‹ Saint François de Xavier (volume 2)Chapitre 115 sur 144 · US AR · texte numérisé non relu

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Xavier et son fils, le Capitan Valentin de Jassu, et Miguel de Espeleta, seigneur de Veyre.

L'année de la mort de Juan de Azpilcueta, 1556, vit le mariage trop romanesque de Maria de Olloqui et du notaire Lançarot de Huart,.

1997, 6 avril, au palacio de Xavier, mariage de Ana de Xavier, nièce du Saint, avec le vicomte de Zolina, Geronymo de Garro. Peu de jours après, le 30 avril, Miguel, frère de Ana, unique et dernier héritier des Xavier, mourait à Zolina. Désormais, une fiction plutôt qu’une réalité jusüfiera ou expliquera le maintüen, au palacio, des noms de Jassu, Xavier, Azpilcueta, à moins qu’on ne s’y montre fort jaloux de garder l’héritage des vertus que ces noms rappellent. |

1561, 10 juillet. — Testament de Juan de Olloqui, l'héritier du palacio : Il institue « héritier ou hériüère l’enfant dont Maria de Ucar, sa femme, est enceinte. » Il substitue ses deux sœurs Juana et Maria, et donne aux deux tantes, Ana et Elena, l’administration du palacio. Un second mariage de Maria de Ucar, l'administration des tantes, les revendications des sœurs amenèrent bien des divisions et des

procès.

Au palacio de Xavier, le 25 octobre de cette même année 1961, la mort d’Isabel de Goûi, veuve de Miguel, belle-sœur de François de Xavier.

1562, 10 novembre. — Long testament du Capitan Valentin de Jassu, seigneur des palacios de Yza et Saguës. [Il institue héritier « le licencié Valentun « Sanz de Jassu, son neveu, fils du Docteur Martin « Sanz, dit Bascolet, et de Isabel de Jassu : l’héri- « er devra porter le renombre et les armes de Jassu, « sans en porter d’autres. Si cet héritier meurt sans « descendance mâle, la fille aînée succèdera au ma- € jorat, mais à condition qu’elle épousera Francisco « de Jassu, fils du Capitan Juan de Azpilcueta et de « Lucia Aguirre. » |

Peu de jours après, le Capitan Valentin mourait, riche et honoré ; mais il fallut le tromper pour qu'il mourût content. Depuis quatre ans, Juan de Esparça ” et Maria de Jassu travaillaient à saper par la base Pédifice que Valentin élevait depuis quarante ans. Fonder un majorat des Jassu de Pampelune, digne pendant du majorat des Jassu de Xavier, restauration parfaite de celui que fonda Guillerma de Atondo, c'était le rêve du Capitan. Or, tandis que lassé, épuisé par les agitations et les sollicitudes du procès, le Capitan s’étendait sur un lit, qui allait être son lit de mort, les alcaldes de la Corte mayor préparaient une sentence, qui devait reconnaître fille légitime celle que, dans son testament, Valentin appelait « fille bâtarde de mon frère Juan. » Le Capitan mourut, en luttant pour conjurer cette ruine de sa maison. Ecoutons le notaire Pedro de Abayz :

Bien des fois, traitant avec moi de son procès, le Capitan me disait : « Maria de Jassu n’a aucun droit! » A titre d’ami

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et de serviteur, je lui répondais : « Dieu vous a donné tant de biens, et vous n’avez pas d’enfants. Croyez-moi : examinez si quelque chose ne serait pas dû, et déchargez-en votre conscience ! » À quoi lui répliqua toujours : « Je ne vois pas que je doive rien à personne, et encore moins dois-je à Maria . de Jassu ce qu’elle demande! » Les inquiétudes du procès

déterminèrent sa dernière et courte maladie. Alité, il ne ces-

sait de me redire : « Poussez l'affaire, et que nous ayons sentence définitive ! » Un jour, le voyant ainsi tourmenté, je lui dis : « L'affaire est jugée et en votre faveur. » C’était peu de jours avant la mort; l'affaire cependant ne fut jugée qu’après, et non pas selon ses désirs.

