DE FRANÇOIS DE XAVIER, EN ORIENT
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Au mois de septembre 1554, était arrivé à Goa, pour exercer la charge de Vice-Roi dans lInde, l’ancien ami de François, l'Ambassadeur de Jean III auprès du Saint-Siège, Pedro de Mascarenhas!. Le
1. Lorsque Pedro de Mascarenhas, en 1539, traita avec saint Ignace de l'envoi de missionnaires dans l’Inde, il était déjà pénitent du Saint, suivant en cela le conseil de Léonor de Mascarenhas, gouvernante de Philippe I, que saint fgnace appelait « la Mère de la Compagnie. » C’était Léonor qui, de passage à Alcala, en 1527, avait fait dire à saint Ignace, alors prisonnier de l’Inquisition : « Si vous le voulez, je vous ferai vite sortir. »
Pedro Mascarenhas demeura toujours ami dévoué de la Compagnie. En 1553, le P. Miron écrivait à saint Ignace : « Don Pedro Mascarenhas est notre très grand Patron; c’est grâce à lui que s’est fait l’accord avec la ville de Lisbonne et les Confrères de Saint-Roch, en vue de la fondation du collège. Il aime grandement V. P. et la Compagnie, et 1l s'intéresse plus à nos affaires, pour l’amour de Dieu, qu'aux siennes propres; s’y occuper lui donne tant de Joie, que nous ne saurions lui faire plus grand plaisir qué de les lui mettre en mains, pour menues qu’elles soient. Il se confesse et communie chez nous, tous les dimanches et fêtes, ainsi que sa femme, également vertueuse et dévouée à la Compagnie. Leur maison est tenue comme
7 janvier 1555, il écrivait au P. Jacques Miron, provincial des Jésuites en Portugal :
Loué'soit à jamais Notre-Seigneur, qui nous à menés sains et saufs en cette terre de l’Inde. À mon âge, j'y ai plus de travail et moins de forces qu’il n’en faudrait, et toutefois, béni soit Notre-Seigneur : de rien, Lui fait ce qu’Il veut ; Il peut
un couvent... » (WMonum., Litter. quadrim., W, p. 444). Mascarenhas aimait
à se dire « Coadjuteur de la Compagnie de Jésus. »
Parti de Lisbonne le 2 avril 1554, Mascarenhas arriva à Goa, comme Vice-Roi, le 23 septembre. Il parut, d’abord, peu s'inquiéter des nécessités du collège de Goa et des autres établissements de la Compagnie dans l’Inde. Le P. Baltazar Diaz s’en scandalisa ; il écrivit : & Ces Gouverneurs de l'Inde, qui se montrent si amis à Lisbonne, ils oublient cette amitié, en passant le Cap de Bonne-Espérance. » — « Si vous ne nous faites payer les rentes que le Roi nous a assignées, disait le P. Diaz au Vice-Roï, nous serons obligés de mendier. » — « C’est votre profession », fut toute la réponse de Mascarenhas. Le P. Diaz poursuit : « Ne trouvant plus parmi nous le Père Francois de Xavier, son anu,il tient la maison pour inhabitée, et juge que tant de revenus sont inutiles pour l’entretien de si peu de gens, etc. »
Mais Polanco, qui raconte ces choses, fournit, en même temps, les élé-
ments très suffisants de la défense de Mascarenhas. (Voir Chronicon, IV,
D. 11107, 1189, 1104-22) 4420 IV nn, 1000 1077,1e108)
« Pedro Mascarenhas, dit le P. Sébastien Gonçalvez, mourut, très regretté de tous, le 23 juin 1555. Il fut enseveli au couvent de Saint-François, proche du Vice-Roi Juan de Castro. Plus tard, on porta ses 05 en Portugal. »
Sébastien Gonçalvez ajoute :
« Les Mascarenhas ont, de plus, donné leurs fils à la Compagnie. J’ai
connu dans la Compagnie quatre fils de D. Vasco Mascarenhas : le P. Pedro, de qui je fus écolier au collège de Coïmbre : il mourut au service des pestiférés, lors de la grande peste (1579); — le P. Francisco, qui mourut sain-
tement à Lisbonne, encore scholastique; — le P. Nuno, qui fut Recteur du collège de Lisbonne et du collège de Coïmbre, — et le P. Antonio, qui fut
Maitre des Novices, Recteur du collège de Coïmbre, Provincial, Assistant
des provinces de Portugal, Inde, Japon et Brésil. Leur frère Fernam-
Alvrez, évèque de Silves, fonda une Maison de la Compagnie ; — un autre frère, Geronymo, Capitan de Ormuz, laissa pour héritière la Maison de Jésus de Goa. » Il en cite d’autres, comme le Vice-Ro! Francisco, fondateur
de la Maison de Chaul, etc. La Compagnie de Jésus doit donc éternelle.
