‹ Saint François de Xavier (volume 2)Chapitre 46 sur 144 · Mendez Pinto, fol · texte numérisé non relu

Mendez Pinto, fol

Se UE À

Di

Ja } “ ea ROS? S'S | 2 P

ouvertures à la prédication de l'Évangile, Quant aux lettres qui venaient de Goa, elles lui montraient indispensable son prompt retour dans lnde. Il fit donc aussitôt venir, de Firando, Cosme de Torres, pour le laisser à Yamaguchi avec Juan Fernandez. . Cosme laissa à des chrétiens choisis le soin de sa famille de Firando, et 1l arriva sans retard auprès de François. Les adieux de l’apôtre et de ses fils de Yamaguchi furent bien touchants. Nous en avons le récit, fait par un Japonais; le voici, fidèlement traduit :

« Le saint Père François, avant de parür de Ayamanguchi, appela et réunit les chrétiens ses disciples, pour les amener à persévérer dans la Foi qu'il leur avait enseignée. Il leur dit : « Dans la vie présente, vous aurez toujours des peines, des persécutions, des dangers; mais c’est là le plus sûr chemin pour aller au cel. Je vous laisse pour bon gardien le P. Cosme de Torres et le Frère Juan Fernandez : ils vous aideront, vous instruiront; mais sachez mettre en Dieu seul toute votre confiance. »

Ayant dit ces choses et autres, dans l’église, 1l se mit à senoux, et tous les chrétiens avec lui, et ils prièrent tous, avec larmes et gémissements; le Père François les recom-

mandant à Dieu Notre-Seigneur. La prière finie, le Père

François embrassa tendrement, et tint, un bon moment embrassés, le P. Cosme de Torres et le Frère Juan Fernandez, tandis que les larmes ruisselaient sur son visage; puis, Îles veux élevés vers le ciel, il dit : « C’est maintenant que, du fond de mon cœur, plus que jamais, je vous recommande

Le

tous à Dieu Notre-Seigneur; Lui vous donnera toutes les

forces spirituelles qu'il vous faut; Lui saura vous défendre. »

Le saint Père François parlait ainsi, avec une vive émotion, comme s'il eût dû ne plus revoir les chrétiens de Ayamanguchi; de sorte qu'il s’éleva de grands gémissements dans l'assemblée. Tous voulaient l'accompagner jusqu’au chemin : il ne le permit pas. Deux fidalgos seulement le suivirent : 1ls étaient baptisés, depuis deux mois, et avaient, pour être chrétiens, sacrifié chacun une rente de’ trois mille cruzados.

Le Père François partit de Yamaguchi, vers la mi-seplembre, en compagnie des deux /idalgos, de Bernard et de Mathieu; François allait à pied,

selon sa coutume, et, sur le dos, un paquet où se trouvaient une pierre sacrée, un calice et les orne=

ments pour célébrer la messe. Ces objets, 1l refusait de les laisser porter à d’autres, disant à ceux qui s'offraient à le soulager : «Ce sont choses sacrées. » Les cinq voyageurs marchèrent, deux jours, pour arriver à un port et, de |à, passer, en bateau, aux terres de Bungo. Depuis près d’un an, François

n'avait pas fait de longues marches : la faugue des

deux jours lui enfla beaucoup les pieds. Sur la côte de Bungo, une embarcation, envoyée par Duarte da Gama, accueillit les voyageurs et les déposa sur un

point fort peu éloigné de Fucheo où Funaï, qui est …

à proximité du port de Figi.

Averls de son approche, Duarte de Gama et nom-

breuse compagnie de Portugais, tous à cheval, allè=

rent au-devant de François. Dès qu'ils laperçurent,

ils mirent pied à terre et coururent au Saint, pour. lui baiser la main et lui témoigner autant leur affec-

Uüon que leur respect; ce qu'ils firent en versant des

ge … 4e he 2 Mile 4 dir

larmes. Un cheval était amené pour François, mais il n’en voulut point; et les Portugais firent, à pied, comme lui, le trajet qui les mena à la ville : de quoi les fidalgos de Yamaguchi s’édifiérent grande-

ment. .;

François, de son côté, écrira, en 1552 :

Tandis que j'étais à Ayamanguchi, avec Cosme de Torres et Juan Fernandez, le Roi de Bungo, qui est des plus puissants du Japon, me pria par lettre d’aller à lui; un vaisseau portugais avait abordé à un de ses ports ; et, à cette occasion,

il désirait me faire certaines communications. Aussitôt, et

pour savoir quelles seraient les dispositions de ce Roi à l'égard

de la Foi chrétienne, et afin de voir les Portugais, je me

rendis à Bungo, laissant à Ayamanguchi Cosme de Torres et Juan Fernandez. Le Roi me reçut très bien, et j’eus grande joie de m'’entretenir avec les Portugais.

