‹ Saint François de Xavier (volume 2)Chapitre 31 sur 144 · Ajuda, + fol · texte numérisé non relu

Ajuda, + fol

une des lettres. Si donc il ne vient pas, cette année, des Pères de Portugal, et qu'il s’en trouve un au collège qui puisse aller à Ormuz, envoyez-l’y à la place du P. Gaspard, et que lui vienne. Si vous n'avez pas ce Père à Goa, vous pourvoirez cette forteresse d’un prédicateur, des premiers qui viendront de Portugal, et, en attendant, envovez-y un Père qui, par son humilité et sa vertu, opère le bien dans les âmes : 1l confessera ; il donnera les Exercices de la première semaine et fera faire confession générale aux exercitants ; il enseignera la

‘ doctri ar s : et que d’autres bonnes œuvres un doctrine aux enfants : et que d’autres bonnes œuvres

homme spirituel ne peut-il pas faire! Les bons, d’ailleurs, quand ils vivent entre les mauvais, par leur vie même ou leurs œuvres, prêchent sans cesse, et plus efficacement que ceux qui prêchent dans les chaires : faire vaut mieux que parler (mas es obrar que hablar).

Mes souvenirs affectueux, je vous prie, à notre Mère et à tous les dévots et dévotes du collège, et encore à Juan Alvarez, le doyen, et au P. Ruy Lopez, et au Père français. Dites à celui-ci, de ma part, que puisqu'il est vicaire de Notre- Dame de la Luz, qu'il prenne pour lui-même beaucoup de

lumière, car, au temps où je le connus, il en avait peu.

S'il y avait, au collège, beaucoup de Pères qui pussent, hors de Ia maison, enseigner les prières aux enfants et aux esclaves, hommes et femmes, envoyez-les remplir ce ministère, aux heures accoutumées, par les églises de la ville,

comme à la Miséricorde et aux autres; et le dimanche, au

heu d’enseigner les prières, ils feraient aux enfants et aux esclaves une instruction sur la vie d’un Saint. . Dites à Antonio Gomez d’enseigner les prières, à la cathé-

drâle ou dans une autre église. Pour moi, j'aimerais mieux

que ce fût à la cathédrale. Veillez bien à ce que les Pères s’occupent à cet humble office, tous les jours. S'il se trouve, à la

maison, des prédicateurs, que ce soient eux qui enseignent les

prières ; ainsi ils prècheront d'exemple, et la bonne odeur de leur vie sera leur meilleure prédication.

Dans cet exercice, 1ls parleront le portugais que parlent fe esclaves, comme je faisais, moi aussi, quand j'étais à Goa.

Les lettres que vous m’écrirez auront un article à ce sujet.

S'il vient à Goa deux Bonzes qui, cette année, vont à Malaca,

faites tout votre possible pour qu’ils soient bien accueillis en des maisons de Portugais ; puis, occupez-vous beaucoup d’eux; témoignez-leur beaucoup d'amour, comme je faisais avec Paul, quand j'étais à Goa. C’est un peuple qui veut n’être conduit que par amour : laissez donc toute rigueur avec les Japonais. Si ces Bonzes demeuraient à Malaca, faites que les Pères, qui doivent venir au Japon, viennent pourvus de tout le néces-

saire, non seulement pour eux-mêmes, mais pour ces Bonzes

qui doivent leur servir d’interprètes. Qu'ils arrivent pourvus,

en particulier, d'habits de drap de Portugal et de chaussures,

car, 1cl, nous mourons de froid (morremos de frio). Notre-Seigneur nous réunisse dans la gloire du paradis. Votre très affectionné frère en Jésus-Christ.

FRANGOIS.

Au P. Gomez seul :

La grâce et l'amour de Jésus-Christ Notre-Seigneur nous

soient toujours en aide et favorables.

Je me suis si fort étendu dans les autres lettres, que jé n'ai pas beaucoup à dire en celle-ci ; mais seulement une chose : c'est que sans cesse je vous ai devant les veux, vous désir ant

peut-être plus de bien spirituel que vous ne vous en désirez.

Je vous recommande, à vous plus qu'à tous les autres frères qui sont dans l'Inde, d’avoir souci particulier de vous-même ; ne vous négligez pas en une chose de si grande importance,

car si vous êtes oublieux de celle-là, je n’espère pas vous en.

recommander utilement aucune autre ; et si je savais que vous

avez de celle-là continuel souvenir, j'aurais grande espérance de vous écrire, dans quelque temps, de venir à Meaco ou à Bandu réaliser vos saints désirs.