reconnaissance aux Mascarenhas; et une, toute spéciale, pour avoir recu d’eux cette leçon : « Mendier, c’est votre profession. »
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ot mie :
donc me donner assez de forces pour servir V. R. et ses fils (subditos). Je vous en prie, pour l’amour de Notre-Seigneur, occupez-vous grandement de moi auprès de Dieu, car j'en ai bien besoin, et ici la nécessité s’en fait plus sentir.
J'ai trouvé votre collège de Saint-Paul bien dépourvu de Pères, si nombreux sont ceux qu’il a plu à Dieu d’appeler à Lui. Retrouver et voir en ce pays le Père Maitre François, un tel bonheur ne m'a pas été donné : quel grand profit n’aurais-Je pas retiré de mes entretiens avec lui! Ce qui me console, c’est de savoir qu’il est là d’où il pourra nous donner à tous aide meilleure.
Je me recommande bien à tous les Pères et au docteur Torres ; et, où que soit Francisco de Borja, que vos lettres me recommandent beaucoup à lui.
Votre tout dévoué.
Pedro MASCARENHAS.
C'était aussi au P. Miron que le Père de Quadros avait adressé son mémoire sur les vertus et les miracles de François : l’occasion était bonne pour introduire, sinon à Rome, du moins devant le tribunal ecclésiastique de Goa, la cause de béaüficauon, et d’abord pour dresser les informations juridiques. Jean III le comprit, et, le 28 mars de l’année sui-
vante 1996, il écrivit à Pedro de Mascarenhas, dont, à Lisbonne, on ignorait la mort, advenue au mois de juin de l’année précédente :
Vice-Roïi, mon ami. Moi, le Roï, je vous envoie mes très amicales salutations.
Si exemplaires, si édifiants ont été la vie et les travaux du Père Maitre François, que ce serait, Je crois, rendre grand IT 20
service à Notre-Seigneur que de les manifester pour son honneur et gloire. Et pour que cette pleine manifestation se puisse faire avec l'autorité requise, je vous recommande fort, qu'avec toute la diligence possible, vous fassiez dresser, dans toutes les parties de lPlnde où se trouveraient personnes dignes de foi qui les aient connues, instruments authentiques de toutes les choses édifiantes et œuvres surnaturelles que Notre-Seigneur a opérées par lui, durant la vie dudit Père et depuis sa mort. Ces instruments une fois dressés et munis des approbations requises, vous me les enverrez par deux
voies : de quoi je vous saurai beaucoup de gré...
Le Roi dit ensuite plus nettement ce qu’il entend par ces instruments ou actes authentiques :
Dans les pays où le Père Maître François vécut, et partout ailleurs où se trouveraient des personnes ayant connaissance des choses dont il s’agit, vous ferez faire une enquête : ces personnes seront interrogées, après avoir prété serment, au
sujet de la vie, des œuvres, des mœurs dudit Père Maitre
François, et des lieux où 1l résida parmi les Infidèles, et de
tout ce qu'il y fit.
Vous m'enverrez, par trois voies, copie de ces enquêtes, collationnée par le chancelier de Ta casa de Relaçao (officra-
lité) et par PAuditeur général, par vous signée, et par eux
liée et scellée.