Ce que François fit, dans le royaume de Bungo, le

P. Frois nous l’a appris, en peu de mots. Le P. Vali- #nani le dit plus brièvement encore :

François alla à Bungo, en septembre 1551 ; il en partit pour l’Inde, au mois de novembre, après y avoir fait quelques chrétiens et lié amitié avec le Roi de Bungo, qui lui promit de bien recevoir les Pères qu'il v enverrait. Ce Roi, plus tard, se fit chrétien. François emmenait dans l'Inde, outre les ambas-

sadeurs, que le Roi de Bungo envoyait au Vice-roi, les deux

Japonais, Bernardo de Sateuma et Matheo de Yamaguchi, qu'il se proposait de faire aller à Rome.

Qui désirerait une longue et dramatique relation de la réception, que les Portugais firent à François, et

des actes du Saint, à la cour du roi de Bungo, la trouverait dans le livre de Fernand Mendez Pinto : elle y remplit les folios 273 à 284, édition de 1614. L’admirable conteur y parle comme témoin oculaire. Ses récits ont été reproduits, en substance du moins, par tous les biographes de François. Notons un ou deux faits : |

Le Père François passa près de deux mois à Fucheo, s’occupant, jour et nuit, à son ministère apostolique : il eut avec les Bonzes de fréquentes et longues disputes, auxquelles le Roi et les seigneurs de sa cour assistèrent, et quand les marchands durent quitter. le port, le travail de la conversion du Roi et de ses sujets était déjà fort avancé. Il y eut des jours de grand péril, et pour le Saint, et pour les Portugais, à cause de l'agitation que les Bonzes fomentaient dans le milieu populaire. Fernand Mendez confesse qu'un jour, lui et ses compagnons, craignant pour leur vie, sorturent de la ville et allèrent, un peu plus vite qu'il n’eût convenu (hum pouco mais de pressa. do que era razao), se réfugier dans leur vaisseau ; mais il leur fut impossible d'entraîner François. Aux instances de Duarte da Gama François répondit : « Irmao, ce que vous craignez pour moi n’arrivera pas, car Je ne mérite pas d’être martyr ; mais, quoi. qu'il puisse arriver, à Dieu ne plaise que je donne aux nouveaux convertis (1l y en avait, en ce moment, huit autour de lui) le scandale d’une telle fuite. »

TROUBLES À YAMAGUCHI (SEPTEMBRE 1551). 157

À Bungo, François apprit les graves évènements qui, à Ayamaguchi, suivirent de près son départ. Deux des principaux Seigneurs, vassaux du Roi, avaient conspiré contre lui, dans le dessein de mettre à sa place un frère cadet du roi de Bungo. Le Roi et ses fils furent mis à mort. Cette révolution s’accomplit, le vingt-et-unième jour après la venue de Cosme de Torres à Yamaguchi, comme il l'écrit lui-même, c'est-à-dire, le 27 ou le 28 septembre 1551. Dans sa lettre, du commencement d'octobre, Cosme de Torres

expose ainsi les faits qui précédèrent et ceux qui

suivirent le grand évènement :

Le jour que Votre Révérence partit d'ici, les Bonzes montrèrent bien la grande peur qu'ils avaient eue de paraitre devant vous, car, avec grande furie, 1is pénétrèrent dans la maison où nous étions, et puis ils se moquèrent de nous et de ce que nous disions : le temps s'étant employé à cela, il n'y eut pas, ce jour-là, beaucoup de questions difficiles à résoudre ; 1ls ne voularent même pas écouter ce que nous leur répondions. Tout ce que nous pümes faire fut de demander à un Bonze loquexa, de la secte de Xaca, pourquoi Xaca naquit huit mille fois, et autres choses, que nous avons coutume de demander à ceux de cette secte ; et lui, et les siens demeurèrent confus, et leur mauvaise vie s’ajoutant à cela, nous n’eûmes pas grande difficulté à les vaincre.