De tous les frères de l'Inde, du Portugal, de Rome, écriveznous, bien par le menu, et du fruit qu'ils font, parce que vos

lettres nous seront une grande consolation : je vous écris,

moi, longuement : payez-moi de la même monnaie ( pagadme de la misma moneda). |

Disposez toutes choses de telle sorte, que les frères qui doivent venir au Japon soient mis en chemin, le plus tôt possible, et dans de bonnes conditions; comme vous savez le faire quand vous vous y mettez (guando os disponeis para ello).

Le Père Cosme de Torres, votre ami, vous écrit ; lui, dans

sa dévotion (con sus piedades), vous désire bien des choses

qui ne sont pas pour vous (que no os cumpren); tout se fera en son temps; Je vous réserve pour des choses plus grandes que celles que vous, et le Père avec vous, désirez; rien d’étonnant que Je vous écrive, d'ici à trois ans, de venir résider en quelques-unes des grandes Universités ‘du Japon, où vous

‘aurez peut-être plus de consolation et ferez encore plus de fruit que dans l'Inde; oui, vous y aurez plus de consolation

que vous ne pensez.

Envoyez donc les frères à qui J’ordonne, en vertu de Pobéis-

sance, dé venir; et afin que vous ne négligiez pas de le faire,

ou que l'affection, l’amitié ne vous exposent pas à nous en envoyer d’autres à leur place, comme aussi, pour que vous

aviez plus de mérite à vous priver d'eux, Je vous commande,

en vertu de la sainte obéissance, d'exécuter ce qui est presni

Par les vaisseaux qui, au mois de mars, vont de Goa à Ormuz, et le plus vite qu’il se pourra, expédiez-y copie de la longue lettre, avec une obédience que je vous envoie, et qui est adressée au Père Gaspard, afin qu'il vienne vite, savoir,

lan prochain, et les autres avec lui. Qu'ils partent, comme nous, de Goa au mois d'avril; et si quelqu'un d’eux était mort, viendra à sa place celui que le Père Micer Paulo et vous jugerez à propos de désigner ; et lui, pour mériter davantage, viendra en vertu de la sainte obéissance.

Il me paraît bien à propos que ceux qui viendront amènent deux laïques, où du moins un, personnes à qui l’on puisse pleinement se fier et qui soient disposées à mener vie active, à faire les travaux corporels nécessaires, et à remplir toute sorte d’humbles offices. Il faut, pour cela, je vous le redis, des personnes de grande confiance, parce que le pays est dangereux à lPexcès (a maravilla).

Quand les Pères viendront, obtenez que le Gouverneur envoie au Roi de Japon quelques précieux objets, à ütre de présents, et une lettre. J’ai, en effet, cette confiance en Dieu que si le Japon se convertit à notre sante Foi, 1l en résultera grand profit temporel pour le Roi de Portugal. Il suffira que l’on établisse une factorerie à Sacay : c’est un très grand port où vivent de très riches marchands; on y trouve de Pargent et de l’or plus qu’en aucun autre port du Japon. :

La connaissance expérimentale que jai des hommes de l'Inde ne me permet pas d'espérer qu'ils iront jusqu’à envoyer un vaisseau porter les Pères au Japon, pour le seul amour de Dieu, sans autre considération. Il peut se faire que je me trompe, de quoi je serais fort aise; toutefois, voici de quelle manière vous procéderez pour assurer le transport des Pères : Faites savoir au seigneur Gouverneur qu’il procurera un très considérable gain à un sien parent ou ami, qu'il désirerait cratifier de cette faveur, s’il l’autorisait à expédier au Japon, chargé de marchandises, un navire qui y transporterait les Pères. À cet effet, je vous envoie le catalogue des marchandises qui se vendent le mieux au port de Sacay, qui est à. deux journées par terre de Meaco, Celui-là reviendra, bien

Ld

chargé d'argent et d’or, qui mènera les Pères au Japon, s’il y va Chargé des marchandises dont le rôle est ci-joint.

Voilà comment les Pères pourront venir très bien et en grande sécurité, parce qu’un tel vaisseau ira bien muni de canons et appareillé de toutes choses nécessaires.

Un avis, maintenant, pour que les Pères arrivent au Japon en peu de temps : — Le vaisseau devra partir de Goa, avec son chargement complet, au mois d'avril; — partir de Malaca, avec tous les approvisionnements requis, au mois de Juin, et ne faire aucun relâche en Chine, quelque espérance de bonnes affaires que l’on puisse avoir; n’y prendre même pas des vivres, si ce n’est de l’eau en quelques îles, — et aller tout droit au Japon; car si l’on prend la voie de Chine pour y trafiquer, sachez que la traversée de Goa au Japon sera de dixsept mois, et s'ils laissent la Chine, ils viendront au Japon en quatre mois ét demi.