Un autre témoin, Juan de Erro, raconte :

Trois jours avant la mort, un matin, vers les huit heures, on crut que le moment suprême était venu; j’arrivai et, avec

moi, le Prieur du couvent des Prêcheurs, le licencié de Atondo,

Pedro de Abayz et d’autres. Le malade gémissait, sans dire les motifs de ses gémissements. Alors, le licencié de Atondo et Pedro de Abayz s’approchèrent et lui dirent : « Señor Valentin, mettez-vous avec Dieu, demeurez avec Dieu, et ne vous inquiétez pas d’affaires de ce monde : ce que Votre Merced désire est, d’ailleurs, déjà fait et bien fait, et au gré de Votre. Merced. » À ces mots, le mourant témoigna vive satisfaction et dit : « Est-ce foi de hijodalgo? » Et en parlant ainsi, le Capitan tendit la main au licencié : celui-ci prit la main et redit : « Cest vrai! » A quoi le malade répliqua : « Gractas sean dadas a Dios! »

On le voit : le Capitan Valentin s'était fort agité,

jusqu’à sa soixante-dix-huitième année, sans attein-

dre à rien de bien grand. Une tromperie, une illusion

put seule, au dernier instant, lui épargner, en ce monde, la désolation de le bien constater lui-même. Heureux François, le cousin germain du Capitan, d’avoir, à l’appel d’Ignace, fait fi de tous les majorats! Sans entourage d'amis, sur le roc de Sancian, il mourut tranquille : il avait, à quarante-six ans, conquis un majJorat éternel; sans préjudice du majorat de Xavier, du majorat de Saguës, du mayjorat de Saint-Jean-Pied-de-Port, et de tous les majorats qui, jusqu’à la fin des siècles, viendront s’enchaîner à ceux-là : leurs maîtres seront fort jaloux de les faire reconnaître et déclarer maJorats de saint François de Xavier, et, ne le fissent-ils pas, le ciel et la terre le feront pour eux.

Au chevet du Capitan mourant, le licencié de Atondo criait : Señor Valentin, pongase bien con Dios, y no tenga cuenta de lo de aca! C'était un écho parfait de la parole d’Iñigo de Loyola à l’étudiant Francisco de Jassu : « Que sert à l’homme de gagner l’univers, s’il perd son âme?» A vingttrois ans, l’étudiant prêta l’oreille; à vingt-cinq, il

comprit. Le Capitan Valentin entendit, lui aussi,

avant d’être vieillard : le départ de François, en 1541; la mort de l’apôtre, en 1552, criaient plus fort à son oreille, que les voix unies du licencié de Atondo et du notaire Pedro de Abayz : Señor Valentin, etc. » A soixante-dix-huit ans, le capitan n’avait pas encore bien compris. Sans doute, il comprit assez pour aller, après explation, rejoindre au ciel François; mais, rapprochés sur la terre par le sang, les deux cousins

germains auront, au ciel, des gloires bien différentes; #17 A E

et déjà, sur la terre même, quelle distance entre ces

deux Jassu, Valentin et François!

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La Corte mayor avait donc reconnu Maria de Jassu, fille de Maria Periz de Herice, assez légitime, pour lui attribuer une bonne part des biens de Juan de Jassu son père, et, le 2 janvier 1570, «les très magnifiques Juan de Esparça et Maria de Jassu » marièrent leur fils Pedro avec Catalina de Azedo, de qui les parents sont aussi qualifiés de «très magnifiques. »

Les succès de Maria enhardirent Floreta. Son histoire, depuis 1542, peut se résumer ainsi : Maltraitée dans la maison de Juan de Esparça, elle se mit successivement au service de plusieurs familles honorables, et, vers l’an 1563, elle épousa un tourneur, Juan de Medina, déjà veuf : Floreta, en ce temps, était au service d’un artillero, à Pampelune. En 1565, Juan de Medina et Floreta eurent un fils, Carlos, qui s’appela Carlos de Jassu, et puis une fille, Maria.