Le procès se fit, mais 1l ÿ a sujet de regretter que le zèle ami de Mascarenhas n’ait pu en surveiller
l'exécution : les dix feuilles qui renferment ce qui fut.
recueilli seraient, peut-être, devenues de précieux registres. La difficulté, il est vrai, était grande, vu les distances qui séparent les divers théâtres des
L …. 4 Er ne à
œuvres saintes de François. On n’interrogea guère quelques témoins que dans les villes de Goa, Cochin, Baçaim et Malaca. Puis, les témoins meilleurs étaient des marchands, des navigateurs, qui ne se fixent nulle part et qu'il eût fallu retrouver; des païens, des mahométans dont la trace fut vite perdue; c'étaient des Capitaines de forteresses, des Agents de l’autorité portugaise qui, leur fortune faite, se hâtaient de regagner l’Europe pour en jouir : « Le procès sur les vertus et miracles de François dans l’inde, dit, à ce propos, le P. Lucena, se devait surtout faire, non pas dans l’Inde, mais en Portugal. »
Une enquête meilleure fut celle que Rome demanda, quand on eut sollicité auprès d’elle la canonisauion de François de Xavier. L'enquête se fit en 1616; mais, on le comprend, il était bien tard : soixante-quatre ans s'étaient écoulés depuis la mort du Saint; on ne découvrait guère que des témoins de auditu, et si, de la bouche même des ‘témoins immédiats, la vérité ne se recueille pas sans alliage d’inexaetitudes, vu l’humaine misère, combien plus l’inexactitude se trouve-t-elle inévitablement mélée au témoignage de ceux qui commencent ainsi leurs dépositions : « Je n’ai pas connu le Père François ; mais J'ai ouï dire... » La sincérité des témoins n’est pas douteuse, mais ils se trompent, sans le vouloir, Sans le soupconner, sur bien des circonstances de temps, de lieux, de personnes, etc., et la substance même des faits a, plus d’une fois, perdu de son vrai caractère,
Ce qui résulte cependant de l’ensemble, du chorus de ces témoignages, c’est, dans l’âme du lecteur, la conviction que tels et tels des faits mentionnés sont certains, et qu'ils eurent le caractère qui leur est attribué; la conviction qu’une foule d’autres faits, s'ils n’eurent peut-être pas le caractère même que leur prêtent les témoins, furent cependant, à divers degrés, miraculeux, prodigieux, où du moins ne se produisirent qu’en vertu d’une grâce ou d’une faveur divine obtenue par lentremise, l’intercession du Saint. pe
Les PP. Torsellini et Lucena furent les premiers à bénéficier de ce que fournissaient de documents nouveaux les dix feuilles du procès de 1557, et ils n’y laissèrent rien à exploiter après eux : nous en avons eu la preuve en étudiant la copie quasi-intégrale de ces feuilles, insérée en un registre de la. Bibliothèque de l’Académie des Sciences de Lisbonne. |
Quant au procès de 1616, Bartoli y puisa le premier.
Toute la substance du procès de 1616, nous l’avons trouvée, soigneusement amassée par le P. Manoel: Barradas, dès l’année 1619. Ge précieux fonds est au registre + de la Bibliothèque de Ajuda, avec ce titre :
Relation de quelques choses notables de notre saint Père
François de Xavier, tirées des procès authentiques qu. par ;
ordre de S. 5. Paul V, se sont faits en cette ville de Coclun, dans celle de Malaca, aux forteresses de Coulam et de Manar, et aux Côtes de la Pécherie et de Travancor.
Er
Barradas poursuit :
Le procès commença, dans cette ville de Cochin, le ro juillet
1616, jour où la Bulle se publia, avec sonnerie générale des
cloches, nombreuses salves d'artillerie, feux de joie, le soir,
et un concours de peuple comme l’on en vit rarement. Tous les Religieux s’y trouvèrent. On entendit quarante témoins, neuf desquels avaient connu le Père François. Il en reste encore deux, à Goa, qui virent le corps, quand il arriva sans corruption et exhalant une odeur si suave que les sens et le cœur en étaient charmés. |
Ces procès ayant fait découvrir des choses notables, jai pensé qu'elles méritaient d’en être extraites, afin que les Pères et Frères de la Compagnie en aient bientôt connaissance, et ne les attendent pas de Rome, où tous ces procès sont expédiés et restent longtemps. Les bonnes nouvelles à donner d’un Père si cher ne se doivent pas, d’ailleurs, remettre à plus tard. J’ajoute que ceci pourra donner Péveil à quelque dévot du Saint, plus zèlé, mieux doué, et l’exciter à tailler sa plume pour améliorer les Vies du Saint déjà écrites, ou en composer une nouvelle : 1l est vrai que l’auteur devra joindre aux matériaux du procès de Cochin ceux que lui fourniront les procès faits en d’autres diocèses; mais ce que je vais noter formera une bonne partie de ces éléments nouveaux.
