‹ Saint François de Xavier (volume 2)Chapitre 34 sur 144 · CHAPITRE XXIL,. : OS · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIL,. : OS

OÙ CEUX QUI GONNURENT FRANÇOIS DE XAVIER RACON= TENT SES DERNIÈRES ŒUVRES DANS LA PROVINCE DE SAXUMA.

(Novembre 1549, septembre 1550) À

Les lettres de François du 5 novembre arrivèrent + à Malaca, le 2 avril 1550; la joie qu’elles y causèrent, le P. François Perez nous lPapprend. Il écrit aux +4 Pères de Goa, le 24 juin suivant : 1

LT

Depuis que le Père Maître François s’éloigna de nous avec. : 5 ses compagnons, en 1549, nous étions à attendre, non sans souci et angoisse même, nouvelles de lui tant désirées, et déjà le temps accoutumé des arrivages étant près de passer, nous désespérions de voir venir de Japon un vaisséau, quand, le mercredi matin 2 avril de la présente année 1550, en arriva un qui porta la joie, non seulement à nous, mais à toute la ville. : à

Dès que le señor Capitan sut les nouvelles que le vaisseau apportait, il me fit appeler. J'étais à dire la messe. Quand elle 2 fut dite, je me rendis à la grande église, où je trouvai le 0 señor Capitan, Don Pedro de Sylva, quasi fou de joie : «Il serait bon, me dit-il, de faire une procession d’action de : "0 grâces. » — J’en parlai au Père Vicaire, qui approuva plei- 5m

es

nement ; 11 n'était pas, en effet, moins joyeux que le Capitaine, et bientôt, de là,-tout le peuple, en procession, se rendit à Notre-Dame-du-Mont, où le Père Vicaire célébra une messe chantée, pour rendre grâces à Dieu Notre-Seigneur et à la Vierge Marie, sa Mère.

Dans ce vaisseau venaient quatre Japonais ; ils furent très bien reçus dans la maison d’un Chinois chrétien, et beaucoup de Portugais de cette ville les invitérent, bien des fois, chez eux. Souvent aussi ils venaient chez nous, et nous leur enseignions les choses de notre sainte Foi; de sorte que, bien 1oyeux, ils reçurent l’eau du saint baptème le jour de l’Ascension(15 mai). Le Capitan en fit vêtir deux, et Pedro Gomez de Almeida les deux autres. Le Capitan, Pedro de Sylva, fut parrain des quatre, et le Père Vicaire les baptisa, avec autant de solennité qu’on le pouvait faire à Malaca.

Trois des nouveaux chrétiens sont retournés au Japon; le quatrième est demeuré ici.

J'ai reçu, par la même voie, des lettres du Père Maître François, de Jean Fernandez et de Paul de Sainte-Foi. J'ai fait copier un exemplaire de la lettre que le Père Maitre François adresse aux Frères de lInde ; J’expédie cette copie à vos Charités par deux voies. Comme le Père y raconte par le menu son voyage, je ne vous en dis rien et m'en remets à lui.

Votre serviteur et coadjuteur indigne,

FRaxçors PEREZ.

De François, on ne recevra plus de lettre dans l’Inde jusqu’à la veille de son arrivée à Malaca, à la fin de décembre 1551 : le Saint n'eut pas, pour

écrire, l’occasion du passage d’un vaisseau portugais,

qui dût prochainement quitter ces régions. Ce fut

probablement à la première nouvelle qu'il eut,

entre juillet et août 1551, de l’arrivée d’un vaisseau

portugais au port de Figi, dans Île royaume de Bungo, vaisseau qui se rendrait, peut-être, à bref

délai, dans l'Inde, que François écrivit un court. résumé de ses travaux au Japon jusqu’à cette date.

Il ne pouvait prévoir encore que ce vaisseau le porterait lui-même jusqu’à San-Chuan, dans la direction de Malaca.

Plus tard, au mois de janvier 1552, à peine débarqué à Cochin, François exposera plus longuement ces mêmes travaux et ceux qui suivirent, dans une lettre adressée au P. Simon Rodriguez; mais, comme le Saint le déclare, cette lettre fut écrite à bâtons rompus et désordonnément. Nous Ia donnerons pour compléter la première, et nous y rapprocherons toutes les parties que le Saint aurait rapprochées, si les incessantes interrupüions de visites d’amis, dont il se plaint, ne l’avaient empêché de le faire.