Ce fut au mois de février 1571 que Floreta entreprit de prouver, en Corte mayor, qu’à elle seule, fille légitime de Juan de Jassu, revenaient les biens attribués, par surprise, à Maria de Jassu et à son mari Juan de Esparça. La mort de Juan de Medina, en

1572, arrêta le procès : Carlos, un jour, le reprendra,

L'année 1570 fut année de deuil au palacio de Xavier : Geronymo de Garro y laissa veuve Ana de Xavier, avec six enfants : Léon, Miguel, Carlos, Leonor, Catalina et Madalena. Cinq ans après, ils étaient orphelins : l’admirable testament de Ana la révèle digne nièce d’un Saint : 1l est quasi tout entier de sa main. En voici une page :

Jesus, Maria... Moi, Doña Ana de Xavier y Jassu, veuve de mi S'eñor D. Geronymo de Garro (que Dieu Pait en son royaume, avec tous ceux que j'ai là-haut), considérant que les choses de ce monde sont si transitoires, j’ai voulu ‘faire ce mien testament, suppliant, avant toutes choses, la Majesté divine qu’il lui plaise, quelque grande pécheresse que je SOIS, m'éclairer des lumières de lEsprit-Saint, vu que, sans son aide et faveur, il ne se peut rien faire de bon.

Me confiant en la miséricorde de Dieu, je le supplie très humblement d’avoir pitié de mon âme et de l’appeler à jouir, sans fin, du bien pour lequel elle fut créée, savoir est, sa divine présence; et Je prie lé glorieux saint Michel, le glorieux saint Jérôme, mt S'eñora et patronne sainte Anne, avec tous les Saints et Saintes, de me vouloir être, à cette fin, bons avocats; de sorte que mes péchés, si nombreux depuis Pâge de raison jusqu’à l'heure présente, me soient pardonnés.…

Je veux que mon corps soit enseveli dans l’église paroissiale de Sainte-Marie de Xavier; et si meurs au palacio même de Xavier, je veux que mon corps soit d’abord déposé dans la chapelle de Saint-Michel, qui est à l’intérieur du palacio, | et que l’on y dise une messe des Anges chantée, avec diacre et sous-diacre. Ensuite, mon corps sera porté à l’église paroissiale, où l’on célébrera le plus possible de messes basses, avec la messe chantée de Requiem : après quoi, mon corps sera enterré là où sont mts señores y padres. J’ordonne cela, parce

Le.

LA PARENTÉ DE FRANCOIS (1552-1622). 457 que le zèle du meilleur service de Dieu m’y détermine : je ne saurais, en effel, mieux qu'en ordonnant d'y déposer mon corps, obliger mon héritier à faire soigneusement garder, dans Péglise Santa Maria de Xavier, les fondations anciennes et à faire le cas qu'il doit de la noble Casa, sans préjudice de ce qu'il doit à l’église et au palacio de Zolina…

Doña Ana de Xabier y Jassu.

Ma volonté est que l’on m’enterre avec lhabit du glorieux Père saint François, les reins ceints du cordon dudit saint François, et à mes épaules le scapulaire de la Conception de

Notre-Dame.

Doña Ana de Xabier y Jassu.

La pieuse testatrice poursuit longuement, et sa signature revient à chaque article nouveau. Elle n'oublie aucun des serviteurs et servantes des deux palacios ; elle ajoute aux fondations de Santa Maria de Xavier; elle se souvient de l’église des Dominicains de Pampelune, de la chapelle de saint Pierre, martyr, d’Azpilcuela, etc.

