu sées ou desseins que vous lui auriez exposés.

De plus, il est si à désirer que le Siège apostolique soit pleinement et avec certitude renseigné sur les affaires des Indes, et par un homme qui ait crédit auprès de lui ; 1l faut, en effet, ces informations, pour régler ici la dispensation des faveurs spirituelles qui peuvent être nécessaires ou très utiles là-bas, et aux nouveaux chrétiens, et à ceux de Portugal et d’ailleurs qui y résident ; or, mieux qu'aucun des autres de la Compagnie qui sont aux Indes, vous êtes, pour ceci encore, l’homme qu'il faut. Vous savez les choses et votre personne est connue. |

Vous n’ignorez pas non plus qu'il importe, pour le bien des Indes, d’y envoyer des sujets propres à la fin que, là-bas comme ici, nous nous proposons d'atteindre. Votre venue en Portugal et à Rome y servira beaucoup; le désir d’aller aux Indes s’allumerait chez un grand nombre ; vous verriez quels d’entre eux conviennent où non à ces missions ; quels feraient mieux en telle région, quels en une autre. Vous le comprenez, il est tout à fait à souhaiter que votre appréciation personnelle en décide ; tout ce que vous écrivez de là-bas ne saurait suffire ; pour que l’on comprenne bien ici, 1l faut que vous ou un autre vous-même voie les sujets qu'il s'agirait d'envoyer, et entre en relations avec eux.

Outre ces raisons, qui toutes ont trait au bien de Inde, je

pense que vous exciteriez le zèle du Roi pour les affaires …

d’Éthiopie : voilà tant d’années que les choses sont en projet, et rien ne s'exécute. Ainsi encore, vous pourriez, de Portugal, aider à l’avancement des affairés du Congo et du Brésil, ce que vous ne pourrez faire de là-bas, puisqu'il n’y a pas les mêmes relations commerciales. Et s’il vous semble que votre présence dans lInde soit chose importante pour le gouverne-

ment, vous pourrez gouverner aussi bien de Portugal, et beaucoup mieux encore, que vous ne feriez étant au Japon ou en Chine. Ainsi donc, à tant d’autres absences plus considérables que vous avez faites, ajoutez celle-là ; laissez les Recteurs qu'il vous plaira; désignez celui qui aura le gouvernement général; donnez-lui les conseillers que vous jugerez à propos de choisir, et Dieu Notre-Seigneur sera avec eux.

Pour le reste, je m'en remets au P. Polanco. Je me recommande de tout cœur à vos prières, et je prie la souveraine et divine Bonté de vouloir bien donner à tous grâce abondante, afin que nous connaissions toujours sa très sainte volonté et que nous l’accomplissions parfaitement.

Arrivé en Portugal, vous serez sous l’obédience du Roi et vous agirez selon qu'il disposera de votre personne, pour la gloire de Dieu Notre-Seigneur.

Tout vôtre, en Notre-Seigneur.

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