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Les travaux de François étaient donc finis; mais il plaisait à Dieu de réaliser, d’une façon toute divine, les rêves de gloire de la jeunesse de François et de glorifier divinement, en sa personne, aux yeux du monde entier et pour les siècles, avec l’héroïsme
de ses propres vertus, la sainte constance de ses
aïeux dans la foi et la piété chrétiennes.
A cette fin, Dieu voulut que le bruit de la sainteté
de François, comme celui de ses miracles, allassent grandissant d’un jour à l’autre. Ecoutons le P. Antonio de Quadros, qui, en 1555, résume ainsi tout
ce qu’il entend dire à Goa. Le P. de Quadros ‘ ve-
nait d'arriver, cette année même !
1. Antonio de Quadros entra au noviciat de Coïmbre, à l’âge de quinze ans, en 1544. Il insista pour être admis au degré de Frère coadjuteur. Saint François de Borgia prêcha, le jour de sa profession, en 1553. Peu après, il partit pour l’Inde, compagnon du Patriarche d'Éthiopie, et y arriva
Ici vécut le béni Père Maître François, de qui les travaux, les œuvres et les vertus eurent une telle excellence que personne, Je crois, ne démolira ce que Dieu a bâti par ses mains.
Je suis dans la stupéfaction, quand je considère (et j'ai ici des informations très sûres) quelle était son union avec Dieu, nonobstant ses continuelles occupations. Au Japon, tandis qu'il voyageait à pied, il n’interrompait pas son oraison, et il y était si absorbé, qu'il ne remarquait pas la rupture de ses chaussures, les heurts de ses jambes contre des pièces de bois ou autres obstacles, bien qu'il s’y blessât notablement.
Un Frère me disait : « Un jour, le Père se promenait dans le jardin de ce collège, tout perdu en Dieu; je l’observais sans être vu. Il s’arrêta tout à coup, comme s’il eût craint d’être aperçu, et, levant les veux au ciel, appuyant la main contre la poitrine, il disait : « Seigneur, pas plus, pas plus ! assez, assez! »
Certaines personnes, qui habitèrent avec lui une même maison, m'ont assuré qu'il ne dormait pas plus de trois ou quatre heures ; et, durant ce court sommeil, 1l disait fréquemment : O mon bon Jésus! 0 mon Créateur ! et autres paroles semblables.
Quand il résidait dans ce collège, 1l allait passer la nuit dans un petit oratoire, d’où il apercevait le Très Saint-Sacrement ; et si le sommeil l’accablait, il dormait, étendu sur le sol, au même endroit.
Très souvent, tandis qu'il conversait avec les Frères, 1l lui venait de si grandes impressions ou visites divines, que, pour ne pas manifester ces grâces, 11 était contraint de s’éloigner.
le 10 septembre 1555. Quatre mois après, il était Provincial de l’Inde. II mourut, en odeur de sainteté, à l’âge d’environ quarante-quatre ans, le 21 novembre 1572. Il ne se consola jamais d’être arrivé dans l’Inde trop tard pour voir François de Xavier.
Un jour, au sortir de loraison, il dit à quelques Frères : « Nous aurons, l’an prochain, de mauvaises nouvelles de Portugal »; et la chose arriva.
Son recueillement n’était pas interrompu par lès communications avec le prochain et les entretiens même familiers ; et
ceux qui conversalent ainsi avec lui étaient si frappés de cette union visible de son âme avec Dieu, qu'il ne s’en trouva pas :
un qui osât longtemps arrêter le regard sur son visage.
Un de mes Frères secundum carnem, qui voyagea plusieurs fois avec lui, et sur terre et sur mer, m’a dit que, durant la navigation, 1} vit toujours le Père François en oraison, dès uné heure après minuit jusqu’au jour.
Nous savons que, dans la Casa de San Thomé, à laquelle il était fort dévot, Dieu lui fit de grandes grâces ; il y demeurait les nuits entières à prier. Une fois, le démon l'y assaillit et le frappa durement ; mais le saint homme n’abandonna pas pour cela la prière, et le démon se retira vaincu.