La première page est pour recommander ses enfants à l’arcediano de la Tabla, don Léon de Gonûi, son frère, et pour recommander à ses enfants d’honorer ce second père, qui veille sur eux depuis la mort de Geronymo de Garro.

Les fils et les filles de Ana apprirent d’elle à vénérer la mémoire de l’Apôtre des Indes : les preuves en sont bien éclatantes. Du second fils de Ana, Miguel, le P. de la Peña raconte :

Don Miguel de Garro y Xavier, frère du vicomte don Leon,

et oncle du seigneur actuel de Xavier, entrainé par les mauvais exemples que l’on rencontre dans une vie de soldat, s’égarait et donnait, à son tour, scandale à d’autres. Blessé mortellement dans un combat, il invoqua. son saint parent, François de Xavier, le suppliant de lui obtenir pardon de ses péchés. Le Saint lui apparut, l’encouragea, et les sentiments admirables de contrition que manifesta, en ce moment, le mourant, la confiance humble et ferme qu'il témoigna, jusqu’au dernier soupir, avoir en la miséricorde de Dieu, ne permirent pas de douter que le Saint ne se fût, comme il laffirmait, montré à lui.

Du fils aîné de Léon, l'héritier de Ana, le même chroniqueur raconte, en 1620 :

Il y a dix à douze ans, le frère aîné du vicomte actuel de Zolina, seigneur de Xavier, reçut une grâce insigne, à Xavier, dans la chambre (en el aposento) où le Saint naquit. Près de mourir, 1l vit le Bienheureux François, qui l’appelait et Pinvitait à le suivre. Telle fut la joie du mourant, qu'il se mit à crier : Ç Ya voy, tio! Ya voy! Espere-mel — À Pinstant, mon oncle, à linstant ; je viens, attendez-moi! » En disant ces mots, 1l expira. C’était un jeune homme très vertueux et de grande espérance, à peine âgé de vingt ans.

La Maison a eu, depuis, d’autres caballeros de grande vertu et elle a donné à l’Église des religieux’. Il y a, aujourd’hui, dans l'Ordre de Saint-Dominique, un frère du vicomte actuel de Zolina, et, vers 1615, mourut au collège royal de Salamanca un Jeune Frère Xavier, de la Compagnie de Jésus, dont le mérite faisait concevoir de grandes espérances. Il était singu-

1. Deux filles de Léon, l'héritier de Anna, Maria et Madalena de Garro y Xavier, étaient, en 1617, religieuses professes, au monastère de Sainte- Marie de Erze.

lièrement adonné à l’oraison, mortifié, obéissant, et le zèle des âmes lui avait inspiré la résolution d’aller aux Indes continuer les travaux de ses deux oncles, François et Geronymo de Xavier. Dieu se contenta de ses fervents désirs et lui en donna promptement la récompense.

En 1581, Catalina, fille cadette de Ana, en communiquant aux Ayanz le sang des Jassu, leur apprenait, comme nous l’avons montré ailleurs, à honorer, autant qu'on le pouvait faire, la mémoire de François de Xavier . Leonor, fille aînée de Ana, mariée, la même année 1981, à Diego de Mur, allait semer à

Tarrazona la dévotion à l’Apôtre des Indes. Douze

ans avant qu'on le béaufiâät, Léonor écrira dans son testament :

Mon corps sera enseveli au collège de la Compagnie de Jésus de la présente cité de Tarrazona, là où 1l plaira au Père Recteur dudit collège. J’institue ledit collège mon héritier universel, afin que les Pères y fassent construire une chapelle où mon corps sera, plus tard, transféré. Dans cette chapelle, on placera simplement un Christ, en attendant que le Père François de Xavier soit béatifié : après quoi, la chapelle lui

sera dédiée.

En 1582, le 17 novembre, le neveu de François de Xavier, le fils du capitaine Juan, Francisco, épousa, à Pampelune, Ana de Jassu, fille de l'héritier du

Capitan Valentin : Ana eut une dot de 3,500 ducats.