Ses œuvres, à Cangoxima et dans le Saxuma, de novembre 15/49 à septembre 1550, François les résume ainsi dans la lettre de 1591 : |

Nous avons passé une année et plus à Satçuma, et nous y avons fait quelques chrétiens, en leur lisant un cahier où se

trouvent exposées les choses de notre sainte Foi. S'il ne s’en

fit pas davantage, ce fut à cause de la crainte qu'avait le Seigneur du pays ; parce que les bonzes, voyant l’accroissement que prenait notre sainte Foi, se tournèrent contre le Seigneur et lui dirent que s'il nous laissait ainsi marcher et consentait à ce qu'on se fit chrétien, les Camis et Fotoques, indignés contre lui, le puniraient gravement et lui feraient perdre sa

seigneurie. Enfin, ils procédèrent de telle sorte auprès de lui,

qu'il porta un décret par lequel défense était faite, sous peine

Re

RÉCITS COMPLÉMENTAIRES (NOV. 1549-SEPT. 1550). 7e

de mort, à qui que ce soit, de devenir chrétien. Ne pouvant donc plus faire de fruit en ce pays, nous partimes pour un autre. Ce ne fut pas sans beaucoup de larmes de nos chrétiens, à l’heure des adieux, car ils nous aiment grandement. Ils nous remerciaient beaucoup de la peine que nous avions prise à leur enseigner le chemin du salut. Avec eux resta, pour continuer à les instruire, Paul de Sainte-Foi, notre compagnon et leur compatriote.

Dans la lettre de 1552, Francois dira :

A Cangoxima, toute la parenté de Paul est venue au christianisme; grâces à Jui, qui en exposait la lumière à leurs

yeux en de continuels entretiens, il eût conquis à Jésus-Christ

la ville entière, si les Bonzes n’y avaient mis empêchement. Tout ce peuple était charmé d’entendre des vérités si nouvelles pour lui. Les Bonzes persuadèrent au roi que s’il laissait le christianisme s’introduire dans ses États, il les pérdrait, et aurait, de plus, la honte d’avoir ruiné le culte des dieux du pays et des traditions des aïeux ; qu'il était donc obligé d’interdire, sous peine de mort, que personne désormais se fit chrétien.

Le P. Frois et l’Annaliste de Macao nous feront mieux connaître les travaux du Sant et le bien qui en résulta pour les âmes. Ecoutons, d’abord, lPAnnaliste de Macao :

Un Japonais, prêtre de notre Compagnie, appelé le Père Louis, a composé, en langue japonaise, une histoire intitulée : De l'entrée du saint Évangile au Japon. J'ai connu ce Père Louis, l’espace de plus de trente ans, avant et depuis son entrée dans la Compagnie, et j'ai vécu familièrement avec lui.

Originaire de Nangazachi, il v fut élevé par des parents chré-

T4 RÉCITS COMPLÉMENTAIRES (NOV. 1549-sepr, 1550).

tiens. Après leur mort, il laissa ses biens, étudia le latin au séminaire, fut reçu dans la Compagnie et vint étudier, avec nos scholastiques, à Macao. Il y fut ordonné prêtre, et 1l retourna au Japon où il mena excellente vie de religieux. I avait un grand zèle et prêchait fort bien, soit aux chrétiens, soit aux païens. Îl visita les terres du due de Saxuma, et il y -apprit bien des choses du Père Maître François et des chré-

üens qu'il fit en ce pays. Ce fut particulièrement pour l’édifica-

tion de cette chrétienté, qu’il composa son livre. Il découvrit des faits nouveaux, en 1605, à l’occasion d’une visite qu'il fit à ces mêmes chrétiens : : |

Les chrétiens de Cangoxima, dit le P. Louis, m'ont appris que, deux fois par jour, le P. François allait sur la terrasse ({erretro), qui est au-devant du monastère des Bonzes, ét

que, de là, il prêchait au peuple qui s’v assemblait, lisant, à

cet effet, le livre qu’il avait composé.