Telles étaient les consolations que Dieu lui donnait dans l’oraison, que, bien des fois, il priait Notre-Seigneur de ne pas tant le consoler en ce monde.
D'autre part, les peines, les travaux lui étaient si chers, qu'il disait n'avoir jamais été si heureux comme il le fut à Maluco, où tout appui humain lui manqua.
Dans les tribulations, 1l disait à Dieu : « Ne m’en délivrez
pas, Seigneur, à moins que ce ne soit pour m’engager en de
plus grandes pour votre amour »; et Dieu l’exauca si bien, qu'il serait vraiment trop long de raconter tout ce qu’il eut à souffrir. Ainsi, tout le temps qu'il passa au cap Comorin ne fut qu’une longue série de peines.
Un homme qui Paccompagna dans ces régions m'a dit que,
pour l'ordinaire, 1l dormait fort peu; c'était beaucoup quand.
ses continuelles occupations lui laissaient deux ou trois heures
de sommeil. IT lui arrivait parfois de ne pas prendre, en deux Jours, deux qguattrint (deniers) de pain.
IL vivait en péril continuel de mort, à cause des pièges que lui tendait la haine des païens; aussi les chrétiens étaientsls, à son sujet, en alarme incessante, veillant, la nuit surtout, à sa défense. IT dut, une fois, pour échapper à des gens qui venaient lui donner la mort, monter sur un arbre et demeurer là toute la nuit.
Que de labeurs, pour Jésus-Christ, à Malaca, où il alla, à quatre reprises; à Amboino; aux îles du More! Partout il prêchait, catéchisait, en particulier les enfants, qu'il convoquait, çà et là, avec une clochette; de là, au travail des confessions, au soin des malades dans les hôpitaux, et à l’assistance des mourants. Quelqu'un, qui le vit appliqué à ces œuvres dans un hôpital, me disait : « Après s’être fatigué tout le jour, le peu qui lui restait de temps il ne le donnait pas au sommeil ; 1l ne dormait que lorsque le poids du sommeil le faisait tomber, et à l’endroit où il s’affaissait, 11 dormait ; mais pour peu qu'un malade gémit, le Père François était debout et courait le visiter. » Je demandai à ce temoin : Que faisait le Père François quand il avait terminé le service de jour, à J’hôpital? IT répondit : « Le Père (c’est chose que J'ai observée) se mettait en oraison, et 1l y persévérait jusqu’à ce que le sommeil l’accablât et le fit tomber. »
Dans ses voyages, que de dangers et de souffrances! En une des tempêtes qu'il essuya, le vaisseau alla, Pespace de trois milles, labourant les sables. Du côté de Maluco, il fit trois fois naufrage, et, une fois, 1l demeura deux ou trois Jours, au milieu des flots, sur des débris du vaisseau mis en pièces. Souvent 1l dut se cacher au fond des forêts, pour échapper aux idolâtres qui en voulaient à sa vie. Souvent, aux appréhensions de ces violences s’ajouta l’appréhension du poison.
Que d’autres ennuis et fatigues, au Japon! Là, dit-on, il ne voyageait guère qu'à pied, bien qu'il eût pu se procurer un cheval, et il souffrit tellement du froid, qu'il en avait les jambes très enflées. En ce pays, les païens essayèrent, plus d’une fois, de le tuer à coups de flèches, et Pon m'a dit quil n'échappa sûrement pas sans miracle.
La fin de ses travaux fut l’heureuse mort que le Seigneur lui accorda, proche de Canton. Il reçut, peu auparavant, tant de consolations célestes ; il s’alluma dans son cœur un si vif désir d'aller à Dieu, qu'il écrivit alors : « Jusqu'à présent, j'avais désiré vivre pour servir Jésus-Christ et étendre la gloire de son Nom ; mais ces désirs, maintenant, font place au désir plus véhément d’aller le voir au ciel. »
Maître François fut toujours très pauvre, en toutes choses, et insigne amant de la pauvreté. Ici, au collège, quand il demandait quelque chose à manger, il le demandait, comme les pauvres, pour l’amour de Dieu. S'il s’embarquait, tout son bagage était Phabit qu'il portait, un bréviaire et un autre livre. Pendant la traversée, il demandaif aux matelots, pour amour de Dieu, qu'on lui prêtât une chemise, des souliers, ou telle autre chose qui lui devenait nécessaire. Si grand était
cependant le respect qu'on lui portait, qu’on laissait inoccupé, |
pour lui, le meilleur endroit du navire.