Lucia de Aguirre vivait encore. De ce mariage devait

1. Voir S, François de Xavier (Documents nouveaux), 1894, pp. 367, 460 et suiv.

naître, le 20 mai 1584, une fille, qui fut appelée Geronyma, et à laquelle s'arrête la descendance du Capitan de Azpilcueta. Le père de Ana, Valentin Sanz de Jassu, avait eu, d’un second mariage, un fils, que l’on appela aussi Valentin. Toute la parenté s’eftorça, en 1983, d’obliger, par voie de justice, son père à Penvoyer se former à la cour de Castille. Le licencié Valentin, plus sage que cette foule de parents vaniteux, répondit : | 1

Comme père, je me suis toujours occupé et je m'occupe de mon fils : à mes soins se sont ajoutés ceux de personnes instruites et expérimentées que j'ai choisies. Il sait fort bien écrire et compter. Son éducation est celle d’un fils de bonne maison. Il est maintenant auprès de moi, et comme mes üifirmités ne me permettent pas d’administrer mes biens, je lui enseigne cette science de l’administration d’une hactenda, qui lui servira plus que d’aller à la cour de Castille. On sait assez ce que gagnent d'aller à la cour les pauvres jeunes hommes que lon y envoie : plusieurs sont là sous nos yenx qui nous l’apprendraient, au besoin... On aurait donc pu se dispenser de fomenter un démêlé entre fils et père, et d’exciter un fils à s’écarter de la volonté de son père et à lui tirer des mains son bien avant le temps...

La cour donna raison au licencié Valentin. Peu après, le 27 avril 1585, le licencié fait son lestament; il est, de tout point, digne d’un Jassu. En voici quelques lignes : ;

Moi, Valentin Sanz de Jassu, de qui sont les palacios de Yça, Saguës, Gaçolaz et Sangariz, étant en bonne santé, mais considérant que Notre-Seigneur, dans son saint Evangile, nous avertit d'être prêts (préparation, il est vrai, plus étendue

NPAVESS

que celle qui à présent m'occupe); ayant la volonté d’être prêt, du moins en quelque chose, avec espérance que, pour le reste, la grâce de Notre-Seigneur, selon ses accoutumées miséricordes, suppléera à ce qui me manque, je fais mon testament. Je supplie la glorieuse et bienheureuse Vierge Marie, Mère de Dieu et ma souveraine Señora, de m'’obtenir cette faveur, et j'attends d’Elle la grâce d’achever ma vie au service de son très doux Fils.

Dès que j'entrerai en agonie, on appellera deux prêtres ou

religieux, afin qu'ils soient près de moi, m’exhortant à bien

mourir et acheminant mon âme à la voie du salut. Si, à cette dernière heure, il survenait à mon âme quelques vacillations, je proteste, dès maintenant, que je veux mourir en la sainte Église catholique, croyant, comme fermement je les crois, les quatorze articles de la Foi, et tout ce que la sainte Église romaine croit et enseigne.

Que mon corps soit enseveli au monastère de Santiago, en la chapelle du Señor saint Pierre, martyr.

Suivent de belles fondations : le dîner du Jeudi- Saint, et une aumône après, à quatorze pauvres, dans sa maison. Le même jour, quatorze beaux cierges autour du Très Saint-Sacrement, chez les Carmes. Une rente fondée pour marier, tous les ans, deux pauvres filles de la parenté des Jassu; une autre rente pour un prêtre chargé d’assister, durant leur agonie, jusqu’au dernier soupir, les pauvres de lhôpital, etc.

Il veut que le nom de Jassu soit gardé par sa des-

cendance ; que l’on rachète la maison des Jassu de Saint-Jean-Pied-de-Port, «vendue bien à contrecœur », elc.