Ailleurs, lAnnaliste écrit :

On tient pour certain que le Bienheureux P. François eut le

don des langues. Le P. Louis, qui visita plusieurs fois les At or AU Tes 2 D Er : x chrétiens de Satçuma, baptisés par le P. François, rapporte que ces chrétiens lui montraient une terrasse, au-devant d'un fameux temple d’idoles, et lui disaient : « Là, sur ce degré

supérieur, le P. François s’asseyait et 1l prêchait à ceux qui.

voulaient louïr, et nous lentendions... ».

On s'explique, sans recourir au miracle du don des langues, que les Japonais entendissent le Saint,

soit qu'il donnât lecture de la platica, soit qu'il la récitât de mémoire, comme, de mémoire, il récitait

des prières et platicas en langue malabare, durant

les premiers temps de son séjour dans l’Inde. Que

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François, après plusieurs mois d’étude de la langue japonaise, eût parlé, sans réciter une leçon apprise, et qu'on l’eût compris, cela encore n’exigeait pas le miracle ; 1l est cependant prouvé (on le verra plus loin) qu’en dehors de la lecture ou de la récitation de son livre, François, à Cangoxima, était peu compris, même des plus intelligents, et ce fut une des causes qui paralysèrent l’action de son zèle auprès des Bonzes. are

Le P. Louis raconte encore :

Au royaume de Saxuma, dans la ville de Cangoxima, un homme riche avait une fille unique ; elle mourut. Et comme le père était là, près du corps de la jeune défunte, à se désoler, un des nouveaux chrétiens lui dit : « [Fest arrivé ici, il y a peu de jours, des étrangers de sainte vie. Recommandez-vous à eux, et ils auront peut-être remède pour votre affliction. » Le père de la défunte va aussitôt au logis du Père Maître François et lui dit sa désolation. Maître François invita ses compagnons, qui se trouvaient là, à prier avec lui; et quand ils eurent prié quelque temps, 1l dit au père affligé : « Consolezvous, votre fille se porte bien. » Il ne lui dit pas autre chose ; de sorte que le père pensait : « Que dit-il 1à ? Ma fille est morte ; je lui demandais remède à ma douleur. Je suis venu pour rien. » Il s’en retourna donc avec sa douleur ; mais, en entrant chez lui, il y trouva tout le monde dans la joie et sa fille œuérie. Le père, hors de lui de bonheur et ne pensant plus même au Père Maître François, demandait à sa fille : « Que s’est-il donc passé, ma fille? » — Elle répondit : « Quand j'eus rendu le dernier soupir, Je me vis entourée de gens d’une figure horrible qui voulaient m'entraîner vers une fournaise épouvantable. Tout à coup, deux hommes, de beau

visage et de bel aspect, apparurent là et mirent en fuite mes ‘ ennemis. » — Alors seulement le père se ressouvient de Maitre François, et 1l lui amène sa fille. Or, dès que celle-ci fut

en présence de Maitre François et de ses compagnons, elle

demeura un moment comme ébahie, et puis elle dit à son père : « Les voilà, les hommes qui m'ont délivrée! » Alors, se mettant à genoux devant Maître François, le père, tout en larmes, le remerciait. Maître Francois, le relevant, lui dit : « Rendez grâces à Notre-Seigneur Jésus-Christ, sauveur des hommes! » Peu après, le riche de Cangoxima s'instruisait de la doctrine chrétienne, et 1l recevait le baptême avec tous les siens.

Ainsi parle le P. Louis dans son livre, et, Fayant connu, je ne saurais douter qu'il n’ait bien vérifié toutes choses avant d'écrire.

L’Annaliste ajoute à ce récit les trois autres, que

l’on trouve dans toutes les biographies du Saint,

savoir, la guérison d’un lépreux, celle d’un peut enfant hydropique, et le châtiment infligé par Dieu au Japonais de Cangoxima qui insulta le Saint, et à qui celui-ci se contenta de répondre : — Deos vos quarde a boca! — Ces faits, dit lAnnaliste, sont rapportés dans un livre écrit par un Portugais, qui avait parcouru ces contrées, avant même l’arrivée de François, et qui y revint, au temps où François et ses ET AUQUE s’y trouvaient".

1. Ce Portugais n’est pas autre, probäblement, que Fern. Mendez Pinto, qui serait venu au Japon dès l’année 1542, et que nous trouverons, non pas à Cangoxima, mais à Figi, au royaume de Bungo, en 1551.

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