Cochin, 16 février 1619.
Manoel BarRrapas.
Le premier séjour de François dans l’Inde proprement dite commence au mois de mai 1542 et se termine au mois d'août 1949. Exposer ou résumer les faits merveilleux accomplis durant cetie période ne serait pas chose facile s’il y fallait rigoureusement observer l’ordre des temps et déterminer les
lieux avec une minutieuse précision : plus d’une fois, impossibilité de le faire est patente; mais cette précision n’est point ici requise.
Jamais personne n’aura le droit de révoquer en doute les nombreux miracles de guérison, qui accompagnèrent les premières prédications de François dans la région du cap de Comorin et de la Pécherie. Qu'on relise (p. 232, 1°” vol.) ce qu’en dit le Sant lui-même. François déclare à qui prête bien loreille que le travail de guérir labsorbant trop, 1l s’en décharge sur les enfants; — et, que l’on veuille ou non, on entend le Saint affirmer que les enfants œuérissent les malades, de nombreux malades, et cela, sans y employer aucun remède naturel.
Il est cependant permis, 1l est même juste de ne pas attribuer à François toute la gloire de ces prodiges. Simple instrument de Dieu, François, plus que Jésus, pouvait dire avec vérité aux malades guéris : &« Votre foi vous a sauvés »; et, de fait, il le dit si bien qu’il attribue les miracles à la seule foi .des malades et de leur entourage. |
Comment douter de la réalité du prodige, que François raconte [lui-même ([, p. 226), prodige qui détermina un mouvement général de conversion dans une bourgade et fit tomber l’opposition du roitelet de la contrée? Des événements communs ou humainement explicables ne produiront jamais de tels effets.
Il faut admettre, comme solidement appuyé sur le témoignage de Jean de Mello, le fait que Francois,
de passage à Manar, terre des martyrs du Roi de
Jafanapatam, v obtint de Dieu, par trois jours de prière, la cessation du fléau de la peste. Peu d’années après la mort de François, Manar devint possession portugaise; une forteresse y fut bâtie, et Mello, Capitan de la forteresse, apprit sans doute des habitants mêmes de Manar ce que François avait fait pour eux, ét comment la faveur céleste qu’ils durent à l’Apôtre détermina la conversion d’un grand nombre de païens : que si l'information lui vint d’ailleurs, il en put aisément vérifier lexactitude. L’attestation du Capitan vaut donc celle de tous ces convertis. Déjà mort à la date de 1616, le Capitan ne put être entendu, mais le témoin cité en son lieu
s’exprima ainsi :
J’ai oui raconter à Jean de Mello, Capitan de la forteresse de Manar, que cette région étant désolée par la peste, le Père Maître François vint, proche de là, à Pati. Les gens du pays,
presque tous païens, allèrent le trouver, au nombre de trois
mille, le suppliant de remédier à leurs maux. Le Saint pria
pour eux, durant trois Jours, au bout desquels la peste finit tout d’un coup. Cette merveille amena la conversion et Île
baptême de presque tous ces infidèles.
