‹ Saint François de Xavier (volume 2)Chapitre 102 sur 144 · ARIAS BRANDON · texte numérisé non relu

ARIAS BRANDON

La relation du Provincial ajoute quelques circonstances notables :

Longtemps après, un de nos Frères, passant à Malaca, fit retirer le corps de la fosse ; 1l le trouva entier. L’oreiller et lPaube étaient tachés d’un sang frais ; le corps était cependant là, enfou, depuis près d’un an. Le Frère donc l’en retira et le porta dans notre collège de Goa, à six cents lieues de Malaca. J’allai moi-même le recevoir, en pleine mer, à quelques

lieues de la ville, le Vice-Roï des Indes, don Alonso, l'ayant

jugé à propos. Je vis de mes yeux, je touchait de mes mains ce corps entier, maculé de chaux, mais exhalant une très bonne odeur ; je vis du sang encore frais, çà et là; je n'avais pas voulu croire, que je n’eusse vu; mais, dès lors, je m’écriai : Memoriam fecit mirabilium suorum misericors el miserator Dominus.

Si grande fut la dévotion et l'admiration du peuple, que, le jour même du débarquement, le corps fut reçu avec concours et piété indescriptibles. Avec la population presqu'entière, se trouvèrent là le Vice-Roi, tous les idalgos et caballeros, et le clergé. La multitude qui remplissait l’église se refusa à

368 FRANÇOIS À SANCIAN (OCTOBRE-NOVEMBRE 1592). sortir, si on ne lui montrait le corps. Je m'étais déterminé à refuser, jusau’à ce que le Vicaire général, le Chapitre, les Religieux et le Vice-Roï l’eussent vu secrètement; mais on me fit violence, et je dus mettre à découvert les pieds et les mains ; ce furent aussitôt des pleurs, des battements de poitrine, de grands cris de louange à Dieu; puis, on voulut baiser les pieds, faire toucher au corps les chapelets ; il y eut ainsi va-et-vient continuel, pendant trois ou quatre jours. Il fut impossible de déposer le corps dans la chapelle choisie pour cela, et où 1l est maintenant.

Le Vice-Roi, d'accord avec moi, voulait que le Vicaire général fit dresser acte de tous ces faits. Le Vicaire général en fut-1l empêché par d’autres occupations ; fut-il refroidi par les murmures de quelques religieux..., je ne sais; pour moi, ce que Jj'entrevis ne me donna pas la hardiesse d’insister, et d’autres n’y trouvèrent pas excitation pour leur zèle. Dieu saura bien manifester des merveilles qui sont toutes de sa main. |

Je supplie humblement V. R. de nous envoyer, pour être notre Provincial, un autre Maître François, s'il se pouvait trouver. Moi, je ne suis pas pour une telle charge, n'ayant m

vertu, ni expérience, n1 autorité.

Le P. Brandon dit, à propos des enquêtes sur la sainteté et les miracles de François :

Le Père Balthasar Diaz vous fait savoir pour quelles raisons le procès relatif à la sainteté du Père Maître François demeure arrêté; il plaira à Dieu de nous ouvrir chemin assuré ; 1l en sera certainement ainsi, mes frères. Si vous entendiez ce que disent, à ce propos, beaucoup d’hommes d’autorité et crédit, et aussi certains religieux, vous reconnaîtriez et diriez que la vie et les œuvres de Maître François ne diffé-

rent en rien de la vie et des œuvres des Saints, que des livres imprimés nous racontent. Nous ne savions rien, ici, de tant de choses dont on parle; pas un Père ni un Frère qui ne les ignorât; c'est depuis sa mort, que s’est levée la multitude de témoins, qui le virent opérant tant de merveilleuses choses, dans les diverses contrées où ils se trouvaient, quand il y passa.

Le P. Baltasar Diaz :

Il s’est rencontré, à Goa, beaucoup de personnes qui, en divers lieux, vécurent auprès de notre Père François et furent témoins de telles paroles, de tels actes, qui sont évidemment surnaturels et non moins prodigieux qué ceux dont on lit le récit dans les Vies des Saints d’autrefois. Beaucoup de personnes considérables sont venues me demander pourquoi nous ne faisions pas procéder à une enquête juridique, en vue de la canonisation du Père. L'initiative de pareille démarche apparüent, de droit, à ceux qui peuvent assurer à leurs procédures l’authenticité voulue; ce motif et d’autres, que lhonnèêteté suggère, ne m'ont pas permis d’agir le premier. Le Vicare général, l’Évêque étant mort, est venu céans; 1l a vu le corps, toujours entier. Dieu, quand son heure sera arrivée, disposera (out, pour sa plus grande gloire.

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