Comme il se montra parfaitement obéissant à ses supérieurs en Europe, ainsi, dans ces contrées, 1l Le fut toujours à égard de l’Évêque et de ses vicaires, et les autres Religieux le virent, en toute occasion, s’humilier devant eux. Ainsi exigeait-il que les Pères et Frères obéissent aux vicaires de l’'Évêque, dans les forteresses où ils résidaient; qu’ils allassent, en arrivant, leur baiser la main, et leur fissent révérence dans les rues. Tout cela, lui le faisait en perfection, et il s’agenouilla quelquefois à leurs pieds.
Tout le jour, il se dépensait au service du prochain, et il donnait la nuit à Dieu, imitateur fidèle, en cela, de Jésus- Christ, qui, après les prédications du jour, pernoctabat in oratione Det.
Il possédait, à un haut degré, l’art de traiter avec les pécheurs, pour les ramener à Dieu, et je ne sais si, depuis longues années, 1l s’est trouvé homme à qui ce don ait été départi dans une telle perfection. Il fit beaucoup plus de bien en conversant qu'en prêchant. Quand il résidait à Goa, il allait par les rues avec une clochette pour réunir les enfants et les esclaves, et les mener dans notre église, où il les catéchisait, parlant moitié portugais et moitié indien. Il s’informait auprès des esclaves quels Portugais vivaient dans le désordre, avec une ou plusieurs complices. Ceux qu'il découvrait ainsi en accoimtance avec trois ou plus, il les priait d’en laisser au moins une; les autres, disait-il, vous suffisent bien ; et, renouvelant à propos ses instances, il réussissait, après dix ou vingt jours, à leur en faire quitter une, et il ne s’arrêtait pas qu'il ne les eût tout à fait tirés du péché : il dégagea ainsi un Portugais des liens de huit ou neuf complices.
Voyait-1l un pécheur enseveli dans le mal, il employait tous les moyens pour gagner son amitié, sans lui parler de Dieu ni de son âme, et il n’en venait là que lorsque l'amitié était déjà étroite et intime ; alors, 1l parlait au pécheur et le ramenait à Dieu. On raconte de lui tels actes, on lui attribue tels procédés de conversion, qui certes m'ont bien surpris ; il a vraiment pu dire, après saint Paul : Omnibus omnia factus sum : avec les soldats eux-mêmes, soldat, et ainsi des autres ; mais tout cela, sans jamais rien faire ou dire qui parût moins digne de lui, tant il était, en ces occasions, circonspect; de sorte que ses industries les plus étranges, loin de diminuer l'estime et le respect que l’on avait pour lui, Paugmentaient, au contraire.
Quant aux miracles qu’il a opérés, je tiens de personnes qui allaient avec lui au cap de Comorin que ces œuvres surnaturelles, guérir les malades, délivrer des possédés, lui étaient familières, et que rarement il récita prière sur un malade sans que la guérison suivit. À Malaca, il annonça une victoire des Portugais sur les infidèles avant qu’on la pût connaître; 1l demanda, ailleurs, au peuple de prier pour le repos de Pâme d’un sien ami qu'il nomma, et l’on sut, plus tard, que cet homme était mort loin de là, à Amboino, le jour où Maître François avait ainsi parlé. On sait déjà qu'il ressuscita un mort. Un Japonais m'a raconté qu'il lui vit faire trois miracles, savoir : guérir un paralytique muet, un autre muet et un
sourd : « Chez nous, me disait cet homme, le Père François
est tenu pour le plus grand homme de l’Europe. » Les Japo-
nais se communiquaient entre eux une de leurs impressions.