Ecoutors maintement quelques témoins de 1616 exposant d’autres faits :
Mon Père, qui s'appelait Francisco Fernandez, fut sacristain de Maître François. Il me racontait : « Le Saint s’'embarqua,
un jour, pour traverser un fleuve très grossi par les pluies, et moi, bien que le Saint ne me le commandât pas, je voulus le suivre; mais lui, qui d’abord ne s’en aperçut pas, me voyant ensuite sur mon bateau, me dit de rester au rivage. Je ne voulus pas, et je m’avançai toujours, à sa suite, Jusqu'au plus fort du courant; mais là, j’eus peur, et le Sant me cria : « Pourquoi n’êtes-vous pas resté au rivage ? Retournez-y. » Je répondis : « Père, j'ai peur que le courant ne m'emporte »; mais lui me disant de ne rien craindre, je laissai aller la barque, et tout à coup, sans savoir comment, Je me trouvai à la rive. »
Le nommé Tomé Paninguem, maître d'escrime, dit : € J’a connu Antonio de Miranda, qui fut serviteur du Père Maitre François et lui aidait à dire la messe. [Il me racontait qu'allant, de nuit, pour certaine affaire, à Combature, 1l fut mordu par un serpent venimeux. Aussitôt après, comme paralysé, il tomba et demeura là, sans parole. On le trouva ainsi étendu et privé de sentiment. Informé du fait, le Père Maître François ordonna qu'on lui portât Antonio, et quand 1l fut là, sans parole ni sentiment, le Père pria, avec tous les assistants. La parole finie, 11 mit, avec son doigt, un peu de salive sur le pied d’Antonio, à l'endroit mordu, et, au même instant, Antonio reprit ses sens, la mémoire, la parole, et il se trouva guéri. Depuis, j'appris les détails de ce même fait de la bouche de plusieurs témoins oculaires. »
Au procès de Manar, un témoin raconte :
Il y a trente ans, j'entendis un nommé Augustin de Payva, qui avait été serviteur de Maître François, parler ainsi : ÇA Pandacal, lugar de la Pêcherie, je dormais, et un autre enfant avec moi, dans une cabane (palhota). Un serpent très venimeux, appelé capel, mordit mon camarade, qui mourut. Je ne
m'en aperçus que le matin, en me réveillant, car, appelant mon compagnon, comme Il ne me répondait pas, j'allai à lui et je le trouvai mort. Tandis que je me lamentais, je vis le serpent qui S'enfuyait. Je courus trouver le Père et lui annoncér le malheur. Lui, souriant, me dit : « Augustin, ce n’est rien », et, allant au mort, ül le prit par la main et l’enfant se leva en pleine santé, comme sil ne lui fût rien arrivé, »
Un autre témoin de Manar :
Mon père me racontait : « Étant petit, je servais le Saint. Un jour donc qu'il soupait, un garçon, qui lui servait à manger, tomba tout à coup sur le sol, sans connaissanee et écumant. Le Père, aussitôt, se mit à genoux, leva les yeux au ciel ét pria un moment; et voilà que le garçon se leva, et il continua de servir, comme si rien n’était arrivé. J’attribuai, et d’autres aussi, la chute à la morsure d’un serpent, et le relèvement à un miracle (o levantarse a milagre). »
Ajoutons à ces faits de guérison merveilleuse quelques traits de lesprit prophétique de François, appartenant à la période de ses travaux dans l'Inde. Nous les irons du procès de 1616 :
Passant proche de Ceylan, le Père Maître François dit, en pleurant, comme si Dieu lui eût révélé ce qui s’y fait maintenant : « Oh! terre de Ceylan, terre de Ceylan, que de sang chrétien tu coûteras. » Il annonçait, je pense, non pas tant le sang répandu, au siège de Columbo, du vivant du Raja de Ceylan, que celui qui a coulé depuis sa mort, au temps de la conquête, c’est-à-dire l’espace de vingt-quatre ans environ, et
celui qui se répand encore.
Le Père Fray Lucas, religieux de saint François, homme de vertu reconnue, qui est mort pour la Foi, à Kandy, dans
l’île de Ceylan, me raconta, plus d’une fois, ce qui suit ::
« J'étais tout petit quand le Père Maïtre François vint à Cochin, et comme les Pères de la Compagnie de Jésus ny avaient pas encore de maison, Maître François venait loger chez mes parents. Or, un jour, que mon père sé plaignait beaucoup à Maître François de ma conduite, et disait, moi présent : « Lucas est bien polisson ({ravesso)! » Maître Francois, éclairé de Dieu, ce semble, répondit : « Laissez faire ce petit : un jour viendra où 1} sera religieux de saint François
et le Père de ses frères. » Ce qui arriva.
Au procès de Cochin, une Portugaise, native d’'Evora, âgée de cent ans, raconte :
J'habitais la forteresse de Cananor, lorsque mon mani amena chez nous le Père Maître François, que l’on appelait le S'aint Père. En entrant, il aperçut un mien fils, âgé de sept ans, appelé Gregorio, et il dit : « Ce petit, devenu homme, sera un grand serviteur de Dieu. » Ainsi, 1] arriva, car, ayant
employé sa jeunesse au service du Roi de Portugal, il passa,
devenu homme, au service du Roi des cieux, sous la bannière du Patriarche saint François, et il fut, toute sa vie, un rare exemple de vertu, tenu pour tel entre ses frères et parmi les
séculiers.