Avec eux vinrent quelques Fidalgos, et ceux-ci, nous

waurions pu les convaincre, sans une grâce spéciale de

158 TROUBLES À YAMAGUCHI (SEPTEMBRE 1591).

Notre-Seigneur; car, étant de la secte des Jenxus et fort adonnés à leurs méditations, ils font des questions auxquelles aucun Lettré, ayant affaire à des hommes sans foi, ne répondra de manière à les contenter : d’où il suit clairement que ce n’est pas nous qui parlons. Durant les huit ou dix jours derniers, 1} nous est venu beaucoup de nobles et de letirés, et

de tous, grâces à Dieu, nous avons eu victoire.

Depuis, on commença de s’occuper de la guerre, et 1l nous vint peu de Bonzes, et moins encore de ldagos, mais seulement quelques marchands et des femmes. Ils approuvaient nos réponses, et s’en retournaient dans leurs maisons ; eux aussi fort préoccupés de cette guerre, qui approche. |

Le 28 septembre, après avoir mis en süreté notre peut.

mobilier (fatinho), j'envovai un exprès chez nos amis, pour savoir d'eux ce que nous aurions à faire. Un nous fit dire de nous rendre vite à sa maison. En chemin, nous rencontrâmes des bandes de gens de guerre, lesquels, en passant, se disaient les uns aux autres : « Tuons ces Tenchicuyins, puisque c’est à cause d’eux que tout va si mal! » À les entendre, les Æoto-

ques, irrités à notre sujet, ont permis la guerre. Notre ami, dès que nous fûmes chez lui, nous donna un Bonze chargé

de nous mener à son monastère, que notre ami soutient d’uné rente annuelle. Arrivés là, nous trouvâmes les autres Bonzes du logis déterminés à ne pas nous recevoir : « Vous êtes des démons, disaient-ils ; c’est à cause de vous que ces maux tombent sur le pays. » Enfin, par crainte du Maître, ou en considération des prières du Bonze qui nous conduisait, on nous

donna un recoim dans la pagode, et 1à, pendant deux jours

et deux nuits, la peur ne nous manqua pas, mais oui bien les vivres et autres choses nécessaires. Dans cet intervalle, il y eut bien des maisons de Fildagos et bien des monastères brülés.

Ce grand trouble: passé, nous retournämes à la maison du

KE

PF

ro : TR ’

AS

ri É ÿ bite aa ve = : kr É x , s

Fe

TROUBLES A YAMAGUCHI (SEPTEMBRE 1551). 159

Seigneur notre ami, et il nous y fit donner une chambre de trois pas de large sur quatre de long. Voilà cinq jours que nous y sommes. Tout le monde nous cherche pour nous tuer, parce que si grande a été la persécution dirigée contre ces Bonzes, qu'il n’est pas resté un monastère à brüler ou à piller, et eux disent que de nous vient tout le mal. La situation est bien critique ; chaque jour, des pillages, des meurtres. Si les choses s’apaisent, nous parlerons à ces Seigneurs, pour que l’on nous confirme la permission que le Roi défunt nous donna d'exercer nos ministères. S'ils ne veulent pas, je me retirerai ehez Thomas, jusqu’à ce qu'il y ait un nouveau Roï. Après quoi, s'il ne nous était pas permis de prècher en public, nous le ferons en secret, et Je crois qu'il se fera tout de même

des chrétiens.

Le Frère Juan Fernandez écrit lui-même à Fran- gas, quelques jours plus tard :

Quand V. R. fut partie, ces Japonais nous firent toute sorte de questions. Vous voyant, en effet, loin d'ici, ils pensèrent que personne ne restait pour leur répondre, avec l’aide de Dieu ; mais le P. Torres, qu'ils ont interrogé, et à qui j'ai servi d’interprète, les a réduits au silence ou les a satisfaits.

Voici quelques-unes de leurs questions et les réponses du 2P. Torres :

D. De quelle matière Dieu a-t-1l fait les ämes ?

BR. Quand Dieu créa le monde, il n’eut pas besoin de malière. Sa volonté, sa parole donnèrent aux éléments, aux cieux, à toutes choses lêtre qu'ils ont; ainsi Dieu crée nos Âmes : sa volonté y suffit.