d’étonnement, au sujet de Maître François : « Il n’est pas, disaient-ils, comme Îles autres Pères; ceux-ci ne résolvent jamais plusieurs difficultés à la fois, et ils ne répondent à un interlocuteur nouveau que lorsqu'ils ont achevé de satisfaire le précédent; le Père François, au contraire, par une seule réponse, contente dix et douze interlocuteurs à la fois. » A celui qui me parlait ainsi, j’objectai que les dix et douze interlocuteurs faisaient peut-être la même difficulté. Il me répondit que non : « Le fait, ajouta-t-il, a été souvent observé, et
l’on ne doutait pas que ce ne fût un don extraordinaire de.
Dieu. »
Un homme, me racontant sa propre histoire, disait : « Con-
damné au bannissement, et la conscience en très mauvais état,
j'allai trouver le Père Maître François dans une forteresse, où il résidait, et je lui exposai toutes mes misères. Il m’accueillit
à Phôpital, où il logeait lui-même, et après m'avoir confessé,. il me fit communier, chaque semaine, tout le temps que je. demeurai là, me remit ainsi dans le bon chemin, m’obtünt.
ensuite pardon de ceux à qui j'avais fait tort, et m’exhorta fortement à retourner en Portugal. Quand je néloignai de lui, 1! me dit, entr’autres choses : « Ce que je vous recommande le plus, c’est de vous confesser fréquemment ; si vous le faites, vous témoignerez être mon véritable ami, et je me uendrai pour bien payé des services que je vous ai rendus. » J'avais promis au Père d’aller en Portugal; je ne le fis pas, et je passai deux ans sans me confesser. Or, tandis que j'étais à Baçaim, le Père François y passa; j’allai le voir, et, dès abord, le Père me dit : « Micer ***, vous avez bien mal fait ce que Je vous avais tant recommandé; vous ne vous êtes pas confessé même une fois depuis que noùs nous séparâmes ! » Or, le Père n'avait pu humainement le savoir. Il ajouta : «de ne veux pas traiter avec vous, que vous ne soyez confessé. » Le lendemain, je me confessai à lui; il me donna la communon, et depuis je restai affermi dans le bien et très contrit de mes péchés. »
Disons-le enfin pour lhonneur de Dieu, auteur de tout bien, Maître François a été un homme de singulière et très rare sainteté ; et comme, sa vie durant, il s’efforça, avec grandes fatigues et continuel mépris de lui-même, de procurer la gloire de Dieu, but principal de son zèle; ainsi, après sa mort, Dieu a voulu glorifier son serviteur, même sur la terre. Des amis, afin d’emporter ses os de Sancian à Malaca, enterrèrent son corps dans la chaux pour en consumer les chairs; mais ce fut vainement, car la chaux ne les altéra même pas. Elle respecta, Dieu le voulant, l'intégrité de ce corps très chaste. Nous savons, en effet, par divers témoignages, et celui mème de ses confesseurs, que Maître François garda toute sa vie une pureté virginale. Quand, après un si long temps écoulé depuis sa sépulture, le corps de Maïtre François arriva à Goa, on eût dit qu'il venait de mourir; 1l demeura deux jours exposé dans notre église, à la requête de tout le peuple, et chacun,
prêtres et religieux, comme les séculiers, vint lui baiser les
pieds et y appliquer son chapelet.
Le vaisseau qui le porta de Malaca donna contre un écueil
et s’y engagea tellement qu'on ne put len retirer; ce que voyant les mariniers, ils invoquèrent le Serviteur de Dieu, et au même instant, sans qu'on en püût découvrir cause naturelle, le vaisseau fut dégagé.
Il y aurait encore tant à dire sur la samte vie de Maitre François, que l’on n’en finirait pas; aussi, quelle édification, quelle bonne odeur il a laissée dans ces contrées! Je ne
m'étonne pas que la Compagnie, à laquelle 1l appartient, ait
si grand crédit et soit si vénérée dans l’Inde.
" SLR le, +, Li die
D $ À + À à HE \# { à :
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