Heritier, Valenun, son fils unique; à son défaut, Ana, sa fille aînée, femme de Francisco de Azpilcueta; à défaut de Ana, la survivante de ses deux autres filles, Geronyma et Graciosa. Exécuteur testamentaire, Francisco, fils du Capitan Juan. |

Le licencié vécut encore jusqu’au mois de février 1987. |

Les saintes fondations du licencié Valentin: honoraient la mémoire des Jassu de Pampelune, et en Navarre et en Béarn, longtemps après que leur nom y eut disparu, et, si de nouvelles ombres n'étaient venues lPobscurcir, on aurait peut-être oublié les premières.

ITL.

Il y avait à Pampelune, en 1590, deux représentants de la race de Pedro le Justicia : Carlos, le fils de Floreta, et Valentin, le fils du licencié.

Ce fut alors que Carlos, âgé de vingt-cinq ans, se présenta devant la Corte mayor comme fils de Kloreta, « fille légitime de Juan de Jassu, héritier universel de Pedro de Jassu le Justicia », et réclama, à ce Utre, tous les biens que Arnalt Periz de Jassu et Guillerma de Atondo attribuërent à leur second fils. Entre ces biens, il en est que le seigneur de Xavier, Léon de Garro, détient indûment : Carlos les revendique. Léon de Garro doit comparaître, et, pour établir ses droits, 1l produit le document sauveur, le procès de noblesse de François de Xavier, où la des-

cendance des Jassu est bien éclairée, jusqu’à Miguel de Xavier, aïeul maternel de Léon.

Le procès allait peut-être se poursuivre durant des années, quand tout à coup on apprit que Carlos de Medina, qui ne signait que du nom de sa mère, Carlos de Jassu, était en prison. L'argent lui avait manqué pour tenir en haleine les procureurs et avocats de la Corte; il avait eu la malheureuse inspiraton de se faire faux-monnayeur. Maria, sœur de Carlos, mariée à un soldat, s’empressa de vendre aux Jassu quelques débris de Saguës et Gazolaz, achetés précédemment à la descendance de Maria Per1iz de Herice, et elle disparut. Que faire, à Pampelune, où le premier venu, interrogé au sujet de Carlos, s’'empressait de répondre : « Tout le monde

sait que Carlos est mort par les mains de la jus-

tüce! »

A l’heure même où la justice humaine, instrument (on peut le croire) de la miséricorde de Dieu, arrétait Carlos de Jassu dans son chemin de perdition, le ciel et la terre unis préparaient la canonisation de François. Ni Juan de Jassu, le Docteur, et Maria de Azpileueta n’avaient espéré un si merveilleux aboutissement de leur sainte union et de leur saint labeur de parents chréuüens; ni Juan de Jassu, le fils du Justicia, et Maria Periz de Herice appréhendé lhorrible terme de leur union suspecte, et de la vie qui vint après. Le châtiment de Carlos atteignait lourdement le Juan de Jassu de Catestins. Carlos, frappé dans ce monde plus, ce semble, qu’il n’était dû à la

gravité de sa faute, rencontra par delà une miséricorde dont François de Xavier, son cousin, lui avait sans doute concilié les pardons. Le pire eût été que le petit-fils, après l’aïeul, n’eût pas eu le châtiment dès ce monde. Le châtiment les atteignit tous deux : là est l’espérance fondée de leur salut.

Dieu parut ajouter la dérision aux autres sévérités passagères de sa justice : le notaire qui écrivit, à Puente la Reyna, les dépositions accusatrices et les réponses de l’accusé Carlos de Jassu, d’où la Corte mayor üra sa sentence, ce notaire signa : Pedro de Herice; et quand il eut fini d’instrumenter, on üra, pour lui, de la bourse de Carlos, quatre réaux choisis entre les bons. Pedro de Herice est le dernier mot écrit du dossier.

Le 19 décembre 1592, Valentin Sanz de Jassu épouse Margarita de Elio. Valentin, âgé de vingttrois ans, est assisté par Francisco de Azpileueta, le neveu du Saint; Margarita, par Martin Cruzat, le neveu et héritier du saint ermite de Or1z, Fray Martin Cruzat.