D. Quelle est la figure. quelle est la couleur de l'âme ?

R. L'âme n’a ni corps, ni couleur; [a couleur ne peut ap-

partenir qu'à des choses corporelles.

160 TROUBLES A YAMAGUCHI (SEPTEMBRE 1591).

D. Mais si l'âme n'a pas de couleur, elle n'est rien ?

R. Y a-t-il de l’air au monde ? — Oui. — L'air a-t-il une couleur ? — Non. — Si donc l'air, qui cependant est corporel, n’a pas de couleur, comment aura-t-elle couleur, âme qui. n’est pas corporelle ?

D. Dieu, qu'est-ce donc, et où est-1l? |

R. Toutes les choses que nous connaissons, nous savons qu'elles ont commencé où commencent ; elles n’ont donc pu se faire elles-mêmes. Il y a donc un Principe qui leur a donné principe à toutes, sans avoir lui-même commencement m1 fin; en notre langue, nous lappelons Dieu.

D. Dieu a-t-1l un corps?

R. Les corps sont faits des éléments, et Dieu a créé les éléments. Si donc Dieu avait un corps, 1} ne serait pas vrai qu'il eût créé les éléments. |

D. L'âme de l'homme, sortie du corps, voit-elle Dieu?

R. Oui, quand elle est parfaitement pure et qu'il plaît à Dieu de se manifester à elle.

D. Pourquoi l'homme de bien ne voit-il pas Dieu dès main= tenant ? È :

R. Un nuage suffit à nous dérober la claire vue du soleil, et tout son éclat ne sert de rien au diamant le plus pur, si ce diamant est plongé dans la boue ; or, telle est la condition présente de Phomme de bien et de son âme. |

D. Sr l'âme n'est pas corps, elle est Dieu?

R. Y a-til des hommes mauvais? —— Oui. — Dieu peut-il

n'être pas tout bon et tout bien ? — Non. — Donc, Pâme de l’homme mauvais n’est pas Dieu, et l’âme de l’homme de bien ne diffère point, par essence, de l’âme du méchant. | D. Qu'est-ce que les démons ?

R. Cest Lucifer et les anges qui, pour leur orgueil et rébellion, furent privés de la vue de Dieu et de sa gloire.

TROUBLES A YAMAGUCHI (SEPTEMBRE 151). 161

D. Pourquoi les démons font-ils tant de mal aux hommes ?

R. Parce que les hommes ont été créés pour jouir de la

gloire que les démons ont perdue, et que ceux-c1, jaloux, s’efforcent de les entraîner dans leur propre ruine.

Ke D. Zl n'est pas vrai que tout ce que Dieu a créé soit bon, pusquuil a créé Lucifer, esprit orqueilleux et rebelle.

R. Dieu créa Lucifer et ses compagnons capables de discerner le bien du mal et de choisir entre les deux; il leur promit gloire éternelle d’une part, et enfer éternel de l'autre. Abusant de leur liberté, Lucifer et ses complices choisirent le

— mal; ils se firent eux-mêmes orgueilleux et rebelles, tandis ? que les anges fidèles acquéraient la gloire en se soumettant à : Dieu.

D. ,$S% Dieu veut le salut des hommes, pourquot permet-tl au démon de leur faire tant de mal?

R. Le démon ne peut que tenter l’homme ; Phomme de- . meure hibre de fare le bien, et s’il le fait son mérite est plus D grand.

… D. Si Dieu veut le salut des hommes, pourquoi les 4-t-il - créés de telle sorte qu'ils semblent n'être occupés qu'à faire où à désirer le mal?

\ Re € .

> A T# “ à Es # A

L . L2 A D L . 9 qui lui-même se fait mauvais en s’attachant au mal, contre les lumières de sa raison et les décisions de sa conscience. ; D. Sc Dieu veut que les hommes arrivent à la gloire, pour- M quoi a-t-il fait si difficile le chemin qui y conduit? # R. Ce chemin n’est pas difficile, et si Phomme observait les

R. L'homme est sorti bon des mains de Dieu ; c’est homme

. Commandements de Dieu, ilmènerait une vie bien plus joyeuse qu'en les violant. Dieu ne condamne aucune des inclinations de la nature ; il veut seulement qu’elles soient maintenues dans l'ordre, et plus Pordre est gardé, plus la vie est heureuse.

II Il

Gi RS EL. | 4 L'PARS

Page 1