Ajuda, Te fol
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François n’oublia pas de remercier Pedro de Sylva, le généreux Capitan de Malaca, le digne fils de Vasco da Gama, à qui revenait, pour une belle part,
le mérite de l’œuvre accomplie :
- Señor, grâces à toute l’aide et faveur que Votre Merced nous a donnée; abondamment pourvus du nécessaire ; riches de présents pour ces seigneurs; voyageant sur un si bon vaisseau, et tout cela de vos largesses, nous arrivämes, en paix et bonne santé, au Japon, le jour de Notre-Dame d’août. Ce fut au pays même de Paul de Sainte-Foi et dans son heu natal. Le Capitan, YAlcayde et tout le peuple nous y TUMPECU avec beaucoup d'amour.
Paul, notre bon compagnon, se mit si vite à loves il sut si bien prècher, de nuit et de Jour, tous les siens, qu’il a converti sa mère et sa femme, ses parents et parentes, et des connaissances en grand nombre : tous ceux-là sont déjà chrétiens.
Le pays est tel qu’on le peut désirer pour y voir un grand bien se faire aux âmes. Se faire chrétien n’a, jusqu’à présent, paru étrange à personne. Ce sont gens fort raisonnables. Sans doute, pour ignorer la vérité, ils s’égarent de bien des manières; mais la raison, chez eux, garde ses droits; ce qui } n ’arriverait pas si la malice y régnait.
Faute de mousson, nous n’allons pas à Meaco, où sont le roi et les principaux seigneurs. D'ici à cinq mois, ce sera notre mousson, et nous ferons le voyage, avec l’aide de Dieu et le service des vents. On nous dit tant de ones de Meaco que j'attends, pour les croire vraies, de les avoir vues. La ville compterait 96,000 maisons. Deux Portugais, un desquels est encore au Japon, l’ont vue; ils n'ont dit qu’elle est plus : grande que Lisbonne. Les maisons sont toutes de bois; elles
ont, comme les nôtres, plusieurs étages.
L'année prochaine, après expérience personnelle, j’écrirai à Votre Merced. J'espère de Jésus-Christ qu'une grande partie du Japon se fera chrétienne, car c’est un peuple raisonnable (gente de razon). Ces fruits seront dus à Votre Merced': sa prévoyance, ses lettres, son vaisseau, ses riches présents destinés au roi auront tout fait. Ce que votre père, le se2or Comte Amiral, commença, vous l’achèverez et le couronnerez : j’attends cela de Notre-Seigneur; mais vous aurez, devant Dieu, un lot plus riche de mérite, car PAmiral r’avança dans l'Inde que des intérêts temporels.
Tout cela, je lécris à Votre Merced, afin qu’elle voie mieux et reconnaisse la grande grâce que Dieu lui a faite. L’intention de Votre Merced a été purement de procurer l'accroissement de notre sante Foi; mais, pour avoir mené ce dessein à bon terme, vous assurerez au Roi d’autres profits considérables. À deux journées par terre de Meaco est Sacay, port principal du Japon. Il se fera là, s’il plaît à Dieu, une factorerie de grand profit temporel : de tous les ports du Japon, Sacay est, en effet, le plus riche, celui où arrivent en plus grande abondance l'argent et l’or du royaume. Je ferai mon possible auprès du roi de Japon pour qu'il envoie dans lPinde un ambassadeur, qui v voie la magnificence portugaise et observe quelles des
productions où marchandises de ces pays manquent au Japon.
À cette occasion se traiterait, entre le Gouverneur de l'Inde et le roi de Japon, la question de la factorerie.
J'ai grande espérance qu'avant deux ans j'annoncerai à Votre Merced que nous avons à Meaco une église de Notre- Dame; nous lv bâtirons, afin que ceux qui viendront au Japon se recommandent, dans les tempêtes, à Notre-Dame de Meaco.
Si Votre Merced avait en moi la confiance de m’établir son facteur au Japon, pour ce qu’elle y expédierait, je lui garans
tirais, moi, plus de cent pour un de bénéfice, Il suffirait, pour
cera, de donner le tout aux Japonais pauvres qui se feront
chrétiens. Voilà une opération de commerce que jamais encore capitaine de Malaca n’a entreprise. Le profit est cependant assuré ; 1l n’y a pas de risques à courir, puisque Jésus-Christ
lui-même, la chose est certaine, tient plus de cent en réserve,
dans l’autre vie, pour qui, dans celle-ci, lui aura donné un. J'ai peur de n’être pas agréé; un si gros intérêt ne plaira pas, ce
me semble, à Votre Merced. Là est le mal des Capitamnes de :
Malaca : ils ne tiennent pas à être si riches.
Le Larron (pirate) est mort ici, à Cangoxima : il nous a été bon, tout le voyage, et nous n'avons pu être bons pour lui, car il est mort dans son infidélité. Nous ne pouvons davan-
tage lui être bons depuis sa mort, puisque son âme est dans
l'enfer.
Beaucoup de Japonais viennent à Malaca ; c’est Le fruit des bonnes nouvelles que Paul a semées ici sur les nombreuses vertus des Portugais. Je prie fort Votre Merced de les accueillir honorablement. Vous devez cela à Dieu ; vous le devez aussi à votre hidalquia; tâchez qu'ils soient reçus dans les maisons de riches Portugais, où rien ne manque de ce qui fait l'hospitalité honorable, afin que ces Japonais nous reviennent disant des Portugais autant de bien que Paul en a pu dire.
Domingo Diaz, porteur de la présente, est fort mon ami, et
moi le sien, pour la très bonne compagnie qu'il nous à faite
durant le voyage. Je serai très obligé à Votre Merced si elle
m'aide à lui payer ma grosse dette.
Plaise à Notre-Seigneur prolonger, bien des années encore, la vie de Votre Merced, et, selon ses désirs et les désirs dela Señora, votre femme, vous ramener en Portugal.
De Cangoxima, 5 novembre 1549.
Son vrai serviteur et ami de cœur (d'alma), FRANCISCO ”.