La fille de la centenaire, âgée de soixante-dix ans, affirme les mêmes choses et ajoute :
En parlant de Gregorio, le Père Maître François avait la
main posée sur la tête de l'enfant. Je puis Passurer. car. étant. Ï ; sl
toute petite, J'étais là, appuyée au bras du fauteuil (chaise à bras) sur lequel le Père Maître François était assis.
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Un autre raconte :
Au temps où mon père et ma mère vivaient à Punicale, le Père Maître François recevait quelquefois lhospitalité chez eux. Ils avaient trois filles, mais aucun garçon, ce qui attristait beaucoup ma mère. Elle et mon père, comptant obtenir un fils par l’intercession du Saint, le prièrent de demander à Dieu pour eux cette grâce. Maître François, avec assurance, répondit : « Vous aurez un fils. » Mon père reprit : « Comme gage de votre promesse, donnez-nous, par écrit, quelques paroles du sant Évangile. » C’est, en effet, l’usage des chrétiens de ce pays de demander aux prêtres de pareils écrits ; de sorte que les prêtres s’en munissent d'avance quand ils vont par les maisons.
Le Père Maître François écrivit le billet, et il y nota que mes parents auralent un fils. Je naquis, et mes parents, désirant avoir d’autres fils, écrivirent sur le billet, à la place du mot un, le mot {rots. Dieu, én effet, leur donna deux autres fils. Cet écrit demeura longtemps entre les papiers de mon père, qui me disait souvent : « Fils, ne perdez jamais ce billet, que me donna le sant Père François : ce fût quand nous l’eûmes reçu de sa main que vous vintes au monde, vous et vos frères, parce que nous l’avions prié de nous ob-
tenir cette grâce. »
Avant de passer de l’Inde à Malaca, François s’arrêla quelques mois à Meliapour ou San-Thomé; là, il rencontra Juan de Eyro, qui parle ainsi, au procès
de 1997 :
Le Père Maître François disait et faisait beaucoup de choses (muitas cousas) qui paraissaient inspirées par le Saint-Esprit. Ainsi furent celles qui m'arrivèrent à San-Thomé, où j'allai
le trouver par son ordre. Étant très occupé, 11 m'avait dit : « Je ne vous confesserai qu'à San-Thomé. » Il voulait surtout, je pense, éprouver ma constance au sujet d’une supplique que je lui avais adressée.
En arrivant à San-Thomé, j'allai où il logeait, et je le trouvai lisant un livre. Dès qu’il m’eut aperçu, il me fit asseoir, et quand je fus assis, je lui dis : « Père, je vous priai, à Ceylan, de me confesser, et vous me dites que vous deviez venir ici, et que vous m'y confesseriez. » Alors, je lui rendis compte de mes affaires : je lui dis qui j'étais, le temps qu'il y avait que j'allais par les diverses contrées de lPInde, le désir qui, depuis longtemps, m'était venu de servir Dieu, et comment, manquant des moyens nécessaires, pauvre, sans maître que je pusse suivre dans cette vole, j'avais laissé d'exécuter mon dessein ; Mais que, maintenant, ayant trouvé quelqu'un avec qui, je pusse vivre, et Sa Révérence étant l’homme qui pouvait remédier à mes maux et sans lequel je ne saurais arriver au salut, je le priais de me prendre avec lui, où qu'il allât.
Sur quoi, le Père, avec beaucoup d’excuses, ne voulut pas me contenter. Je le priai alors d'approuver ma résolution de laisser tous mes biens et de les donner aux pauvres. L’entretien se poursuivit longtemps et il me dit enfin que je devais, avant tout, me confesser. J’allai donc, Pespace de trois jours, me confessant, et traitant avec Maître François de grosses questions, à propos de négoces ; et enfin, par la grâce du Saint-Esprit, qui parlait par sa bouche, je me vainquis de telle sorte que, de là en avant, j’obéis à ses ordres.
Ce ne fut pas moi seulement, mais beaucoup d’autres, que Maître François fit sortir de la gueule du Diable. Je notera, comme exemple, un homme de condition distinguée, appelé. Jean Barbudo, qui, au dire de plusieurs, n’avait pas reçu le très saint Sacrement depuis quinze ans. Ensemble, l’espace de quatorze ou quinze Jours, Barbudo et Maître François confé-