Cela posé, 1l devient nécessaire que le navire qui portera les Pères n'ait pas une charge excessive de poivre : quatre-vingts caisses tout au plus. La charge étant modérée, le poivre se vendra bien plus cher, et lon fera, comme je Pari dit, un gros profit en débarquant à Sacay.

Veillez donc à ce que, dans la provision délivrée à celui

qui mènera les Pères, 1l lui soit imposé pour condition qu’il

ne s'arrêtera pas en Chine pour trafiquer ; il y aurait grande perte de temps. Si pour aller, en effet, de la Chine au Japon

on ne part pas le 1°" août, 1l faut attendre une année entière

le retour de cette unique mousson. Le Capitan devra donc promettre au seigneur Gouverneur de ne point trafiquer en

Chine, en allant au Japon.

Aux Pères du cap de Comorin, envoyez copie de la longue lettre.

Quand nous aurons espérances du côté de Meaco, je vous

écrirai très longuement, et à vous, et aux frères de Coïmbre, et aux Pères de Rome.

Si Dominique Carvalho n’est pas encore ordonné prêtre, priez le Seigneur évêque de l’ordonner.

Entretenez grande amitié avec Ruy Gonçalez, puisqu'il est Procureur des chrétiens du cap de Comorin, et que les Pères. de notre Compagnie qui vivent là ont grand besoin de sa pro=

tection. |

De Melchior Gonçalez, du collège de Baçaim, des Frayles qui s’y trouvaient, — et s'il en est venu d’autres du Portugal, — et si ce collège demeure à la Compagnie, — de tout

cela, informez-moi bien par le menu; — et du Père Nicolas,

— et du fruit qu'il fait à Coulao, — et s’il bâtit cette maison, si nécessaire pour servir d'école aux enfants des chrétiens du cap de Comorin et de logis aux Pères qui vont par cette région. Venez-lui en aide, le plus que vous pourrez; obtenezlui quelques secours du seigneur Gouverneur et du Vedor de Fazenda. et ajoutez-y un peu d'argent de la maison.

Vous me ferez savoir, de plus, s’il est venu de Portugal des prédicateurs de notre Compagnie, et combien, et leurs qualités ; et s’il en vient, pouryoyez-en les villes de Cochin et de Diu, parce qu’elles en ont besoin. |

Tout ce que je vous écris, vous le communiquerez à Micer

Paul, et les choses se feront avec son avis et son autorité -

(con su parecer y obediencia).

Là-bas viennent deux Bonzes japonais, qui furent aux Uni-

versités de Meaco et de Bandu; traitez-les avec beaucoup d'amour, car c’est ce qu'il faut aux Japonais. Soyez très ami du seigneur Evèque et du Vicaire général;

avez pour eux grande obéissance, puisqu'ils sont nos supé-.

rieurs ; et, de gré à gré (por bien), avec de l’humilité, vous obtiendrez d'eux tout ce que vous voudrez (todo acabareïs

con ellos).

LA

Mettez bien de la diligence dans l’envoi des Pères au Japon. Pour moi, je tâcherai d’être à même, d’iei à un an, de vous écrire de Meaco.

Notre-Seigneur vous donne, en ce monde, autant de bien spirituel et, en l’autre, autant de gloire que je n’en souhaite à moi-même.

De Cangoxima, le 5 novembre 1549.

Ce qui suit est écrit de la main du Saint :

Pour lamour de Notre-Seigneur, je vous prie de vous faire

beaucoup aimer de tous les frères de la Compagnie, — et de ceux qui sont à la maison, — et, par lettres, de ceux qui

sont dehors.

De plus, enseignez les prières dans quelque église; j’aimerails (folgaria), moi, que ce fût à la Sê. Les dimanches et fêtes, après déjeuner, prêchez les articles de la Foi aux esclaves et chrétiens du pays, et usez d’un tel langage qu’ils vous comprennent, comme je faisais quand j'étais là; et cela, faites-le afin de donner exemple aux autres.

Je vous prie instamment de m'écrire, avec détail, des choses de votre intérieur :-vous savez bien que ce sera une Joie pour moi et allégement d’une grande sollicitude, en laquelle je vis.

Entre beaucoup d’autres choses, je serais heureux de savoir que tous les frères de la Compagnie vous aiment beaucoup, aussi bien ceux de la maison que ceux du dehors; car il ne suffit pas à mon contentement de savoir que vous les aimez, il faut que je sache qu’ils vous aiment (nao estarei Satisfeito en saber que vos os amais. senao en saber que d'ellos seis amado).

Votre frère en Jésus-Christ, : FRANÇOIS ”.

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