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Le P. Louis Frois nous met sous les yeux les relations de François avec les Bonzes de Cangoxima :
J'ai trouvé, à Firando, quelques papiers où le Frère Juan Fernandez nota ce qui s'était passé à Cagoxima durant les dix mois qu'ils y vécurent, et je vois qu'ils y baptisèrent environ cent cinquante personnes. Le Frère note que le Père Maître François, sans y être invité, allait aux monastères des Bonzes les inviter à lui poser des difficultés, ou leur en poser lui-même, et qu'il entrait et sortait comme 1} eût fait dans sa propre maison.
Entre ces monastères, il en est un principal, qui était propriété du roi, où vivaient cent et tant de Bonzes avec grande rente. Leur supérieur, très vénéré du roi et des seigneurs, avait la dignité considérable de Tôd6; il s'appelait, en ce temps, Ninjit : c'était un vieillard, naturellement doux, affable et incliné aux œuvres pies. Le Père Maître François aimait à le visiter, et Ninjit se montrait heureux d’entendre les choses de la foi chrétienne, parce qu’elles lui semblaient tout à fait conformes à la raison.
Ce monastère était de la secte des Jenxus, qui ont pour doctrine : € Naître et mourir, c’est tout : 1} n’y a pas d'autre vie, ni châtiment des mauvais, ni récompense des bons, n1 Créateur qui gouverne l'univers. »
Ces Bonzes ont la coutume de consacrer une ou deux heures à la méditation, cent fois chaque année; ils appellent cet exercice Zagen. Le sujet de la méditation, toujours le mème, est cette pensée : € Il n’y à rien. » Ils méditent ainsi pour
78 RÉCITS COMPLÉMENTAIRES (NOV. 1549-sEeprT. 1550).
étouffer les remords de la conscience. Quand ils sont réunis pour cette méditation, ils se tiennent en une telle modestie, un tel recueillement extérieur, qu’on les dirait en extase. Un jour que Maître François les trouva ainsi occupés, il demanda à Ninjit : « Que font ces religieux? » Ninjit, en souriant, luirépondit : « Les uns calculent ce qu’ils ont tiré de leurs paroissiens (feligreses), ces mois passés; — les autres recherchent comment ils pourront faire pour se bien habiller et régaler ; — les autres, comment ils pourront s'amuser. Pas un ne pense à chose d'importance. »
Une autre fois, le Père demanda à Ninjit : « Quel temps vous paraît préférable, ou de la jeunesse, ou de la vieillesse, à laquelle vous êtes arrivé? » Ninjit répondit : « La jeunesse! Pourquoi? Parce que le corps est bien dispos et que l’on peut faire tout ce que l’on désire. »y — Maitre François reprit : « Quand des navigateurs s’éloignent d’un port pour aller aboutir à un autre, quel moment leur est meilleur; est-ce lorsqu'ils se voient en pleine mer, exposés à la tempête, ou près d'aborder au port vers lequel ils naviguaient ? » — Ninjit répondit : « Je vous comprends fort bien ; mais cela n’est pas pour moi, qui ne sais pas vers quel port je navigue. Pour qui le sait, et à qui le port est ouvert, s’en approcher est le
meilleur ; mais moi j'ignore où et comment j'aborderaï. »
Douze ou treize ans plus tard, le P. Cosme de Torres, se: ressouvenant des chrétiens de Cangoxima, qui vivaient comme. des brebis au milieu des loups, leur envoya le Frère Louis de Almeiïda *. Celui-ci raconte, dans une lettre datée de 1562 :
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« J’arrivai, en compagnie de Portugais qui étaient allés se
1. Louis de Almeida, gentilhomme portugais, ami de Duarte da Gama, eut occasion de faire les Exercices, au Japon, sous la direction du Père Baltazar Gago. Il en sortit, déterminé à tout quitter, pour le service de Dieu et le salut des âmes, C’était en 1556, IT employa, d’abord, de grosses som-
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