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ment à les estimer, tandis que plusieurs les vénéraient déjà
comme des Saints.
Les l'idalgos ne pouvaient se mêler à la foule ; 1ls désirèrent que François les visitât, et quand il parut chez eux, la pauvreté de ses vêtements les fit, d’abord, se rire. François, tenant de la main gauche son livre, se signait de la droite, élevait les veux au ciel, et puis lisait ces pages où le vice n'était pas moins confondu, que la vérité divine enseignée. L’auditoire devenait attentif: le grand nombre était bientôt saisi. [I en restait cependant qui regimbaient contre laiguillon, et adressaient à François d’insultantes paroles. François dictait alors, en Portugais, à Juan Fernandez les répliques que celui-ci leur devait faire en Japonais : « Tutoyez-les, lui disait-il, comme ils me tutoient. »
Plus tard, Juan Fernandez racontait : — « Chaque fois que, pour obéir au Père, je disais, du ton voulu, à ces seigneurs Japonais ce qu'il me dictait, je tremblais, m’attendant à recevoir, en retour, le coup de sabre qui me détacherait la tête des épaules; mais le Père François ne cessait de me redire : « Il n’y a rien que vous deviez mortifier en vous davantage, que cette crainte de la mort; par le mépris de la mort nous nous montrons supérieurs à cette gent superbe ; leurs Bonzes perdent d’autant, à leurs yeux, et, à ce signe du mépris de la vie que notre doctrine nous inspire, 1ls peuvent juger qu'elle est de Dieu. »
On ne parla bientôt plus, dans la ville, que de la sainteté des prédicateurs étrangers. Le Duc Yoxitaca voulut les entendre, se Souvenant, disait-il, de la tradition qui rattachait à l’Inde, comme à leur source antique, certaines doctrines des Bonzes du Japon. Cette invitation réjouit beaucoup François. Vêtu de sa vieille /oba. et jetant par-dessus un vieux roupo, il partit
avec Juan Fernandez pour le palais. Le Duc Pattendait, au milieu de nombreux fidalgos. 1 demanda à François qui lenvoyait. François répondit : « Le Dieu du ciel et de la terre. » Réponse faite à quelques autres questions de curiosité, François lut dans son livre, insistant sur les pages où se trouvaient exposés les dogmes du Jugement et des peines éternelles ; 11 lut le terrible chapitre où les crimes de Sodome
étaient flagellés ; où de plus terribles châtiments étaient
annoncés aux grands de ce monde qui les commettent : tout cela atteignait Yoxitaca, autant ou plus que les autres; de sorte que, racontait Juan Fernandez, je m'attendais, à chaque instant, à voir le Duc donner le signal de nous couper la tête; mais le Duc, grand personnage qu'il était, après avoir bien attentivement écouté, pendant plus d’une heure, se contenta de donner bénignement congé à François et à ses com-
pagnons .
On parlait beaucoup, en ville, de cette audience que le Duc avait offerte, et les adversaires de François s’en 1rritèrent à tel point, qu’au sortir du palais, et lui et Juan Fernandez furent enveloppés de gens qui ne leur épargnèrent pas les injures et les moqueries. On criait, sur leur passage, par forme de dérision : « Les voilà, ceux qui disent qu'il faut adorer le Créateur et Sauveur du monde !... ceux qui disent que la polygamie est interdite; ceux qui appellent grand péché des choses (et ils és nommaient) que les Bonzes font et nous permettent! » D’autres, en les apercevant, criaient : Deos ! Deos ! Deos ! Et ce cri, aujourd’hui encore, ceux qui ne nous aiment pas le font retentir, quand nous passons, comme sil devait nous offenser. C’est le très saint nom de Dieu, et le seul que François voulût employer, vu les sens très différents que les Japonais, suivant la diversité de leurs sectes, donnent aux mots qui dans leur langue signifient Dieu; et comme, pour
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