Leur bonheur terrestre ne fut pas long : à peine Dieu leur avait donné un fils, Pedro, que le père mourut, en 1599. Dans son testament, il enrichit la fondation pour les pauvres du Jeudi Sant, et, fier de son nom de Jassu, il exige que ses héritiers n’en aient point d'autre; son fils devra donc signer : Pedro de Jassu.

En 1598, Margarita de Elio n’avait pas encore trente ans ; Pedro était dans sa cinquième année. Ce

fut alors qu’une parenté, que la vanité aveuglait, arracha l’enfant des mains de sa mère pour lui donner une éducation de gentilhomme. Le monde n’était plus rien pour Margarita; elle entra au Carmel de Pampelune, où elle voulut être appelée Margueritedes-Plaies (Margarita de las Llagas).

Au dehors, toute la noble alliance des Jassu travaillait à reconquérir à la Maison du Justicia un relief de grandeur mondaine qui, par la faute de certains de ses membres, semblait, sinon perdu à Jamais, du moins fort compromis. Dieu ne bénira pas ces efforts, et ils n’aboutront qu’à la ruine complète des Jassu de Pampelune, en la personne même de Pedro : tout périra, même l’honneur.

En 1610, Pedro n’avait que seize ans : on se ligue pour lui faire attribuer un siège aux Cortès, honneur que ne possédèrent jamais ni le Capitan Valentin, ni le Justicia Pedro et auquel n1 l’un n1 l’autre ne prétendirent. On invoquera, pour aboutir, le nom même de François de Xavier; on dira : &« Pedro est appa- « renté à la casa de Xavier; or, les grandes choses

« que le P. François de Xavier a accomplies, pour le

« service de Dieu et de son Eglise, sont de notoriété € publique ; et, ce faisant, il a étendu le señorio du « roi notre seigneur'. On lui doit la conversion des « Indes, et «a été là une œuvre de grande impor- « tance pour favoriser l’extension des royaumes de

1. Depuis 1580, le Portugal était sous la domination de l'Espagne :

Le roi, notre seigneur, est ici Philippe IT d’Espagne.

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« Sa Majesté, etc. » De Pedro on dit, de plus, qu'il est «agile, robuste; qu’il a de l'aptitude pour les exercices de cavalier et d'homme de guerre, et qu'il a fait belle figure en diverses fêtes publiques. » Le souvenir du Docteur de Jassu ne pouvant, ici, que nuire, personne ne nomme le père de François de Xavier, qui non seulement siégea aux Cortès, mais en fut comme le président-né pendant plus de trente ans.

La demande fut rejetée : on la reproduira, dix à : douze ans plus tard, pour détourner les regards du public, non plus de Floreta de Jassu et de, Carlos de Jassu, mais des misères de Pedro lui-même...

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On trouvera ailleurs la trame de cet autre roman, plus fâcheux encore que celui de Juan de Jassu et de Maria Periz de Herice : la responsabilité en retombe sur ceux qui, d'autorité, écartérent de l’enfance, de la jeunesse de Pedro, la tutelle de sa mère. ;

La mort surprit le malheureux jeune homme, en 1637, au fort d’un procès scandaleux : Margarita de Elio était alors au ciel, depuis près de dix ans. Pedro ne fut pas innocent, mais 1l y eut de plus grands coupables, et lui, victime d’un guet-apens, il expia

sa faute. Près de mourir, 1l dicte :

La gravité de ma maladie ne me permettant pas de faire mon testament, je donne pouvoir à la Mère Catalina de Cristo, Prieure du couvent des Carmélites déchaussées, ma tante, et aux autres religieuses du même couvent, en qui j'ai toute confiance, de dresser mon testament à leur gré. Si la Corte mayor ordonnait que je reconnusse pour mon fils Pedro, fils

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